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Microbiote : une mycotoxine amplifie l’effet génotoxique de bactéries

Marjolaine Cérou |  10 Avril 2017 | 

Les chercheurs de l’Inra et leurs partenaires ont étudié chez l’animal les effets sur l'ADN de la présence simultanée dans l’intestin de Escherichia coli produisant la colibactine et de la mycotoxine DON.

Que se passe-t-il si l’on met des mycotoxines en présence de certaines bactéries issues du microbiote intestinal ? C’est ce qu’ont cherché à observer des chercheurs de l’unité Toxicologie alimentaire de l’Inra et de l’Institut de recherche en santé digestive. Ces derniers ont mis en exergue que la présence de la mycotoxine déoxynivalénol (DON), une mycotoxine de champ produite par les champignons genre Fusarium qui se développe majoritairement dans les céréales, renforce le caractère génotoxique de certaines bactéries présentes dans le microbiote. En effet, celles du groupe B2 plus particulièrement ont la capacité de produire une substance génotoxique, appelée colibactine, qui augmente le nombre des cassures sur les brins d’ADN des cellules intestinales. Ce qui se traduit par l’apparition de cellules cancéreuses.

Des lésions significativement plus nombreuses en présence du déoxynivalénol

En pratique, des expérimentations in vitro et in vivo ont été réalisées chez l’animal pour évaluer les effets combinés de ces bactéries et du déoxynivalénol (DON). Les résultats ont révélé que les dommages sur l’ADN des animaux possédant des bactéries capables de produire de la colibactine et ayant été exposés au DON par leur alimentation, présentent des dommages au niveau de l’ADN sur les cellules intestinales significativement plus nombreux, en comparaison avec des animaux ne synthétisant pas la substance génotoxique.

Ces premiers résultats apportent de nouvelles données interrogeant la synergie possible entre contaminants alimentaires et microbiote intestinal. Les travaux devraient se poursuivre. L’objectif est à présent de mieux comprendre le mécanisme en jeu dans le renforcement de la génotoxicité en présence de DON. D’autres études à venir devraient également permettre de compléter ces premiers résultats en allant plus loin, jusqu’à un stade avancé de la cancérogenèse colorectale.

L’interaction toxicologique est aussi un axe de recherche pour les scientifiques, les céréales étant susceptibles d’être contaminées par plusieurs espèces de champignons en même temps. Une synergie entre trichotécènes et déoxynivalénol à de faibles concentrations a été mise en évidence par les équipes de l’Inra Toulouse (lire Mai 2015, p86).