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Morbier contaminé : pourquoi il n'y a pas eu de retrait-rappel en 2016

Marjolaine Cérou |  16 Avril 2018 | 

Une épidémie de salmonellose liée à la consommation de morbier et de mont d’or franc-comtois a fait dix morts en 2016. Aucune mesure de retrait-rappel n'a été prise à l'époque, l'origine de la contamination ayant été mise en évidence et tous les lots mis sur le marché consommés. Crédit : Fotolia.

Le vendredi 13 avril, Radio France a exhumé des archives une épidémie de salmonellose liée à la consommation de fromages au lait cru de type Morbier et Mont d’Or survenue en France en 2016. Ce qui n'a pas manqué un emballement médiatique, seulement quelques mois après l’affaire Lactalis et la contamination des laits en poudre infantiles par Salmonella Agona. Sauf que l'incidence de la contamination est d'une autre ampleur : d’après Santé Publique France, 92 cas dont 10 décès (des personnes âgées) ont été attribués à la consommation de ces fromages.

Dans le quotidien Ouest-France, Quentin Guillemain, président de l'association des familles du lait contaminé aux salmonelles s’offusque de l’absence de communication des autorités et de mesures de retraits/rappels produits prises à l'époque. « Des épidémies, il y a en a tous les jours. Certaines ne nécessitent pas de communication car l’enquête a déjà permis de révéler la source de la contamination et à partir du moment où les lots ont été retirés et ne sont plus présents sur le marché, il n’y a plus de danger pour le consommateur », rappelle Simon Le Hello, co-directeur du Centre national de Référence des E. coli/Shigella/Salmonella à l'Institut Pasteur.

Dans le cas des Morbiers et Monts d'Or, c’est le sérotype Salmonella Dublin qui est concerné. Les fromages au lait cru incriminés étaient produits en Franche-Comté. Une région où « les données de surveillance des salmonelles en filière bovine indiquent une contamination régulière des laits et de certains fromages au lait cru par Salmonella Dublin », d’après la note d’appui scientifique et technique du 7 novembre 2016 de l’Anses relative à l’évaluation des protocoles d’échantillonnage de ces fromages.

Les infections à Salmonella Dublin restent rares

Pour autant, Salmonella Dublin est-elle plus virulente qu’un autre sérotype de salmonelles ? Pour Simon Le Hello, la réponse est non. « On sait que Salmonelle Dublin est peu adaptée à l’homme. De fait, d’après nos observations, ce sérotype circule beaucoup chez les bovins pour lesquels des signes cliniques sont présents, mais les infections restent rares chez l’être humain. Même si dans ces cas d’épidémie d’origine alimentaire l’attribution n’est jamais certaine, les observations montrent que les salmonelles touchent principalement les personnes immunodéprimées et des personnes âgées plutôt en fin de vie», explique-t-il.

Côté fabricants, l’épidémie a conduit à un renforcement des protocoles d’auto-contrôle sur les laits et les fromages. Ceux-ci sont détaillés dans la note de l’Anses du 7 novembre 2016. Un avis sur le risque de salmonellose lié à la consommation de Morbier de Mont d’Or est toujours en attente.