L’étude des experts de l’Anses révèle que le bisphénol B, dont la structure chimique est quasi-identique à celle du bisphénol A, possède des propriétés endocriniennes similaires.  Crédit Photo : Adobe Photo Stock.

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Le bisphénol B, nouveau perturbateur endocrinien

21 octobre 2019 - Marjolaine Cérou

Une étude de l’Anses met en exergue que le bisphénol B présente des propriétés endocriniennes similaires à celles du bisphénol A. Il est utilisé aux États-Unis pour certains revêtements au contact des aliments, mais pas en Europe ni en France.

L’interdiction du bisphénol A dans les emballages, en raison de sa nature avérée de perturbateur endocrinien, a conduit au développement de nombreux substituts dont le bisphénol B. Des experts de l’Anses viennent de mettre en avant que cette substance présente les mêmes propriétés endocriniennes que son homologue aujourd’hui interdit en France. Les expérimentations réalisées sur des rongeurs et poissons concluent en effet à une perturbation de l’activité oestrogénique et de la production de testostérone, similaires à l’activité endocrinienne du bisphénol A.

« Les données obtenues mettent en évidence la capacité du bisphénol B à interférer avec la voie de signalisation des œstrogènes, à réduire la production de testostérone et à altérer la stéroïdogenèse. Les résultats attestent aussi d’une modification de la spermatogénèse chez les rats et les poissons-zèbres, ainsi que de la reproduction des poissons », indiquent les experts dans l’étude publiée dans la revue Environmental Health Perspectives dans le cadre de la Stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens, dont l’un des objectifs est d’évaluer les différents substituts mis sur le marché.

Pour parvenir à ces conclusions, les experts se sont appuyés sur une méthode d’analyse se basant sur la structure des molécules, quasi identique entre le perturbateur endocrinien et son substitut. « Cette approche se veut plus inclusive que celle qui est actuellement appliquée au niveau réglementaire en Europe. Car les effets possibles du bisphénol B sur l’homme ou la faune sauvage ont été pris en compte lors de tests en laboratoire réalisés sur différentes espèces de vertébrés tels que des rongeurs ou des poissons », précisent les scientifiques.

Une déclaration obligatoire dès 0,1 %

Reste que le bisphénol B n’est pas utilisé en France, ni en Europe. Il est enregistré dans certains pays comme les États-Unis en tant qu’additif indirect pour certains revêtements et polymères en contact avec les aliments par le Food and Drug Administration. Les experts notent toutefois que des traces du substitut sont retrouvées dans des échantillons biologiques de la population européenne. « Son identification comme perturbateur endocrinien dans le cadre du règlement Reach permettra d’éviter que l’industrie ne développe son utilisation ou sa fabrication pour substituer le bisphénol A ou le bisphénol S », indiquent les scientifiques. Pris à parti cet été, le bipshénol S a été la cible des médias suite à la publication concluant à une exposition fœtale similaire à celle du du bisphénol A.

« Cette identification obligera également les importateurs d’articles contenant du bisphénol B à plus de 0,1 % à déclarer sa présence », conclut l’Anses. L’agence a dévoilé à la rentrée le programme du deuxième volet de la Stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens. Celui-ci portera entre autres sur l’évaluation de l'exposition des bébés à ces substances, mais il explorera aussi de nouveaux champs d’actions comme l’effet des perturbateurs endocriniens sur le système immunitaire (lire Septembre 2019, p.106).

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