Pour fonctionner de manière optimale, le processus de méthanisation agricole nécessite l’apport d’une large quantité d’effluents d’élevage. (crédit : Adobe Stock)

Qualité

Bien-être animal : Welfarm appelle à la vigilance dans l’approvisionnement en biogaz

25 avril 2022 - Stéphanie PERRAUT

Conséquence de la guerre en Ukraine, les appels se multiplient en France et en Europe pour augmenter la production de biogaz afin de limiter notre dépendance au gaz russe. L’association Welfarm a écrit aux distributeurs de gaz pour les mettre en garde contre les risques que fait peser une telle mesure sur le bien-être animal. 

Pour fonctionner de manière optimale, le processus de méthanisation agricole nécessite l’apport d’une large quantité d’effluents d’élevage, en plus des déchets de cultures, des cultures intermédiaires à vocation énergétique ou « pièges à nitrates ». Soucieuse du bien-être des animaux de ferme depuis plus de 25 ans, l’association Welfarm redoute qu’en recherchant une performance maximale, certains éleveurs soient tentés d’imposer la claustration à leurs animaux et de réduire leur accès au plein air.

Une inquiétude partagée par le sénateur Daniel Salmon dans un rapport d’information portant sur « la méthanisation dans le mix énergétique, enjeux et impacts ».  L’élu d’Ille-et-Vilaine estime (p.210) ainsi que le bien-être animal est « un point de vigilance rarement évoqué » au sujet de la méthanisation. Selon ce rapport, « l’objectif de récupérer un maximum d’effluents d’élevage peut conduire à garder le cheptel en stabulation tout au long de l’année et le nourrir en permanence à l’auge. La vache dans le pré pourrait devenir un vague souvenir. »

Concilier résilience et bien-être animal

Les craintes de Welfarm de voir se détériorer le bien-être des animaux d’élevage sont exacerbées par de multiples annonces récentes en faveur d’une augmentation forte et rapide de la production de biogaz en Europe et en France. Le 8 mars dernier, dans le cadre de son plan REPowerEU, la Commission européenne a indiqué qu’elle doublait son objectif de production de biométhane à partir de déchets issus de l’industrie agricole pour le porter à 35 milliards de mètres cubes par an d’ici à 2030. Dans l’objectif de réduire la consommation totale de gaz de l’Union européenne de 30 % d’ici à 2030 et de réduire des deux tiers les importations en provenance de Russie d’ici la fin de l’année (soit 100 milliards de m3), la Commission européenne prévoit de diversifier ses approvisionnements « en utilisant la politique agricole commune pour aider les agriculteurs à devenir des producteurs d’énergie », selon les propos de son vice-président exécutif, Frans Timmermans.

Le ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire, a également cité la production de biomasse et de biogaz comme « solutions alternatives qui permettront de devenir indépendants du gaz russe ». À sa suite, le 29 mars, Laurence Poirier-Dietz, directrice générale de GRDF, a annoncé un possible accroissement de la production de biométhane en France de 0,5 térawattheure d’ici fin décembre.

 « Les animaux d’élevage ne doivent pas être assimilés à de simples fournisseurs d’effluents. À l’inverse, garantir l’accès au plein air avec pâturage pour tous les animaux prend tout son sens dans la crise actuelle », affirme Welfarm. Le pâturage permet de valoriser des surfaces non cultivables et des protéines (fourrages) non consommables par les humains. Cela mène donc à une plus grande résilience, précisément le but recherché dans le contexte troublé actuel.

Process Alimentaire - Formules d'abonnement

LE MAGAZINE DES INDUSTRIELS DE L’AGROALIMENTAIRE

● Une veille complète de l’actualité du secteur agroalimentaire
● Des enquêtes et dossiers sur des thèmes stratégiques
● Des solutions techniques pour votre usine

Profitez d'une offre découverte 3 mois