Conséquence directe de l’épidémie de Covid-19 : plusieurs villes de France se sont mises à désinfecter les rues. Précaution utile ou excès de zèle ? Crédit : Adobe Stock.

Covid-19 : La désinfection des rues mise au pilori

7 avril 2020 - Marjolaine Cérou

Conséquence directe de l’épidémie de Coronavirus : plusieurs villes de France se sont mis à désinfecter les rues. Pour la Direction générale de la santé et des experts du nettoyage et de la désinfection, ces précautions sont inutiles, voire dangereuses.

Pour limiter la propagation du contagieux virus SARS-CoV2, à l’origine d’une pandémie mondiale inédite, plusieurs villes de France ont décidé de désinfecter les rues à l’eau de Javel ou autre désinfection. Cette pratique de désinfection des surfaces par voie aérienne, au départ mise en avant dans la province de Wuhan en Chine et épicentre de l’épidémie, a été reproduite par plusieurs villes de l’Hexagone comme Nice ou Menton dans le Sud, Suresnes en Ile-de-France, Reims dans le Nord-Est ou dans d’autres villes du Grand-Est, région particulièrement touchée par l’épidémie, à l’image Strasbourg, Colmar, ou Mulhouse. Une pratique jugée « inutile », et même dangereuse, par de nombreux experts du nettoyage et de la désinfection dont le prestataire GSF et par les professionnels de santé, avec la Direction Générale de la Santé en tête : « Compte tenu de la faible persistance du virus sur les surfaces et de l’obligation générale de confinement, la charge virale dans l’environnement doit être considérée comme négligeable ». « Il n’y a pas de réel intérêt car on ne sait même pas si le virus résiste à l’extérieur plus de 24 heures », commente Erwan Billet, directeur de la société Hydiac, spécialisée dans la formation et les audits dans les domaines du nettoyage et de la désinfection.

Un risque pour l'environnement

Le grand risque de cette désinfection massive étant l’impact sur l’environnement. « Déverser du chlore en abondance dans les rues n’est pas sans conséquence sur la faune et la flore », s’alarme l'expert. L’impact sur la santé humaine est aussi à prendre en compte, et en particulier la gêne associée à l’inhalation de des relents des désinfectants.
Le directeur général de la santé a demandé au Haut Conseil de la Santé Publique de réaliser « une étude comparative des pratiques déployées dans d'autres pays, notamment en Chine et en Corée du sud. Puis, en s'appuyant sur ce comparatif et les connaissances à date sur le Covid-19, d'indiquer si la mise en œuvre d'un nettoyage et/ou d'une désinfection de tout ou partie de l'espace public était opportune ». La Direction générale de la santé préconise d’attendre la fin des travaux avant d’entreprendre toute action.

Les préconisations de l'Anses

A l’échelle du domicile cette fois-ci, l’Anses a alerté début avril sur l’augmentation des accidents domestiques et d’intoxications signalés par les centres antipoison depuis l’apparition de l’épidémie de Covid-19. Pour les nettoyants et désinfectants en particulier, plusieurs situations à risque ont été identifiées par les experts : inhalation de vapeur toxique, intoxication accidentelle de jeunes enfants suite aux transferts des produits ménagers, mais aussi le nettoyage des aliments à l’eau de Javel. Ce qui a conduit l’Anses a répertorié les bonnes pratiques à mettre en place au retour des courses.
Pour rappel, quelques semaines plus tôt, l’Agence de sécurité sanitaire française a indiqué dans un avis que le risque de contamination par les aliments était considéré comme faible, la contamination par les voies respiratoires étant privilégiée par rapport aux voies digestives. Ce qui a conduit à la mise en place de mesures barrières (distanciation sociale, application de gel hydroalcoolique à fréquence répétée, etc.) dans les entreprises du secteur agroalimentaire ainsi qu’au renforcement des procédures de nettoyage et de désinfection, non pas des lignes de production - déjà soumises à des processus très drastiques et à des fréquences calculées suivant une analyse des risques rigoureuse - mais à la désinfection des points de contact comme les interrupteurs et les poignées de portes. « Même si on ne devrait pas avoir à ajouter cette étape. Car, outre le Covid-19, ces points de contacts devraient déjà être considérés comme des vecteurs de contamination importants », observe Erwan Billet.

 

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