Emballage

Huiles minérales : E.Leclerc met la pression sur ses fournisseurs

3 octobre 2016 - Karine Ermenier

Michel-Edouard Leclerc s'engage à interdire la présence dans ses produits à marque propre (Marque Repère, Eco +, Nos Régions ont du Talent, etc.) d'hydrocarbures d'huile minérale aromatiques (MOAH), potentiellement les plus dangereuses, et à limiter la présence d'hydrocarbures saturés (MOSH) à 2mg/kg d'aliment. Il enjoint aussi 200 fournisseurs de marques nationales à suivre cette règle qui apparaîtra désormais dans le cahier des charges acheteurs du Galec (centrale d'achats du distributeur).

Un an après avoir dévoilé les résultats de tests qui révélaient la contamination de plusieurs aliments secs par des dérivés d'hydrocarbures (résultats de l'étude Foodwatch 2015), l'association Foodwatch salue une première victoire : Michel-Edouard Leclerc, dirigeant du groupement de distribution éponyme, s'engage à interdire la présence dans ses produits à marque propre (Marque Repère, Eco +, Nos Régions ont du Talent, etc.) d'hydrocarbures d'huile minérale aromatiques (MOAH), potentiellement les plus dangereuses, et à limiter la présence d'hydrocarbures saturés (MOSH) à 2mg/kg d'aliment. Pour ce faire, la Scamark va revoir le cahier des charges d'une cinquantaine de références identifiées (céréales, légumineuses, riz, flocons déshydratés, etc. conditionnés dans des étuis en carton, en général en fibres recyclées), de façon à ce qu'elles satisfassent à la règle au second semestre 2017. Le médiatique dirigeant enjoint aussi 200 fournisseurs de marques nationales à suivre cette règle qui apparaîtra désormais dans le cahier des charges acheteurs du Galec (centrale d'achats du distributeur).

« Il y a quelques mois, nous avions été interpellés par la branche française de Foodwatch qui dénonçait la présence dans des aliments d'épicerie (dans plusieurs pays de l'UE) de traces d'hydrocarbures provenant des cartons d'emballage en fibres recyclées. Comme tout distributeur et industriel, nous avons été amenés à nous pencher sur la problématique des perturbateurs endocriniens. Mais c’était la première fois, en tous les cas pour E.Leclerc que nous étions confrontés à cette question de la migration des encres d'emballages. Interrogés, les pouvoirs publics – comme souvent – n'avaient pas vraiment de réponse. De son côté, Foodwatch a étayé son interpellation et nous a communiqué sans difficulté l’intégralité des études et analyses sur lesquelles elle s’appuyait. En croisant leurs résultats avec nos propres analyses, nous avons abouti aux mêmes résultats », indique Michel-Edouard Leclerc sur son blog « De quoi je me M.E.L ».

Une décision qui va au-delà du cadre réglementaire

Le distributeur, qui a reçu Karine Jacquemart, la directrice générale de Foodwatch France, ne souhaite plus se contenter de respecter la législation. Il veut aller plus loin. « Car la recherche évolue souvent plus vite que la norme, avance-t-il. Et même si j'ai les plus grandes réserves sur un principe de précaution souvent poussé à outrance, mes collègues et moi avons trouvé l'analyse présentée par André Cicolella (Président du Réseau environnement santé) suffisamment sérieuse pour qu'on ne se retranche pas derrière le strict énoncé du droit. Donc, action ! »

Condamner les cartons recyclés ?

Concrètement, la tâche ne s'annonce pourtant pas simple. Car, d'un côté, la source identifiée du problème provient de la contamination des cartons recyclés par les encres graphiques (des journaux en l'occurrence). Ce qui encourage , du coup, à s'orienter vers des cartons en fibre vierge (choix qu'a fait par exemple le groupe Nestlé). Seulement, de l'autre côté : «La réglementation européenne nous impose un recyclage à 60 % du poids de carton mis en œuvre. Cet engagement crée donc une situation complexe dans laquelle la défense de l'environnement et celle de la santé entrent en confrontation », commente Michel-Edouard Leclerc. Les solutions à court terme vont donc consister à jouer la carte du carton vierge ou bien de l'ajout d'un emballage barrière tel qu'un sachet, par exemple.

La complexité du sujet a d'ailleurs incité l'Ademe et le club MCAS à réaliser une étude en partenariat avec Eco-Emballages pour identifier toutes les sources possibles de contamination tout au long de la chaîne (lire "Huiles minérales : ce qu'il faut savoir" dans Process Alimentaire d'octobre 2016). Il en ressort que les sources principales potentielles sont les encres grasses utilisées dans le procédé d’impression Offset, par séchage à froid (coldset) ou séchage thermique (heatset), les colles et adhésifs (et plus particulièrement certaines colles hotmelt utilisées pour la fermeture de cartons), les sources fibreuses recyclées. Cette étude livre également des pistes d'actions visant à limiter voire supprimer la présence d'hydrocarbures d'huiles minérales dans les emballages en papier-carton. Pour qui, fournisseur ou non des magasins E.Leclerc, se sentirait concerné par la question, cette liste est disponible ici :

La liste énoncée met en évidence que les industriels, seuls, ne suffiront pas à éradiquer le problème. Comme l'indique d'ailleurs Michel-Edouard Leclerc : "Jusqu'où peut-on laisser les acteurs privés se débrouiller à essayer de trouver une solution ? A mon sens, les Pouvoirs Publics doivent eux-mêmes s'engager." Foodwatch semble avoir trouvé un nouveau porte-parole. Sur ce sujet tout au moins ...

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