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Sommaire d'octobre 2009 - n°1263

10 Octobre 2009 | 

Editorial

François Morel, rédacteur en chef

"Tout un symbole"

Que la décision du Comité Interministériel de Restructuration Industrielle (CIRI) ait pu pencher en faveur de Sodiaal, plutôt que du groupe privé Lactalis pour la reprise d’Entremont Alliance, est très significatif. Il y a, derrière, la main du ministre de l’Alimentation. Il y avait aussi une certaine logique à faire ce choix, compte tenu de la politique d’alliances réussies de Sodiaal, au cours de ces dernières années. Rappelons, pour mémoire: le regroupement de Sodiaal Industrie avec Cofranlait, l’Alliance Fromagère avec Bongrain, la création de Beuralia… Deux fois –déjà !– avec Entremont Alliance.

Si la fusion est effective, elle donnera naissance à un nouveau géant laitier (CA global de 4, 4 Mrds €), de taille aussi importante que certaines coopératives hollandaises ou danoises. Et il en ira comme de la fusion récente de Friesland Campina (9,1 Mrds €), une recomposition du paysage laitier européen. Mais, d’autres exemples en France (Maîtres Laitiers du Cotentin) démontrent que la taille n’est pas le seul facteur. Ni même le fait d’être une coopérative. Le choix de Sodiaal tient davantage à l’inscription de la maîtrise de l’outil industriel dans les principes fondamentaux du groupe (1). Faire rentrer les éleveurs au capital des entreprises, comme l’a déclaré le président de Coop de France Phillippe Mangin, n’est pas suffisant.

Encore faut-il que les coopératives, non seulement, ne perdent pas la main sur l’outil industriel, mais investissent également dans l’aval. Le secteur coopératif est, par contre, bien plac aujourd’hui pour jeter les bases d’une contractualisation. Si ce volet du plan de sortie de crise gouvernemental semble incontournable, qui ne voit pas en même temps le risque dénoncé immédiatement par certains syndicats de producteurs: celui de tomber dans une forme d’intégration. Alors que le marché, lui, resterait libéral. Il y a un piège.

Sauf, a priori, pour des coopérateurs qui détiennent une part du capital de l’entreprise. Le « capitalisme coopératif » promu par Coop de France va-t-il devenir le nouveau modèle? On se demande, toutefois, comment l’accord sera possible avec le financier Albert Frère. Cela serait la première reconversion de la crise économique !