Emballage

Plastiques : « pas d'augmentations de capacités à attendre en Europe »

2 juillet 2015 - Karine Ermenier

Michel Loubry est directeur Europe de l'Ouest de PlasticsEurope, l’association qui fédère les producteurs de matières plastiques en Europe. Cette organisation collabore avec des associations européennes et nationales de l’industrie plastique et regroupe environ 100 sociétés membres qui produisent plus de 90% de tous les polymères dans les 28 États membres de l’UE, ainsi que la Norvège, la Suisse et la Turquie.

PROCESS ALIMENTAIRE : Les producteurs européens de matières plastiques, dont la plupart sont adhérents de PlasticsEurope, multiplient depuis début 2015 les « déclarations de force majeure » pour justifier leurs défauts de livraison. Ajouté à la chute des importations, cela met en difficulté les fabricants d'emballages. Que se cache-t-il derrière ces « cas de force majeure » ?

Michel Loubry : Il s'agit d'arrêts imprévus d'usines. Car, faute de compétitivité suffisante face aux zones dollars, nous avons fermé des capacités de production en Europe depuis quatre ans et les importations de la zone hors Europe ont augmenté pour atteindre plus de 20% du marché pour certains plastiques. Avec la chute de la valeur de l'euro par rapport au dollar, les importations ont chuté fortement au début de l'année 2015, et les producteurs européens restants font tourner leur capacité jusqu'à la limite acceptable. Et à un moment donné ça casse. Nos adhérents font donc le maximum pour équilibrer les livraisons. Chacun doit prendre sa partie du manque de matière. Côté prix, le marché s'affole mais n'oublions pas de rappeler que les prix avaient fortement chuté en 2014. Ils redépassent seulement maintenant les prix de juillet 2014.

PROCESS ALIMENTAIRE : La demande européenne en matières plastiques a progressé de 3,8 % entre 2013 et 2014. Dans ce contexte, pourquoi ne pas réinvestir dans de nouvelles capacités en Europe ?
Michel Loubry : Car la compétitivité de l'industrie plastique en Europe est catastrophiquement négative. Nous avons réclamé des mesures pour améliorer cette compétitivité. En vain. Jusqu'à très récemment, la production de matières plastiques était quasi exclusivement dépendante des sous-produits du raffinage du pétrole. Or, aujourd'hui, d'autres ressources de base, moins onéreuses, émergent à partir desquelles on extrait l'éthylène et le propylène qui servent à fabriquer 70 % des thermoplastiques consommés dans le monde (polyéthylène, polypropylène, PVC, etc.) : le gaz naturel , le charbon, la biomasse, etc. A l'horizon 2025, le gaz deviendra la deuxième source d'énergie dans le monde juste derrière le pétrole. Et ce sont les nouvelles ressources en gaz non conventionnelles (de schiste par exemple) très bon marché, qui viennent bouleverser le paysage. En 2013, il y avait 700 dollars d'écart entre l'éthane des gaz de schiste qui entrait dans un craqueur américain et le naphta (sous-produit du pétrole) entrant dans un craqueur européen !

PROCESS ALIMENTAIRE : Le marché européen est donc de plus en plus dépendant des importations ?
Michel Loubry : Oui, le marché européen du polyéthylène est devenu dépendant des importations, des Etats-Unis en particulier. Or, en 2014, les prix des matières plastiques ont fortement chuté, de juillet à décembre. Au prix du marché européen, pas un Américain ne voulait vendre en Europe. Les importations de polyéthylène ont d'ailleurs chuté de 20 % en Europe entre début et fin 2014. Pour tenter d'y pallier, nos usines européennes ont tourné à plein régime, avec les conséquences que l'on connaît.

PROCESS ALIMENTAIRE : Depuis janvier 2015, les prix remontent très vite, + 30 % à + 40 % selon les monomères. Cela devrait encourager les zones dollars à, de nouveau, livrer l'Europe ?
Michel Loubry : Il semble effectivement que ce soit ce qui se passe actuellement. Les chiffres d'importations que nous suivons à la loupe en témoignent. Il faut juste laisser le temps aux bateaux d'arriver pour que le marché puisse en ressentir les premiers effets.


PROCESS ALIMENTAIRE : Parmi les pistes de PlasticsEurope pour retrouver de la compétitivité, l'exploitation de gaz de schiste figure en bonne position.
Michel Loubry : Et pour cause ! En 2014, le coût de l'éthylène était de 200 € la tonne au Moyen-Orient, de 450 € la tonne aux Etats-Unis et d'un peu moins de 1 000 € la tonne en Europe. Outre-Atlantique, 20 projets de craqueur base éthane devraient augmenter de 7 millions de tonnes par an la production américaine de polyéthylène, soit la moitié de la consommation européenne ! Côté chinois, une vingtaine de nouveaux projets financés par le gouvernement sont actuellement à l'étude pour transformer le charbon en oléfines et alimenter le marché intérieur.
Petit signe positif en Europe, la Grande-Bretagne se lance dans l'exploitation de gisements de gaz de schiste et adapte certains de ses craqueurs au gaz. L'Allemagne, les Pays-Bas et la Belgique, de leur côté, libéralisent l'exploration de gaz de schiste. Permettons au moins l'exploration en France. A défaut, la France deviendra demain le village indien en Europe.


PROCESS ALIMENTAIRE : Certains restent néanmoins dubitatifs face aux causes de « déclarations de force majeure » invoqués par les producteurs de polymères. Et les soupçonnent de stocker leur production, de créer la rareté pour faire monter les cours …
Michel Loubry : Je préfère ne pas avoir entendu cela … Je tiens à rappeler que l'Europe a perdu 2 millions de tonnes de production de matières plastiques entre 2013 et 2014, là où la production mondiale a crû de 10 millions de tonnes. Et c'est notre industrie qui en a souffert et qui continue d'en souffrir. En France, la baisse de production combinée à la chute des cours, a entraîné un recul de chiffre d'affaires de 1,1 milliard ! Il est passé de 8,4 milliards d'euros à 7,3 milliards. Notre industrie est condamnée à s'adapter aux nouvelles ressources en tranformant ses usines pour, par exemple, craquer du gaz au lieu du naphta.

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Une journée sur le thème :  La fin programmée des plastiques à usage unique - Enjeux, perspectives, solutions

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