Emmanuel Vasseneix est le président du groupe LSDH, acteur clef de l’élaboration et du conditionnement de jus de fruits, de lait végétal, de lait de consommation et de salades.

Covid-19, Emmanuel Vasseneix (LSDH) : « Je ressens une fierté très forte vis-à-vis de nos collaborateurs »

26 mars 2020 - Pierre Christen

L’épidémie de Covid-19 a plongé le pays dans une situation de confinement inédite. Reconnu secteur essentiel, l’agroalimentaire, et avec lui tout son écosystème, subit une très forte pression. Le témoignage d’Emmanuel Vasseneix, président de LSDH.

Comment avez-vous vécu la survenue de l’épidémie et les mesures gouvernementales ?

Il y a eu plusieurs phases. Tout d’abord, une phase de préparation. Puis la folie sur les produits de première nécessité, lait, crème et jus d’orange en ce qui nous concerne, avec des gens qui ont tout dévalisé dans les magasins. Il a fallu répondre à cette demande, trouver des solutions avec nos partenaires, dialoguer avec les transporteurs, se réapprovisionner en emballages,… Il faut bien comprendre que nous sommes une chaîne complète. Nous avons besoin de personnel, de matières premières, de palettes, de films de conditionnement… Nous avons réussi avec nos clients distributeurs à faire le job jusqu’au mardi 17 mars midi. Là, la France s’est arrêtée. Les commandes sont restées soutenues sur les produits de première nécessité, mais le reste s’est effondré, la RHD en tête.  Puis, dès le matin du mercredi 18 mars, nous avons stabilisé la situation. Nous avons pu reprendre notre souffle et réapprovisionner les magasins. Mais il y a eu deux événements pour le moins très perturbateurs. Des gens sur les réseaux sociaux n’ont pas pu s’empêcher de balancer des aberrations du genre les patrons se font du fric sur votre dos. C’est n’importe quoi ! Et les annonces multiples du gouvernement n’ont pas été hyper coordonnées. Le ministère de la Santé a fait un boulot remarquable, en particulier le ministre Olivier Véran et le dg Santé Jérôme Salomon. Mais la communication de la liste des pathologies autorisant des arrêts de travail préventifs a suscité beaucoup de doutes et même un mouvement de panique.

Quelle est votre préoccupation première ?

D’éviter que la psychose s’installe. Il y a beaucoup d’inquiétude. Nous passons beaucoup de temps avec les équipes, pour ramener du calme et du pragmatisme, avec beaucoup de pédagogie. Cette nuit [du mercredi 18 au jeudi 19 mars], j’étais jusqu’à 2 h du matin dans les ateliers.  En ayant une posture claire : nous avons mis en place toutes les directives reçues par les différents ministères (désinfection, distanciation sociale). Nous traitons les situations au cas par cas. Par exemple, est apparu la question des stylos prêtés aux chauffeurs pour la signature des livraisons. Nous avons décidé de leur en mettre à disposition. Nous prenons la température de nos salariés et en cas de fièvre, ils repartent à la maison. Il faut être présent, à l’écoute. Les réactions sont très différentes d’une personne à l’autre. Il faut beaucoup d’empathie et respecter les choix des uns et des autres.

Avez-vous beaucoup d’absents ?

Non. Nous avons traité la situation de tous ceux qui pouvaient partir car ils n’étaient pas indispensables à la production. Cela concerne une partie des fonctions support, les forces de vente pour la RHD, les stagiaires et apprentis. Certains salariés ont dû passer en chômage partiel. Au total, cela représente 10 % de nos 2000 salariés. 4 à 5 % ont fait valoir un arrêt de travail pour garde d’enfants ou pour pathologie. Et il y a ceux qui ne veulent plus venir, on leur a demandé de prendre leurs congés.

Craignez-vous des retraits massifs dans les jours qui viennent ?

Je prends ce risque très au sérieux. Si tout le monde le fait, c’est la fin des haricots. En même temps, je ressens une fierté très forte vis-à-vis de nos collaborateurs. C’est très important. Nos salariés font plus qu’un job. On peut vraiment parler de mission. Celle de nourrir les Français avec des produits longue conservation.

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