Ingrédients

Aliments colorants. Une clarification attendue fin avril

17 février 2009 - Pierre Christen

Une incertitude juridique demeure quant à la "non-sélectivité" des procédés de fabrication de certains aliments colorants. Certains ne devraient-ils pas être considérés et donc étiquetés comme des colorants (additifs) ?

Les autorités européennes sont en train d’évaluer et de définir les aliments colorants. En effet, la pression mise sur les colorants synthétiques a ouvert la brèche à des voies de substitution par les colorants naturels (anthocyanes, curcuma, ,…) répondant à la directive Colorants 94/36/CE, ainsi que par des aliments colorants dont l’intérêt est de relever du statut de l’ingrédient et d’éviter ainsi l’étiquetage du « E » relatif aux additifs.

Rappelons qu’au regard de la directive 94/36/CE, une extraction sélective des pigments (relativement aux constituants nutritifs ou aromatiques) implique pour un composé d’être classé « colorant » et nécessite ainsi une autorisation et l’utilisation d’un « E ». En clair, « si un aliment ou un ingrédient a des propriétés colorantes, comme par exemple la tomate, ce n’est pas un colorant mais un aliment avec des propriétés colorantes. Cependant, s’il y a une extraction sélective, c’est un colorant. C’est le cas du lycopène (E160d) issu de tomate », nous précise la DG Sanco(Direction générale Santé et protection des consommateurs de la Commission européenne).
Toute la différence réside dans le terme « sélective ». Si la problématique est claire pour un jus de sureau l’est-elle autant pour un jus de sureau concentré ? De plus, le flou juridique demeure concernant des nouveaux aliments colorants, qui ne sont pas dans la liste positive des colorants, et dont le composé utilisé apporte des teintes différentes de l’aliment originel. La question étant toujours : ce procédé est-il sélectif ou non ?

Compte tenu de l’augmentation de l’utilisation des produits se revendiquant du statut d’aliment colorant au sein de l’Union européenne et de l’incertitude réglementaire qui lui est liée, la DG Sanco a entamé des discussions avec les industriels en vue d’établir des recommandations claires et transparentes pour distinguer un aliment colorant d’un colorant additif.

Ce processus collaboratif a eu lieu au niveau d’un groupe de travail d’experts gouvernementaux sur les additifs alimentaires, qui s’est réuni dernièrement le 13 janvier. Une version préliminaire des recommandations sur la classification des extraits d’aliments a été mise en discussion à ce niveau.

Les conclusions du groupe de travail et les recommandations de classification des extraits d’aliments seront présentées pour discussion et possible approbation au Standing Committee on Toxicological Safety of the Food Chain, probablement le 21-22 avril 2009.

La DG Sanco est consciente de l’importance de la problématique mais la consultation des Etats Membres et des parties prenantes constitue une étape essentielle du processus. Pour le moment, il est difficile de présager du résultat final du processus de consultation européenne.
Une chose est sûre, cette clarification est très attendue. Une fois leur statut clarifié, les aliments colorants devraient pouvoir se développer. Les fournisseurs sont d’ailleurs à pied d’œuvre pour aborder ce marché en France (voir dossier Ingrédients du magazine Process alimentaire, numéro de février 2009).

Pour peser sur la décision , le Natcol (représentant les fournisseurs de colorants naturels, vient de publier sur son site Internet un arbre de décision permettant de faire le distinguo entre colorants naturels et aliments colorants. Le site propose aussi la position du Natcol sur les ingrédients colorants, clarifiant comment de tels produits (Natcol Selective Extraction Criteria).
Selon elle, la question centrale pour définir un aliment colorant (colouring foodstuff en anglais), en opposition à un colorant additif, est premièrement d’avoir une compréhension claire de ce qu’est et de ce que n’est pas considéré comme une denrée alimentaire en Europe, et, deuxièmement, de juger si une extraction sélective a pris place lors du procédé de fabrication d’un aliment. « Natcol plaide pour que les propriétés caractéristiques essentielles (principalement la couleur) de la matière première soient conservées pour qu’un produit soit classifié « aliment colorant » », conclut Mary O'Callaghan, secrétaire générale, Natcol (Natural Food Colors Association).

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