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Sommaire de mars 2010 - n° 1268

16 Mars 2010 | 

Editorial

François Morel, rédacteur en chef

La viande : menace ou menacée ?

« La viande menace l’avenir de l’homme ! » La campagne antiviande, lancée lors du Sommet de Copenhague, a trouvé un écho important dans la presse. Des élus et des célébrités ont été jusqu’à proposer « une journée sans viande » dans la semaine. On peut y voir, en fait, une attaque plus profonde du mode de consommation des pays développés. Car les arguments environnementaux peuvent être vite balayés. La répartition du cheptel viande – les vaches allaitantes – en France, est localisée principalement dans les régions où domine l’élevage à l’herbe, comme l’Auvergne, le Limousin, la Bourgogne, le Midi-Pyrénées… Il faut d’autre part rappeler qu’il y a plus de vaches allaitantes en France que de vaches laitières. Cette prédominance est une spécificité française au sein de l’Europe.

A cette suspicion sur le plan environnemental s’en ajoute une autre sur l’état sanitaire et de délabrement de nombreux abattoirs. Après les révélations fin 2009 de l’OAV (Office alimentaire et vétérinaire européen). Traduites dans la presse par « 30 % d’abattoirs à couper l’appétit » (classes 3 et 4). La situation dénoncée va de pair avec la souffrance des animaux et rejoint le débat sur le bien-être animal. Ces arguments, d’ordre éthique, font mouche d’autant plus facilement « qu’une distance croissante s’est établie entre le mangeur et l’aliment ».

D’où l’urgence pour la profession de ne pas prêter le flanc à la critique. Il est surprenant qu’il y ait encore autant d’abattoirs à ne pas être aux normes. Ce qui soulève la question du nombre d’inspecteurs des services vétérinaires, plus prescripteurs que gendarmes ; celle des distorsions de gestion entre abattoirs privés et publics. En attendant d’investir, l’élevage français perd du terrain. On consomme moins de viande (-1,6 % pour le bœuf en 2009), on importe de plus en plus (déficit proche de 10 % en 2010), le revenu des éleveurs dégringole. Si le salut de la viande passe par une consommation raisonnée, il passe en priorité par une production et une transformation raisonnée.