Agroalimentaire : quelles perspectives après une année 2014 difficile ?

7 avril 2015 - Pierre Christen

Dans les perspectives 2015, la plus grande incertitude relève du devenir des alliances nouées entre centrales d’achat des enseignes de grande distribution, et sur leurs répercussions sur la santé des entreprises agroalimentaires.

Jeudi 02 avril, l’Ania (Association nationale des industries alimentaires) a présenté le bilan de l’année 2014. Les 15 789 entreprises du secteur agroalimentaire, dont 98 % de TPE-PME, ont bien résisté malgré les difficultés liées au marché national et à la concurrence internationale. Le secteur emploie 493 272 salariés, soit une création nette de 545 emplois (+0,2 %). Malgré cela, les difficultés persistent. 273 défaillances d’entreprises sont à relever en 2014. Synthèse

Une activité à la peine par rapport à 2013

Selon le panéliste IRI, les ventes en volumes de produits agroalimentaires en 2014 n’ont progressé que de 0,2 %. Une stabilisation encourageante au regard du résultat de l’année dernière (-0,4 % en 2014), mais plutôt décevante au regard du dynamisme de l’évolution de la population française, qui en 2014 a gagné +0,8 % selon l’Insee.

En valeur, la croissance est elle-aussi plutôt décevante, avec une progression de seulement +0,6 % (contre +1,7 % l’année dernière). C’est le plus bas niveau de croissance depuis huit ans. Un résultat directement lié à la déflation des prix des produits agroalimentaires, qui fut de 1,1 % en 2014. En 2013, l’inflation avait été de 0,5 % et de 2,2 % en 2012.

Au final, la production de produits alimentaires est restée en repli de –0,2 % fin 2014, à la différence des pays voisins comme l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne ou la Grande-Bretagne.

Des investissements paralysés

La concentration des achats des centrales de grande distribution accroît la pression sur les prix, avec un effet direct sur la capacité à investir des entreprises. Selon une enquête de l’Insee, les chefs d’entreprises annonçaient en janvier 2015 une hausse de leurs investissements de seulement 1 %, contre +7 % à la même période en 2014. « Fragilisée par ses relations déséquilibrées avec la grande distribution, l’industrie agroalimentaire de France doit absolument être préservée en soutenant son innovation et en stoppant cette guerre des prix », affirme Jean-Philippe Girard, président de l’Ania.

Export : un potentiel sous-exploité

Le solde commercial du secteur est positif : il s’élève à 7,8 milliards d’euros. L’industrie alimentaire reste le second contributeur à la balance commerciale du pays grâce à des exportations qui s’élèvent à 43,3 milliards d’euros en 2014. Ces exportations sont toutefois en légère baisse de 0,7 % par rapport à 2013. Un recul qui s’explique par l’effet prix lié à la déflation, un repli des exportations de boissons vers l’Asie (- 300 M€) et par l’embargo russe. La part des ventes à l’international (27 %) laisse entrevoir un potentiel qualifié de « sous-exploité ». Seules deux entreprises sur dix exportent en France, contre huit sur dix en Allemagne. « Les barrières non tarifaires doivent être levées. La France doit aider davantage nos entreprises à se projeter en dehors de nos frontières », souligne Jean-Philippe Girard.

Des incertitudes pour 2015

Olivier Humeau, directeur général d’IRI France, a dressé les perspectives 2015. Des éléments positifs sont à relever au niveau macro-économique. Selon la dernière conjoncture de l’Insee, de nombreux indicateurs passent au vert : PIB, consommation des ménages, pouvoir d’achat, prix du pétrole, compétitivité de l’euro…. Le moral des ménages remonte de 6 points depuis octobre 2014 pour atteindre un niveau record depuis octobre 2010. Autre signal encourageant : les produits festifs ont connu une bonne croissance de leurs ventes en fin d’année 2014.

Pour autant, des éléments plutôt négatifs ou neutres restent présents. En particulier, le niveau de chômage ne devrait pas baisser de manière significative. Sur le plan des ventes de produits alimentaires, le dernier trimestre (décembre – février) est dans la continuité de l’année 2014 : +0,4 % en volume et +0,9 % en chiffre d’affaires avec toujours un même niveau de déflation. La plus grande incertitude relève du devenir des alliances nouées entre centrales d’achat des enseignes de grande distribution, et sur leurs répercussions sur les prix, les investissements, etc., bref sur la santé des entreprises agroalimentaires.

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