Au niveau mondial, les cours du sucre ont perdu un tiers de leur valeur entre le 20 février et le 1 avril, selon les experts d’Agritel. Les cours de l’orge brassicole, des huiles végétales et du maïs ont aussi chuté. Crédit photo Quality Stock Arts

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Covid-19 : Les cours des matières premières agricoles sont en forte baisse

13 avril 2020 - Amelie Dereuder

La pandémie de Covid-19 a un impact significatif sur les cours des matières premières agricoles, telles que le sucre, le maïs, les huiles, l’orge et le blé. Le point avec Agritel.

En plus des classiques impacts de la météo, des taux de change et des politiques internationales, les cours des commodités agricoles sont impactés cette année par la propagation du Covid-19. Via les mesures de confinement qu’elle entraîne, l'épidémie a fait chuter les cours du pétrole au niveau mondial. Or son évolution est fortement corrélée aux cours de certaines matières premières agricoles, employées comme alternative.

La filière sucre est ainsi liée à la situation de l’éthanol. « Jusqu'à mi-février, on assistait à un mouvement haussier des cours du sucre car il devait y avoir un déficit de 9 à 10 millions de tonnes. Depuis que les opérateurs ont conscience de la gravité du Covid-19, les cours du pétrole et de l’éthanol se sont effondrés », précise François Thaury, directeur soft commodities chez Agritel. Le Brésil, grand producteur de canne à sucre, a ainsi redirigé sa production vers le sucre plutôt que vers l’éthanol, moins rentable. De quoi renflouer le déficit de production et faire replonger les cours du sucre. « Au niveau mondial, les cours ont perdu un tiers de leur valeur entre le 20 février et le 1 avril, date à laquelle les prix étaient les plus bas », ajoute l’expert. Par contre, le marché européen a été relativement préservé de cet effondrement grâce aux barrières douanières. Ce sont surtout les conditions météo de la prochaine campagne qui pourraient impacter les cours, plus que le Covid-19.

Réorienter les matières premières vers l’alimentaire

Le maïs, utilisé par les États-Unis pour faire de l’éthanol, a aussi été impacté. « La dégringolade du cours du pétrole a entraîné une chute importante des prix de l’éthanol. Or les États-Unis, premier producteur mondial de maïs, transforment généralement un tiers de leurs volumes en éthanol », explique Michel Portier, gérant de la société de conseil Agritel. En conséquent, les usines d’éthanol ferment et le maïs est massivement réorienté vers d’autres débouchés, comme l’alimentation animale. Là encore, le surplus entraîne la baisse des prix et fait chuter par ricochet les cours de la viande.

La situation est comparable pour les huiles végétales. « On a assisté à une chute des prix des huiles de colza, de soja ou de palme, qui servent à la production de biodiesel. Or pour le cas de l’huile de palme, on était déjà à un niveau de prix historiquement bas », explique Michel Portier. « A terme, les cours vont forcément remonter, car les prix de vente sont en dessous des coûts de production. Pour ne pas continuer de vendre à perte, les agriculteurs s’intéresseront à d’autres cultures, et le marché va repartir à la hausse », prédit-il.

Les cours de l’orge brassicole ont aussi diminué. « Ils sont très bas car l’offre est abondante. Les conditions météo ont conduit les producteurs à privilégier les semis d’orge de printemps plutôt que de blé. On observe donc une hausse de la surface emblavée. Simultanément, la demande a fortement baissé suite au confinement, puisqu’il n’y a plus d’évènements sportifs ou sociaux. Et cette perte de consommation ne se rattrapera pas plus tard », estime le gérant d’Agritel.

Les cours du blé se maintiennent

Par contre, les prix du blé se sont maintenus malgré la pandémie, avec une légère tendance à la hausse. « Pour éviter des émeutes de la faim comme en 2008-2009, les pays importateurs comme l’Algérie, le Maroc, l’Égypte ou l’Arabie Saoudite sécurisent au maximum leur importation. Il y a donc une forte demande en blé ces dernières semaines. », observe Michel Portier. « D’un autre côté, les pays producteurs comme la Russie et le Kazakhstan ont plutôt tendance à limiter l’exportation afin d’éviter une inflation des produits alimentaires », complète-t-il. Selon lui, la France va probablement poursuivre ses exportations et répondra aux demandes de ses clients. Toutefois, la production est plutôt attendue à la baisse, avec moins de surfaces semées à cause de mauvaises conditions météorologiques.

 

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