Franck Bonfils est président de la société Un Air d'Ici (marque Juste Bio), leader européen sur le vrac bio. Son entreprise, qui emploie 110 personnes, a réalisé un chiffre d'affaires de 75 millions d'euros en 2019. Et devrait atteindre 80 millions d'euros en 2020.

Covid-19 : « Non, le vrac n’est pas moins hygiénique que les produits emballés »

4 mai 2020 - Karine Ermenier

Irrité par le procès "sanitaire" intenté au vrac en cette période de Covid-19, Franck Bonfils, président d’Un Air d’Ici, souhaite rétablir quelques vérités. Le dirigeant du leader européen sur le vrac bio dénonce un retour en force du plastique qui lui fait craindre la fin des efforts réalisés ces dernières années en faveur du développement durable. Interview.

En cette période de crise sanitaire, vous dénoncez les rumeurs qui courent sur le vrac. Quelles sont-elles ?

Franck Bonfils, président d’Un Air d’Ici : Certains fervents défenseurs de l’hygiène font actuellement un faux procès au vrac en laissant penser qu’il ne garantit pas la sécurité sanitaire des consommateurs. Ils imaginent que la marchandise est manipulée par les consommateurs et que les produits emballés sont donc plus sécures. Or, c’est faux. J’irais même à dire que ça pourrait être l’inverse … Délaisser le vrac sous prétexte de se protéger du virus du Covid-19 serait totalement irrationnel. Et je ne le dis pas juste pour défendre ma chapelle.

En quoi votre vrac est-il aussi hygiénique que les produits emballés ?

F.B : C’est simple, nous proposons une offre en full-service, c’est la clé. Nos produits sont stockés dans des contenants hermétiques dans des meubles que nous avons développés. Ils sont remplis par nos propres salariés selon des procédures précises. Le consommateur n’a donc pas d’accès direct aux produits et ne les touche jamais. Et pour actionner la poignée des trémies, nous leur conseillons, via des affichettes visibles en rayons, de prendre un sac kraft à usage unique, d’introduire leur main à l’intérieur et de s’en servir comme d’un gant. Une fois à la maison, les fruits secs et autres pâtes ou riz sont souvent stockés dans des bocaux et les sacs krafts mis au recyclage. Ils ne sont donc pas stockés dans les placards avec leurs emballages d’origine qui auraient pu être manipulés par plusieurs personnes en rayons et au préalable pour la mise en rayons. Contrairement aux produits préemballés.  D’ailleurs, quand vous achetez un produit frais ou surgelé, il est présenté dans une vitrine ou un bac qu’il faut ouvrir, en saisissant la poignée déjà touchée par des centaines de clients avant …

Cette mauvaise publicité vous a-t-elle pénalisé ?

Nous avons enregistré une érosion de 20 % de nos ventes depuis le début du confinement mais ce n’est pas lié à un désintérêt des consommateurs. Mais plutôt des enseignes qui n’ont plus accepté la visite de nos merchandisers en magasins. Or, ce sont eux qui remplissent les trémies et qui sont formés pour cela. La moindre fréquentation des hypers a aussi joué en notre défaveur.

La crise du Covid-19 ne sonnera donc pas le coup d’arrêt de votre croissance ?

C’est un repli conjoncturel. Chaque année, le chiffre d’affaires de la société progresse de 20 millions d’euros. Et malgré la crise, nous n’avons pas constaté d’effondrement de la demande. Après s’être adaptés aux nouvelles mesures à mettre en place, les magasins ont repris leurs commandes. Et nos ventes de produits Juste Bio en vrac ont été multipliées par quatre sur notre boutique en ligne. Les citoyens restent toujours sensibles à l’impact environnemental de leurs comportements. En 2019, le marché du vrac a dépassé le milliard d’euros en France, en progression de 40 %. Et selon Nielsen, 40 % des Français déclarent acheter en vrac. Cela ne s’éteindra pas avec la crise.

Pour autant, vous avez une crainte …

Je veux dénoncer ceux qui ont un comportement opportuniste et qui profitent de la crise pour encourager un retour en force du plastique et des emballages. J’entends ça et là le Medef ou des lobbyistes du plastique demander un moratoire sur la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire ou sur la directive sur les plastiques à usage unique. Pour ralentir ou stopper l’élan d’avant pandémie. C’est tout l’inverse qu’il faut faire. Bien que nécessaire pour le matériel médical, le plastique est une lourde menace pour l’écologie. Car la planète est déjà à l’agonie…

 

LE MAGAZINE DES INDUSTRIELS DE L’AGROALIMENTAIRE

  • Une veille complète de l’actualité du secteur agroalimentaire
  • Des enquêtes et dossiers sur des thèmes stratégiques
  • Des solutions techniques pour votre usine

Profitez d'une offre découverte 3 mois