Julien Chabrol et Denis Lainé dirige Biovence depuis 2008. L'entreprise basée à Entraigues sur la Sorgue (84) produit des pâtes 100 % bio.

Covid-19 : Comment Biovence gère l’inflation de la demande de pâtes

24 mars 2020 - Pierre Christen

Le spécialiste des pâtes bio Biovence a réussi à répondre à la demande grâce à son nouvel outil de production et, autant que possible, à l'anticipation de la crise.

 « Suite aux annonces présidentielles, il y a eu beaucoup d’informations et de surinformation, avec un petit mouvement de panique qui s’est créé dans les magasins et chez nos collaborateurs. Aujourd’hui, nous sommes tous mobilisés et travaillons 7j/7 pour répondre à la demande exceptionnelle », affirme Denis Lainé, co-dirigeant de Biovence, qu’il a repris en 2008 avec Julien Chabrol. L’entreprise réalise un chiffre d’affaires de 8 M€, en forte progression, essentiellement dans le réseau des magasins bio spécialisés (80 %), avec des pâtes sèches bio (dont une gamme sans gluten).

Des produits sur lesquels se sont rués les consommateurs. « Ce qui nous a désorganisé, c’est le caractère soudain de l’emballement des ventes. Malgré ce que nous avions prévu, nous avons dû mobiliser nos collaborateurs pour pallier les besoins les plus urgents. Nous avons réussi à servir tous nos mix produits », indique-t-il. Pour répondre aux commandes, l’outil de production tourne au maximum de ses capacités. Biovence se distingue aussi par son anticipation de la crise. « Sur le salon Biofach qui s’est tenu à Nuremberg mi-février, nous avions senti la problématique. Nous avons rencontré plus de 20 nationalités différentes, avec déjà des personnes protégées par des masques, du côté des Chinois et des Coréens du Sud. Nous nous sommes dits que vu la circulation des professionnels partout dans le monde, il était évident que cela allait arriver chez nous, sans savoir que cela aurait une telle résonance », relate-t-il. Un état d’esprit qui a conduit Biovence à appliquer à la lettre les recommandations et les mises en garde émises par les différents syndicats professionnels, dont l’Ania. Et à stocker des matières premières et des emballages, mais aussi des masques et du gel hydroalcoolique pour se mettre en ordre de marche. Nous avons été à l’écoute des recommandations. « Au meilleur des cas, nous nous sommes dits que l’entreprise aura fait du stock, et aura pris de l’avance », précise-t-il.

« Je suis fier de la mobilisation des salariés »

Comment la mobilisation des salariés a-t-elle était confortée ? « Nous informons tout le monde au fur et à mesure. Nous avions fait une réunion une semaine avant les annonces présidentielles, en incluant le scénario catastrophe. C’est celui-ci qui s’est produit. Mais nos salariés étaient prévenus de sa possibilité », relate-t-il. Bien entendu, comme dans toutes les entreprises, les comportements ont été divers. « Nous avons essayé de rassurer au maximum. Je suis fier de leur mobilisation. C’est aussi du civisme, vu ce qui se passe, de s’investir pour alimenter les gens. Dans l’ensemble, tout le monde a été ultra-responsable », poursuit-il

Des mesures de précaution ont été mises en place : pas de serrage de mains, aucun visiteur extérieur, personne dans l’usine sans masque, désinfection en continu des supports, lavage des mains au gel hydroalcoolique toutes les 30 minutes et distanciation sociale y compris dans les salles de pause. Quid du contrôle de température ? « Nous avons ce qu’il faut pour le faire. Mais d’après nos informations, ce n’est pas la mesure idéale. Car il y a des porteurs du virus sans température. Et à l’inverse, une fièvre ne signifie pas que l’on a le Covid-19. C’est donc assez discriminatoire », répond-il.

Les prochains jours seront cruciaux

Les prochains jours vont être cruciaux, compte-tenu du pic d’épidémie attendu. « Nous savons quoi faire en cas de personne malade dans l’équipe. Informer et communiquer sera capital. Cela demande un circuit court, je suis joignable h24 sur mon portable pour communiquer en cas de problème », précise-t-il. Un témoignage qui montre la réalité des entreprises agroalimentaires loin d’une certaine psychose ambiante.  « C’est le moment de se serrer les coudes et de faire comprendre que face à la gravité de l’événement, il faut éviter les faux débats. Si tout le monde panique cela sera encore plus dramatique », conclut-il.

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