Qualité

Les Californiens ne veulent pas d’un étiquetage des OGM

13 novembre 2012 - Anne-Katell Mousset

Le maïs a été la première plante OGM proposée en Europe. Pour Bernard Chevassus-au-Louis, si elle a été aussi peu acceptée par les consommateurs, c’est notamment car le maïs conventionnel est une plante récemment introduite en Europe : « un emblème choc et mobilisateur d’une menace exogène ». © Lsantilli - Fotolia.com

Appelés aux urnes la semaine dernière pour les élections présidentielles, les électeurs californiens ont aussi eu à se prononcer sur la mise en place d’un étiquetage spécial pour les aliments contenant des OGM. Le résultat peut paraître étonnant à nos yeux hexagonaux. La mesure a en effet été rejetée par 53% des voix contre 47% en sa faveur. Il faut souligner que l'option du non pour cette proposition 37, nommée « le droit de savoir », a fait l’objet d’une campagne publicitaire de 46 millions de dollars financée par des sociétés comme Monsanto ou Pepsico. Dans ces messages publicitaires, les opposants au projet annonçaient que cette nouvelle législation ferait augmenter les prix alimentaires et créerait de nombreuses règles compliquées à mettre en place pour les agriculteurs et les commerçants.

Ce matraquage publicitaire a certainement permis de convaincre une fraction des Californiens. Mais il faut comprendre également que les Américains n'ont pas la même perception des OGM que les Européens, et encore plus les Français. Ce que Bernard Chevassus-au-Louis, inspecteur général de l’agriculture et membre de l’Académie française des technologies qualifie dans Futuribles (mars 2012) de « divorce transatlantique ». L’auteur cite notamment une enquête du CIDIL (Centre interprofessionnel de documentation et d’information laitières) montrant que si 60% des citoyens français, italiens ou allemands sont opposés à l’introduction des OGM dans l’alimentation, seuls 21,5% des Américains partagent cette opinion.

Il explique cette différence par différents facteurs, comme le modèle agricole mais aussi la perception de l’évaluation du risque par les citoyens. Si, comme il le démontre, les pratiques d’évaluation du risque sont plutôt similaires entre experts américains et européens, leur légitimité et crédibilité n’est pas la même dans la population.

« Sans idéaliser la situation américaine, on peut considérer que l’évaluation par les experts continue à y être globalement reconnue dans sa capacité à maîtriser les risques. En février 2005, un sondage indiquait que 77% des Américains déclaraient se fier à l’aptitude de la FDA à garantir la sécurité des médicaments. A l'inverse en Europe, les crises sanitaires des années 1990 (sang contaminé, vaches folles, amiante…) […] ont fortement ébranlé le mythe du « risque zéro ».

L’une des explications à cet étonnant « non » au référendum serait donc à chercher dans l'histoire -et la perception- de l'analyse du risque aux Etats-Unis.

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