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Sommaire de décembre 2009 - n°1265

7 Décembre 2009 | 

Editorial

François Morel, rédacteur en chef

Une leçon de bon sens

Un industriel qui déclare, devant un ministre, « travailler, malheureusement, pour la grande distribution… », le lapsus est révélateur. Il témoigne des difficultés que rencontrent les industriels de l’agroalimentaire dans le cadre de leurs relations commerciales avec la grande distribution. De même que la succession de lois (Galland, Dutreil-Jacob, Chatel), destinées à mettre de l’ordre, est plutôt synonyme d’échecs répétés. Et, une fois de plus, la Loi de modernisation de l’économie (LME), qui date de l’été 2008, ne semble pas, si on en croit l’Ania, apporter tous les résultats escomptés. L’assignation de neuf distributeurs devant les tribunaux pour pratiques abusives, qui se veut à effet pédagogique, va-t-elle changer quelque chose? A voir.

Car la grande distribution reste plus que jamais engagée dans une « guerre des prix ». La stratégie n’a pas changé ! « On ne touche pas aux marges dans la grande distribution », avertit le président de la FCD. Que fait-on alors du cas des producteurs? Le vrai échec de la grande distribution est d’être un facteur d’aggravation de la crise de l’agriculture française. Est-il si utopique d’attendre du dernier maillon de la chaîne, surtout dans sa situation de quasi-monopole, de garantir la survie des autres maillons ?

L’attitude des consommateurs à la recherche permanente de prix bas et bons clients des promotions en tous genres, commence aujourd’hui à buter sur l’incompréhension quant à la formation des prix des produits agroalimentaires. D’autre part, une stratégie axée majoritairement sur les prix et sur les marges, présente des dangers: la standardisation des productions, une banalisation de la qualité liée à des cahiers des charges basés sur des jurys consommateurs, une perte de la diversité due à la concurrence écrasante des MDD face aux marques fabricants.

Reconnaissons que la LME n’a modifié ni les comportements, ni les tendances lourdes. Jean-Paul Charié, député du Loiret et rapporteur de la LME, qui est décédé le 3 novembre, a plaidé tout au long de sa vie de parlementaire pour la loyauté des pratiques commerciales et la défense de l’homme au sein de l’économie de marché. Son message sera-t-il, enfin, entendu ?