Œufs : « L’objectif annoncé par le Ministre est impossible à atteindre ! »

26 février 2018 - Amélie Dereuder

Suite aux déclarations de Stéphane Travert du 18 février sur Europe1 dans « Le Grand Rendez-Vous», la filière œuf s’alarme. En affirmant qu’à partir de 2022, «tous les œufs commercialisés en magasin devront avoir été pondus par des poules élevées en plein air», le ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire frappe fort. Si l’annonce réjouit les militants véganes, l’interprofession s’affole. En effet, les membres du CNPO (Comité National pour la Promotion de l'Œuf) se sont fixés d’atteindre 50 % des œufs en production alternative (sol, plein air et bio) en 2022. Ce plan, validé dans le cadre des États Généraux de l’Alimentation par Stéphane Travert, implique un investissement global de 500 M€ pour les éleveurs, dont 68 % utilisent encore des cages. Passer l’intégralité du cheptel en élevage de plein air se révélerait encore plus difficile et onéreux.

Selon le CNPO, "l'objectif annoncé par le Ministre est impossible à atteindre dans ces délais et sans aides à la transition". Il signifierait la disparition de centaines d’élevages en France, l’explosion des importations et une très forte hausse des prix, de l’industrie jusqu’à la distribution en passant par la restauration. Le marché de l’œuf européen ayant été chahuté depuis 2017 par la crise du Fipronil, l’offre ne sera peut-être pas au rendez-vous. L’interprofession demande ainsi à être reçue en urgence par le ministre pour clarifier la feuille de route de la filière et l’accompagnement des pouvoirs publics afin d’aider les éleveurs français, déjà très endettés par la mise aux normes européennes des cages en 2012.

Ce n’est pas la première fois que la filière œuf subit de tels effets d'annonce. Entre 2015 et 2017, la majorité des distributeurs, ainsi que des industriels et des enseignes de restauration ont annoncé un recours exclusif aux œufs alternatifs d’ici 2025. Le CNPO avait déjà affirmé début 2017 que ces déclarations, non concertées avec leurs fournisseurs, ne seraient pas tenables sans soutien financier. Si l’annonce de Stéphane Travert se concrétise, qui paiera la transition ?

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