Avec la fermeture des frontières et la fermeture des restaurants et marchés, en 15 jours, le secteur de la pêche a perdu la moitié de ses débouchés. Il y a deux semaines, les cours du poisson se sont effondrés à cause de la surproduction. Crédit photo Adobe Christophe Fouquin

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Covid-19 : les cours du poisson s’effondrent en France

2 avril 2020 - Amelie Dereuder

La situation devient difficile pour les pêcheurs français. Avec la chute de la demande (export, restauration, marché…), le secteur a perdu 50% de ses marchés et les cours se sont effondrés.

La pandémie de coronavirus touche durement le secteur de la pêche. Avec la fermeture des frontières en Espagne ou en Italie, et la fermeture des restaurants et marchés, en 15 jours, il a déjà perdu la moitié de ses débouchés. Il y a deux semaines, les cours du poisson se sont effondrés à cause de la surproduction. « La chute des prix a été variable selon les espèces, mais pour certains poissons, elle atteint 50 à 70 % des cours », alerte Yves Foëzon, directeur de l’organisation Les Pêcheurs de Bretagne. Cette dernière a congelé une partie de la pêche de lotte, mais n’a pas pu sauver les volumes d’autres poissons comme la raie. Les surplus ont donc été transformés pour l’alimentation animale ou détruits.

La grande distribution essaie de soutenir la consommation

« Certaines espèces nobles, comme le turbot et le Saint-Pierre se vendent principalement en restauration. En ce moment, nous avons du mal à les commercialiser », précise-t-il. La grande distribution n’est pas en capacité d’absorber les 50 % de débouchés perdus, d’autant qu’elle se concentre surtout sur des espèces moins onéreuses, comme la sardine, le maquereau, le merlan… Cependant, elle essaie de soutenir la consommation de poissons frais. Michel-Edouard Leclerc, président d’E.Leclerc, a ainsi annoncé sur les réseaux sociaux vouloir favoriser la filière française : « Sous l’impulsion d’Olivier Louvard, président de la Scapmarée E.Leclerc, il a été décidé de mettre fin à toutes les importations pour privilégier une offre 100 % France, de garantir un prix d’achat avant le départ en mer et de s’engager à acheter 100 % de la capture ». Les équipes de l’enseigne ont dû revoir toute leur organisation afin de travailler des espèces qu’elles n’achetaient pas jusqu’à présent.

Les transformateurs s’approvisionnent à l’export

Frédéric Moncany de Saint-Aignan, président du Cluster Maritime Français, appelle à ce que les foyers continuent de consommer des produits de la mer afin de sauver les entreprises hexagonales : « Il faut absolument manger du frais, il faut absolument manger du poisson pour qu’une fois la crise passée, la filière puisse redémarrer. »  En effet, les faibles cours fragilisent encore plus le secteur. Une solution serait que les transformateurs s’engagent également à s’approvisionner en France, mais cela semble difficile. « Beaucoup d’entre eux se fournissent à l’international car ils ne savent pas s’ils trouveront suffisamment de volumes en France. D’un autre côté, les armateurs ne veulent pas prendre de risques pour un chiffre d’affaires qui pourraient être insatisfaisant. En conséquence, tout le monde reste dans l’expectative », regrette Yves Foëzon.

Le directeur des Pêcheurs de Bretagne attend aussi un soutien financier de l’Europe ou de la France, mais rien n’a encore été acté. Pierre Karleskind, président de la Commission de la pêche du Parlement européen, confirme que des discussions sont en cours. « Le plafond des aides de base a d’ores et déjà été multiplié par quatre, sous réserve d’un accord urgent de la Commission. Le financement des arrêts temporaires pour ceux, pêcheurs comme conchyliculteurs, qui ne peuvent plus continuer à travailler, et des aides au stockage pour les cas où les produits de la pêche auraient momentanément difficulté à trouver preneur, est une nécessité provisoire », conclut-il.

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