Ces nouveaux films sont désormais en PE/EVOH/PE, donc recyclable dans la filière d'emballages souples en PE..

Recyclabilité

Florian Souliac (Segafredo Zanetti) : « notre sachet réduit d’un quart les émissions carbone »

30 mars 2021 - Karine Ermenier

Florian Souliac, directeur industriel de Segafredo Zanetti France, revient pour Process Alimentaire sur les deux années de développement qui ont permis au torréfacteur de remplacer ses premiers sachets complexes de café moulu avec aluminium par des sachets en polyéthylène recyclables. Interview.

Vos références de café Intermezzo Bio en grains 500 g et San Marco Bio, moulu 250 g, grains 500 g et dosettes, viennent de passer en sachets en PE/EVOH/PE (polyéthylène). Pourquoi ce choix ?

Florian Souliac : Les engagements de longue date du groupe familial Massimo Zanetti nous ont conduits à réaliser des ACV complètes (Analyse de cycle de vie). Elles ont révélé que, au-delà de la production de café pour la partie amont, c’est bien l’emballage qui a le plus fort impact sur le bilan environnemental en aval. Notre film triplex laminé en PET/aluminium/PE (polyéthylène) nécessitait plusieurs opérations d’assemblage de composants qui, eux-mêmes, devaient être transportés depuis des fournisseurs différents. Ce bilan est alourdi par le fait que ce complexe n’est, en fin de vie, pas recyclable. C’est ce qui nous a orienté vers le PE, qui est à ce jour le seul plastique souple apte au contact alimentaire qui dispose d’une filière de recyclage en France. Sa composition PE/EVOH/PE nécessite aussi moins d’étapes de fabrication. Il est moins épais, environ 120 µm versus 150 µm pour le triplex, ce qui a un effet significatif sur le transport des films en amont, sur la quantité d’eau et d’électricité dépensées pour sa fabrication, etc.

Quelle est l’incidence sur l’impact environnemental de vos emballages ?

En passant sur ce nouveau film, nous réduisons les émissions de CO2 liées à la partie emballages du cycle de vie de nos produits de 23 %.

Et ce, en conservant le même niveau de protection ?

Oui, c’est un prérequis. Nous devons préserver les arômes et la conservation de nos cafés. Nous avons donc testé une dizaine de complexes à base de PE avec notre fournisseur pour garantir les niveaux de barrière. Un travail important a été réalisé sur l’orientation du PE pour qu’il assure sa fonction de barrière à l’humidité. Tandis qu’un traitement EVOH est appliqué sur une des deux couches PE pour garantir les niveaux de barrière à l’oxygène, aux arômes et au dioxyde de carbone. Nous avons aussi dû choisir les films qui passaient sur les machines existantes, moyennant certaines adaptations.

Justement, quels ont été les aménagements de ligne nécessaires ?

Le film PE a des caractéristiques différentes : il est plus fragile et se soude à des températures plus faibles et à des plages de températures plus restreintes. L’enjeu a été de définir les bons couples température/pression pneumatique pour chacune des machines, d’âge et de marques différents. La régulation de la pression, qui garantit une soudure homogène, est un des aspects les plus critiques : si elle est insuffisante, le pack n’est pas étanche, si elle est trop importante, le pack peut être brûlé. Il a donc fallu gagner en précision sur des machines qui n’étaient pas prévues pour l’être. Nous avons aussi travaillé sur le guidage du film pour ne pas être trop brusque au pliage, à la formation du paquet.

Avec quelles incidences pour les équipes ?

La sensibilisation et la formation des équipes sont clé. Auparavant, les consignes étaient applicables au run de production et les tolérances relativement larges. Désormais, la consigne est au degré près et les opérateurs ont un rôle crucial dans la surveillance d’éventuelles dérives. Les températures réelles sont régulièrement contrôlées par rapport à la consigne rentrée dans le programme recette de l’IHM.

Avez-vous cherché à obtenir le même rendu visuel qu’avec les films complexes aluminisés ?

Nous n’avons pas cherché à obtenir des packs identiques visuellement, à savoir des packs métallisés. Sur les packs San Marco bio, par exemple, nous avons volontairement adopté une couleur beige qui est plus en lien avec les codes du bio. Nous retravaillons aussi le design des autres packs San Marco et Segafredo car les pigments aluminisés ne sont pas compatibles avec les filières de recyclage. Nous travaillons également sur la nature des encres et les taux d’encrage pour maximiser le traitement de la fin de vie de ces emballages.

Est-ce que toute votre gamme va switcher sur ces emballages ?

D’ici 2022, 80 % des gammes Segafredo profiteront de ce nouveau conditionnement.

Quelles sont les autres pistes d’éco-conception investiguées pour vos emballages ?

Nous démarrons les tests sur des films qui intègrent une couche de polyéthylène recyclé. La couche interne, elle, restera en PE vierge pour garantir l’alimentarité. Nous disposons aussi d’une gamme complémentaire de café en grain conditionnée dans des films en papier kraft. Nous déploierons le sachet en papier à la marque Segafredo dans le CHR lorsque les établissements rouvriront. Le papier est toutefois plus complexe à travailler sur le café moulu qui est, lui, conditionné sous vide. Sans compter que son pliage en L à 90° est délicat à réaliser avec du papier. Enfin, sur les capsules de café, pour lesquelles nous avons été les premiers du marché à lancer des capsules Ok Compost compostables industriellement, nous travaillons actuellement sur des alternatives compostables en home-compost.

 

CHIFFRES Segafredo Zanetti France, qui emploie 240 collaborateurs, transforme 19 000 tonnes de café sur son site de de Sotteville-lès-Rouen (76). Le torréfacteur italien occupe la troisième place du marché hexagonal du café avec un chiffre d’affaires de 82,3 M€ en 2020.
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