La hausse de la demande de sachet de farine conduit à des pénuries. Pour approvisionner les grandes surfaces, certains meuniers proposent des sacs de 10 à 25 kg. De façon surprenante, ces derniers trouvent rapidement preneurs. Crédit photo Adobe jollier_

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Covid-19 : Plombée par la boulangerie, la meunerie se tourne vers la distribution

20 avril 2020 - Amelie Dereuder

Difficile de trouver des sachets de farine dans les grandes surfaces. Pour répondre à la forte demande, les meuniers adaptent leur activité alors que leurs débouchés en boulangerie se sont effondrés.

En aucun cas la France ne manque de blé tendre. Pourtant, depuis quelques semaines, c’est le parcours du combattant pour trouver de la farine en grande distribution. Le confinement a conduit les consommateurs à faire eux-mêmes leur pain, leurs biscuits et leurs pâtisseries, pour limiter les sorties mais aussi tout simplement pour s’occuper en famille. Les ventes des sachets 1 kg ont ainsi doublé par rapport à l’an dernier.

- 50 % en boulangeries artisanales

La situation est moins rose pour les autres débouchés de la meunerie. Après de fortes hausses lors de l’annonce du confinement, les boulangeries artisanales ont enregistré de brusques baisses liées au changement d’habitude des consommateurs. Sur ce circuit, les ventes de farine se sont effondrées de 50 % la première semaine de confinement, avec des disparités en ville et en campagne, ou l’artisan reste plus accessible que la grande surface. Pour les chaînes de boulangerie, les points de vente ayant fermé, les ventes de farine ont chuté de 70 à 80 %. Les transformateurs ont aussi diminué leurs achats, de l'ordre de 20 à 30%. La dynamique des ventes en grande distribution n’a cependant pas de quoi totalement redonner le sourire à la filière. Les marges y sont très faibles par rapport ) la boulangerie artisanale.

Pour répondre à l'évolution des demandes, les minoteries sont donc contraintes de s’adapter. Grands Moulins de Paris a ainsi lancé La Boulangine, un sachet d’un kilo de farine que les boulangers peuvent commercialiser auprès des consommateurs qui n’en trouvent plus en grandes surfaces. La Minoterie Planchot a de son côté lancé de nouveaux conditionnements de 10 kg sur des farines T65  conventionnelles et bio pour ses clients habituels. L’entreprise a également mis en place un retrait de farine sur site pour les particuliers, toujours sur ces mêmes conditionnements, vendus 8 à 12 euros.

Trois fois plus de sachets 1 kg

Pour sa part, la Minoterie Bellot a fermé son service de vente en ligne, saturé d’appels de consommateurs en quelques jours. L’entreprise a préféré approvisionner ses clients historiques. Ses ventes en grandes surfaces ont été multipliées par 20. « Nous avons triplé notre production de sachet d’un kilo de farine. C’en est même difficile à digérer alors que nous avons des salariés en télétravail et un outil à saturation. Il y a un an, nous avons mis en place une ligne de sachet qui tournait sept heures par jour, cinq jours par semaine. Depuis deux semaines, elle fonctionne 24 /24h, six jours par semaine et ça ne suffit pas. Si j’avais trois lignes similaires, je vendrais encore toute ma production ! », s’exclame Louis-Marie Bellot, président de la société.

Très sollicité par les grandes enseignes, le minotier est limité dans sa production par le manque de sachets vides d’1 kg. « En quatre semaines, j’ai liquidé mon stock prévu pour six mois ! Les fournisseurs de ce conditionnement en Europe se comptent sur les doigts de la main. Eux aussi, leur activité est ralentie alors qu’ils reçoivent toujours plus de demandes ! Les délais passent donc de quelques semaines à quelques mois », souligne-t-il. En cas de rupture de sachet, ses équipes se retrouveraient à l’arrêt. Il cherche donc de nouveaux fournisseurs et en attendant, commercialise des sacs de 25 kg auprès des grandes surfaces. Il témoigne : « quand leurs rayons étaient vides et qu’elles ne pouvaient pas attendre, je leur ai proposé ces conditionnements. Elles ont essayé et en quelques jours, elles ont écoulé 1,5 tonne de farine ».

Les impacts de la pandémie

Cette adaptation de la meunerie risque par contre d’atteindre assez vite ses limites. Comme le rapporte Jean-François Loiseau, président d’Intercéréales et de l’ANMF, « actuellement, les discussions entre grandes enseignes et industries alimentaires ne portent pas sur le prix mais sur l’approvisionnement. Nous prenons à notre charge les coûts de fonctionnement supplémentaires et les coûts de transport quand il y a des retours de camions à vide. Mais on sait que le jour d’après, les grandes surfaces auront perdu la mémoire. » Il critique aussi certains distributeurs qui ne jouent pas le jeu et revendent la farine le triple du prix qu’elle l’ont achetée. Les minoteries sont en train de chiffrer les impacts de la pandémie de Covid-19 et espèrent ne pas être les seules à payer les factures.

 

Pas de pénurie de blé tendre en France

Par rapport à d’autres pays européens, la France ne manque pas de matières premières. La récolte 2019/2020 de blé tendre s’est avérée suffisante et il y a de quoi approvisionner les industries françaises, d’autant que les principaux débouchés sont en recul. Comme le précise Marion Duval, adjointe unité grain et sucre chez FranceAgriMer, « sur le marché français, le débouché de la panification est révisé à la baisse de 150 000 tonnes de blé tendre du fait du ralentissement de l’activité des moulins à partir de la seconde semaine de confinement, lié à une moindre demande en boulangerie artisanale et industrielle.» Quant à la biscotterie, biscuiterie et pâtisseries industrielles, le débouché est également minoré de 50 000 tonnes par rapport au mois dernier. Les stocks de blé sont donc suffisants pour approvisionner la transformation française et même l’export. « Si l’Algérie, le Maroc et l’Afrique restent nos principales destinations, la Chine a acheté plus de 1 million de tonnes de blé français depuis le début de la campagne, avec de nouveaux embarquements en mars dernier, soit huit fois plus qu’en 2018/19 », ajoute l’experte.

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