Qualité

La toxicologie alimentaire se dote d’un pôle de recherche toulousain

23 mars 2009 - Josselin Moreau

Le pôle Toxalim regroupe à Toulouse les équipes de recherche de l'Inra qui se penchent sur les effets des molécules chimiques sur la santé humaine.

Quels sont les effets de certaines molécules chimiques présentes à faibles doses dans notre alimentation sur la santé humaine ? Certains composés issus des équipements de production, des emballages ou formés lors des procédés de fabrication agissent-ils sur l’organisme ?
Pour répondre à ces questions, l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) a inauguré vendredi dernier à Toulouse le pôle Toxalim dédié à la toxicologie alimentaire.

Au total, le pôle Toxalim regroupe 122 chercheurs, ingénieurs et techniciens permanents dans quatre unités de recherches dont trois en partenariat avec l'École Nationale Vétérinaire de Toulouse et l’École d'Ingénieurs de Purpan. Il accueille 30 doctorants et post-doctorants sur l’ensemble des thématiques abordées :
- Caractérisation de l’exposition de l’homme aux contaminants alimentaires,
- Effet des contaminants sur les fonctions physiologiques, les organes et les tissus,
- Détermination des mécanismes d’action moléculaire et cellulaire des contaminants et résidus sur leurs cibles.

122 chercheurs

Au total, 122 chercheurs, ingénieurs et techniciens de l'Inra travaille sur les problèmes de toxicologie alimentaire sur le site toulousain.

Les études toxicologiques restent encore peu développées en France par rapport au nombre de nouveaux procédés et matériaux utilisés dans l’agroalimentaire, que ce soit au niveau des ingrédients, des équipements de production ou des matériaux d’emballage. Or, les composés xénobiotiques (i.e. étrangers à l’organisme), d’origine agricole, industrielle ou encore environnementale, n’ont cessé de croître dans notre alimentation. Suivant les niveaux de connaissances acquises par les chercheurs sur chaque molécule, les réglementations en tiennent comptent ou non mais les modèles utilisés pour définir ces normes restent souvent discutés. « Ce centre est un pari scientifique majeur. Le regroupement de plusieurs spécialités - pharmacologie,immunologie, biologie, chimie - doit permettre de comprendre les effets combinés de plusieurs composés toxiques et de travailler sur le long terme » a souligné Marion Guillou, présidente de l'Inra, lors de l’inauguration du pôle.

Bisphénols A et phtalate

Parmi les projets de recherche rassemblés sur le pôle, certains font polémique, notamment à cause du manque d’études scientifiques permettant de définir les niveaux d’exposition maximum. C’est par exemple le cas du Bisphénol A (BPA) et du diéthylhexyl phtalate (DEHP) auquel le projet « Plastimpact » s’intéresse. Ces molécules sont des composés perturbateurs endocriniens affectant les régulations hormonales de l'organisme et pouvant induire des perturbations du développement du tractus génital mâle. Les chercheurs de l’Inra devront répondre de l’innocuité ou non de ces composés : un danger est-il avéré aux doses faibles d’exposition actuellement autorisées ? La longue co-exposition des consommateurs aux deux substances est-elle un facteur aggravant ? Y a-t-il des impacts biologiques encore inconnus, ou des périodes critiques du développement humain prédisposant aux manifestations toxiques ?

Rappelons qu’en avril 2008, la Food and Drug Administration (FDA) et le programme national de toxicologie des États-Unis (National Toxicology Program) américains avaient publié plusieurs recherches et notes d’information concernant la nocivité du BPA. Au Canada, l’Agence de sécurité des aliments ‘Santé Canada’ et le gouvernement canadien avaient alors annoncé leur intention d’interdire les biberons pour bébés en plastique rigide fabriqués à partir de BPA, jugé potentiellement nocif. En septembre 2008, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (AESA) avait jugé l’emploi du BPA sans risque à la dose journalière de 0,05 mg/kg de masse corporelle.

D’autres programmes de recherche sont actuellement en cours, comme :
- le projet « Expo Mat Pest » (2008-2010) concernant l’impact d'une exposition maternelle à un mélange de pesticides à faibles doses sur l'immunité, l'hématopoïèse et le système nerveux central de la descendance,
- le projet européen Cascade “Chemical as contaminants in the food chain” (2005-2009), réseau d'excellence européen pour la recherche s’intéressant à l'évaluation du risque et à l'éducation dans le domaine des contaminants alimentaires.

Le pôle Toxalim en chiffres

Ce pôle dispose de 6500 m2 de locaux, dont 540 m2 de nouveaux laboratoires, bureaux ainsi que la réhabilitation d’animaleries et le réaménagement de locaux techniques. Il a bénéficié d’un financement global de 2,3 M € dans le cadre du contrat de plan État-Région 2000-2006 dont 52 % de l’Inra, 39 % de la région Midi-Pyrénées et 9 % du Ministère de la recherche.

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