Les chercheurs estiment que la consommation de trop d’aliments caloriques peut provoquer des dérèglements du circuit de la récompense, des troubles compulsifs de l’alimentation et une prise de poids. Crédit photo Adobe nazarovsergey

Nutrition

L’excès de triglycérides modifie les comportements alimentaires

23 mars 2020 - Amelie Dereuder et Pierre Christen

Une équipe de chercheurs de l’Université de Paris et du CNRS ont montré que les triglycérides peuvent altérer le circuit de la récompense chez la souris et l’Homme. Cela qui pourrait favoriser l’obésité.

Dans un article publié le 5 mars 2020 dans Cell Metabolism, des chercheurs de l’Université de Paris et du CNRS ont démontré que certains triglycérides pourraient impacter défavorablement la régulation des comportements alimentaires. Libérés dans le sang après un repas, ils altèreraient la transmission de la  dopamine, la molécule du plaisir, impliquée dans le repérage des récompenses naturelles liés à nos besoins fondamentaux. Précisément, les triglycérides limiteraient l'activité des neurones exprimant le récepteur d'un sous-type de dopamine, par le biais de un mécanisme qui implique l'action de la lipoprotéine lipase (LPL).

Après avoir mené deux études chez l’animal et l’Homme, les scientifiques estiment ainsi que les aliments caloriques pourraient contribuer au dérèglement du circuit de la récompense. La diminution du plaisir pendant la consommation d'aliments étant l'un des facteurs qui pourraient être impliqués dans cette maladie complexe qu'est l'obésité.

Les triglycérides modifient la réponse à une odeur alimentaire

Chez la souris, la manipulation du taux de triglycérides dans le cerveau des souris modifie ainsi le plaisir à manger et la motivation à collecter de la nourriture. Chez l’Homme, les chercheurs ont observé que la quantité de triglycérides dans le sang modifie la réaction à une odeur alimentaire dans le cerveau. Plus il y a de triglycérides, plus la réponse du cortex préfrontal à une odeur est atténuée. Cette zone liée au circuit de la récompense fait le lien entre odeur de nourriture, son goût et le plaisir qu’elle provoque.

Chez les personnes obèses, on observe souvent un taux anormalement haut de triglycérides tout au long de la journée. Mieux appréhender les conséquences sur le cerveau permettrait de comprendre et limiter le développement de troubles compulsifs alimentaires et potentiellement de l’obésité. Au-delà de médicaments ou de recommandations nutritionnelles, il serait aussi envisageable de développer des aliments plus adaptés.

 

A noter : Les triglycérides sont présents dans les graisses animales, les huiles et les produits laitiers. Toutefois, ceux qui circulent dans le sang après un repas ne sont pas uniquement liés à la quantité d’aliments gras ingérés. En cas d’hypertriglycéridémie sévère, les médecins recommandent d’essayer de réduire dans un premier temps les boissons alcoolisées, les aliments riches en glucides simples (boissons sucrées, fruits…) ou complexes (pains, pomme de terre…). A contrario, la consommation d’aliments riches en omégas 3 est conseillée pour réduire les triglycérides.

 

Circulating Triglycerides Gate Dopamine-Associated Behaviors through DRD2-Expressing Neurons, Cell Metabolism 05/03/2020, par Chloé Berland, Enrica Montalban, Elodie Perrin, Mathieu Di Miceli, Yuko Nakamura,  Maud Martinat, Mary Sullivan, Xue S. Davis, Mohammad Ali Shenasa, Claire Martin, Stefania Tolu, Fabio Marti, Stephanie Caille, Julien Castel, Sylvie Perez,  Casper Gravesen Salinas, Chloé Morel, Jacob Hecksher-Sørensen, Martine Cador, Xavier Fioramonti, Matthias H. Tschöp, Sophie Layé, Laurent Venance, Philippe Faure, Thomas S. Hnasko, Dana M. Small, Giuseppe Gangarossa, Serge H. Luquet.

LE MAGAZINE DES INDUSTRIELS DE L’AGROALIMENTAIRE

  • Une veille complète de l’actualité du secteur agroalimentaire
  • Des enquêtes et dossiers sur des thèmes stratégiques
  • Des solutions techniques pour votre usine

Profitez d'une offre découverte 3 mois