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Bactérie anti-inflammatoire : un probiotique potentiel

27 octobre 2008 - Pierre Christen

Faecalibacterium prausnitzii présente toutes les caractéristiques du bon probiotique pour réduire les phénomènes inflammatoires intestinaux.

Faecalibacterium prausnitzii est une bactérie du tractus digestif qui gagne à être connue ! Des chercheurs issus de l’Inra Jouy-en-Josas, de l’Inserm et de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris ont montré qu’elle joue un rôle clef dans la prévention de la maladie de Crohn. Cette maladie inflammatoire chronique de l’intestin se manifeste par des poussées suivies de phases de rémission et se caractérise par des douleurs abdominales, un amaigrissement, une diarrhée et de la fièvre. Son caractère chronique la rend très invalidante.
Les chercheurs ont constaté que les patients atteints de cette pathologie ont au niveau de leur flore intestinale un déficit en Faecalibacterium prausnitzii. De plus, chez les patients pour lesquels une intervention chirurgicale s’est avérée nécessaire, le risque de récidive précoce était d’autant plus important que leur taux de F. prausnitzii au niveau de l’intestin était bas.
Fort de ce constat, les auteurs ont poursuivi leur travaux. Résultat : ils ont montré in vitro que F. prausnitzii avait d’importantes propriétés anti-inflammatoires. Ils ont ensuite confirmé ces données sur un modèle animal.

tout pour faire un bon probiotique

Le constat est double : « L’administration de F. prausnitzii ou des molécules qu’elle sécrète réduit l’inflammation intestinale et améliore nettement la survie des souris, explique Philippe Langella, directeur adjoint de l’unité de recherche Ecologie et physiologie du système Digestif à l’Inra Jouy-en-Josas.
Cette bactérie a donc tout pour faire un bon probiotique. D’autant que les effets sont bénéfiques quel que soit le mode d’introduction, par injection directe dans le système digestif, mais aussi par voie orale. Ce qui ouvre différentes perspectives.
« Le plus immédiat serait d’utiliser la bactérie directement, déclare Philippe Langella. Il y a toutefois deux verrous, l’un technique, l’autre réglementaire ». Le frein technique provient du caractère anaérobie strict de la bactérie. Cela demande d’être capable de la produire et de l’utiliser au niveau industriel sans présence d’oxygène. « Nous y arrivons au laboratoire, je pense que si l’enjeu le justifie, cela peut se mettre en place au niveau industriel », commente Philippe Langella.
Reste le verrou législatif. L’ajout d’une bactérie issue du tractus digestif dans un aliment (un lait fermenté, par exemple) relève du règlement Novel Food. Ce qui demande d’engager une procédure d’évaluation pour réussir à exploiter la bactérie.
Un second aspect plus prospectif est aussi envisageable. « Nous avons une idée de la localisation du principe actif, qui est présent dans le surnageant après centrifugation, déclare Philipe Langella. Nous allons lancer des recherches pour identifier ce principe actif. Nous sortons du domaine d’application alimentaire pour entrer dans celui du pharmaceutique ». Une perspective plus lointaine…

des perspectives médicales

L’application se limiterait-elle aux inflammations intestinales ? Suite à la publication de ces travaux dans PNAS online early edition, de nouvelles collaborations sont enclenchées. « Des laboratoires vont collaborer avec nous pour évaluer si les capacités anti-inflammatoires de la bactéries sont efficaces sur d’autres modèles, comme par exemple les maladies articulaires inflammatoires », indique Philippe Langella. De nouvelles pistes d’application sont donc en perspective.

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