Début décembre, Benoit Denormandie a donné les grandes orientations de sa stratégie protéines végétales pour 2030, avec un focus sur les légumineuses.  La nouvelle a fait l’objet de réaction contrastée de la part des professionnels. Crédit photo Adobe Soho A studio

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Réactions contrastées autour de la stratégie protéines végétales

18 décembre 2020 - Amelie Dereuder

C’est le fait marquant de 2020 pour les matières premières agricoles, le ministre de l’agriculture et l’alimentation Julien Denormandie a donné les grandes orientations de sa stratégie protéines végétales pour 2030. Objectif : devenir un leader mondial des protéines, grâce à un fonds de 100 millions d’euros. Mais la nouvelle ne réjouit pas tout le monde. Détails.

Si 2021 sera l’année mondiale des fruits et légumes, la décennie 2030-2030 sera celle des légumineuses en France. Annoncée le 1er décembre par le ministre de l’agriculture et l’alimentation, la stratégie protéines végétales définit les grandes orientations pour les filières huiles, protéines végétales et élevage pour les dix prochaines années. Elle met très en avant la culture de légumes secs, l’objectif étant de doubler les surfaces de cultures riches en protéines d’ici 2030 pour atteindre 8 % de la surface agricole utile, soit 2 millions d’hectares. A titre de comparaison, il s’agit de la même surface cultivée en bio en 2019.

Cette stratégie présentée par Julien Denormandie fait suite au Plan Protéines 2014-2020. Pour que le plan soit rapidement mis en œuvre, une charte d’engagement a été signée avec les représentants des filières végétales et animales. Elle prévoit une augmentation de 40 % des surfaces (soit plus de 400 000 ha) de cultures protéiques sur les trois prochaines années. Ce projet bénéficie de 100 millions d’euros de financements du plan France Relance, auxquels viennent s’ajouter les investissements du PIA4 et de Bpifrance. Ces financements seront dédiés pour moitié à la structuration des filières, et le reste se répartira sur la R&D, le soutien aux agriculteurs (20 millions d’euros dans chaque cas), la sélection variétale et la promotion de la consommation de légumes secs.

Devenir leader des protéines végétales

Comme le justifie le ministre, « la France est la première puissance agricole en Europe. Et pourtant notre dépendance aux importations demeure trop importante. Ma priorité est claire : nous devons impérativement regagner en souveraineté agroalimentaire, et cela ne peut se faire sans le développement d’une production française de protéines végétales ». Le but à long terme est de faire de l’Hexagone un leader mondial des protéines végétales.

Trois axes ont donc été retenus pour soutenir cette stratégie : réduire la dépendance aux importations (notamment le soja OGM ou issu de déforestation), améliorer l’autonomie alimentaire des élevages grâce aux cultures fourragères et développer une offre de produits locaux pour l’alimentation humaine. Concrètement, les plantes riches en protéines visées par ce plan pour l’alimentation humaine sont les lentilles, les pois chiches, les haricots, les petits pois, les pois cassés, les fèves, le colza, le tournesol et le lin. Les autres sources de protéines, comme les insectes, les céréales ou les végétaux comme le chanvre ont été écartées. Toutefois le plan de relance accompagnera quand même les producteurs de protéines alternatives (insectes, micro-algues…) pour l’alimentation animale via un partenariat avec Bpifrance.

Des réactions contrastées

Mais qu’en pensent les différents acteurs ? Celles impliquées directement sont enthousiastes : « Je tiens à saluer l’effort financier sans précédent de l’État pour amorcer la mise en œuvre de la stratégie. Ces mesures ambitieuses et concrètes vont permettre de créer une dynamique générale impliquant producteurs et consommateurs. L’État confirme ainsi tout le potentiel de la filière, et concrétise avec force l’ambition française de détenir le leadership mondial du secteur », a réagi Christophe Rupp-Dahlem, président de Protéines France. L’association regroupe les leaders français des protéines végétales et alternatives. Même son de cloche chez Terre Univia, pour qui cette stratégie représente « un amorçage très substantiel » et « un enjeu majeur pour la France et pour l’Europe ».

D’autres organisations sont moins optimistes. « Les engagements de l’État en faveur des protéines végétales sont satisfaisants mais ils ne permettront pas de remplacer la totalité des importations nécessaires pour nourrir l’élevage français », estime François Cholat, président du Syndicat National de l’Industrie de la Nutrition Animale (SNIA).

Pour les oubliés de la stratégie, c’est l’amertume qui domine. « Nous sommes déçus car cette stratégie sur les protéines végétales ne met en avant que les légumineuses, alors que les graines de chanvre décortiquées et déshuilées contiennent 60% de protéines ! Le chanvre est aussi une culture exemplaire, qui ne nécessite pas d’intrants et nous sommes engagés dans une démarche zéro phyto », affirme Nathalie Fichaux, présidente du syndicat Interchanvre. « Quand nous avons interrogé le ministre à ce sujet, on nous a répondu que les aides servaient à la structuration de nouvelles filières, et que nous étions déjà organisés », regrette-t-elle. La France étant déjà le premier producteur européen de chanvre en Europe, le gouvernement a sans doute voulu orienter les efforts vers d’autres cultures, plus faciles à intégrer aux rotations existantes.

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