Consommation

La fin des quantités standardisées

20 avril 2009 - Josselin Moreau

Selon plusieurs interprofessions, la fin des volumes et des poids encadrés vont troubler le consommateur dans ses choix d'achat, en particulier sur les produits alimentaires de base.

Le vent libéral de la Commission européenne souffle-il sur l’agroalimentaire ? Depuis le 11 avril, une nouvelle directive communautaire interdit aux États membres de fixer des standards de poids pour une centaine de produits préemballés dont une soixante dans le domaine alimentaires : lait, beurre, pâtes alimentaires sèches, riz, café, sucre, etc. Les principales interprofessions ainsi que leurs adhérents indiquent de leur côté s’être opposé à ce texte qui complique le choix des consommateurs, en particulier sur des produits de base. De leur côté, les associations de consommateurs redoutent une augmentation cachée des prix des produits alimentaires, tendance semble-t-il déjà observée sur certains formats. Qu’en est-il vraiment ?

La directive européenne 2007/45/CE du 5 septembre 2007 est retranscrite en droit français par l’arrêté du 8 octobre 2008. Celui-ci abroge les précédents textes réglementaires en vigueur depuis plus de vingt ans concernant les volumes et les poids encadrés sur un éventail de produits.

Innovation industrielle concernée

Sur le plan de l’innovation que cela change-t-il ? Une des conséquences pourrait être la possibilité pour certaines PME de grignoter quelques parts de marché supplémentaires en baissant les prix de vente unitaires des nouveaux produits moyennant quelques grammes de moins par rapport aux marques de référence. Mais cet avantage concurrentiel demande des investissements sur le plan industriel que toutes les entreprises ne pourront pas financer, ainsi qu’une réorganisation des linéaires. Sous ces conditions, les distributeurs risquent de ne pas être des prescripteurs très pressés de mettre en place de nouveaux formats. « A notre connaissance, les petites coopératives pourraient se servir de cette nouvelle législation pour développer des produits sur des marchés de niches, indique Anne-sophie Midol, responsable communication de l’Association de la transformation laitière (Atla). Mais il semble peu probable que les grands industriels transformateurs modifient leurs formats de vente. »
Autre exemple sur le marché du sucre en morceaux : « Ces dernières années, il y a eu peu d’investissement dans l’outil industriel de la part de nos adhérents sur ce marché qui enregistre une décroissance d’environ 3% par an, pointe Lionel Léonard, secrétaire générale de la Chambre syndicale des raffineurs et conditionneurs de sucre de France. Cette nouvelle réglementation pourrait justement permettre aux professionnels d’imaginer des produits innovants qui, avec des poids plus adaptés aux nouveaux modes de consommation, permettraient de mieux répondre aux recommandations du Plan national nutrition santé. »

Prix au kg : nouveau repère

Globalement, du côté des grandes marques, le développement de nouveaux formats ne semble pas être la priorité, en particulier lorsque les formats de référence déjà en vente correspondent bien aux attentes et aux habitudes d’achat des consommateurs. Fin mars, le magazine 60 millions de consommateurs avait justement pointé du doigt plusieurs exemples de produits alimentaires conditionnés en emballage « familiaux » ou « éco » qui étaient en réalité plus chers que les produits en taille standard. Les services de la Direction générale de la consommation, de la concurrence et de la répression des fraudes (DGCCRF) en charge de la surveillance de la mise en place de la nouvelle réglementation ont affirmé la semaine dernière qu’ils seront vigilants sur l'affichage des prix au kilogramme, seul repère de comparaison stable entre plusieurs produits.
Au niveau européen, le Beuc (Bureau européen des unions de consommateurs) qui regroupe les principales associations nationales de protection des consommateurs, indique pour sa part qu’aucun groupe de travail n’est actif sur ce thème. Pour le consommateur, le comparatif pourrait pourtant s’avérer être d’autant plus compliqué à réaliser que le nombre de références risque d’augmenter dans les linéaires.

Opposition des professionnels

« Nous ne souhaitions pas que ces règles changent pour que le consommateur qui fait ses courses continue de s’y retrouver et de pouvoir comparer facilement les produits entre eux », précise justement Anne-Sophie Midol. Même opinion du côté de l’interprofession du sucre : « Nous étions totalement opposés à l’établissement de ces nouvelles règles communautaires qui nous paraissent aller dans le mauvais sens en ce qui concerne la protection du consommateur, indique Lionel Léonard. Sur le sucre en poudre par exemple, la décision d’achat se réalise en quelques secondes dans un rayon de supermarché : dans ces conditions, quel consommateur vérifie le grammage du paquet ? »
« Pendant les consultations faites en amont de cette réglementation, nous avions recommandé l’harmonisation des gammes de poids et de volumes au niveau européen pour ne pas troubler les repères d’achat des consommateurs », complète Anne-Sophie Midol.
Mais malgré les arguments avancés, les interprofessions n’ont pas été entendues et le texte a tout de même été voté. Seul gestes des parlementaires européens, une période transitoire a été inscrite dans la directive 2007/45 pour que chaque État membre ait le temps de mettre en place les nouvelles règles. Le lait, le beurre, les pâtes alimentaires sèches et le café peuvent ainsi déroger aux nouvelles règles jusqu’au 11 octobre 2012, le sucre jusqu’au 11 octobre 2013. « Nous avons choisi de ne pas utiliser ce recours. En pratique, c’est impossible de maintenir cette disposition au niveau national lorsque les autres pays européens suivent la nouvelle directive », conclut Lionel Léonard.

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