Développement durable

Crise alimentaire mondiale : ce que les entreprises peuvent faire

23 avril 2008 - Josselin Moreau

La laiterie Saint Denis de l'Hôtel a reccueilli 55000 euros pour aider à la création de 69 micro-exploitations maraîchères durables depuis 2005 au Cambodge.

Tous les voyants sont au rouge. Le monde se dirige « vers une très longue période d'émeutes » estimait Jean Ziegler, rapporteur des Nations Unies pour le droit à l'alimentation, le 14 avril 2008. Entrée massive des pays riches ou émergents dans les biocarburants, ardoise géante de la dette des pays pauvres (2100 milliards de dollars cumulés en 2007), subventions agricoles à l’exportation : les raisons de la flambée des prix des matières premières sont nombreuses et préfigurent une crise d’ampleur planétaire.
Dans ce contexte, les organisations internationales et non gouvernementales rappellent aux gouvernants et aux entreprises la nécessité d’investir pour créer de la richesse économique et agricole dans les pays pauvres. Car le développement durable passe en priorité par l’autosuffisance alimentaire. La démarche initiée en 2005 par la laiterie Saint Denis de l’Hôtel près d’Orléans avec Agrisud International, organisation non gouvernementale (ONG) de lutte contre la pauvreté est un exemple concret de soutien des PME agroalimentaires aux pays en développement

Une quête de sens

Fin 2006, quatre salariés de la laiterie se sont rendus sur place pour suivre l’avancement du projet dans le village de Phnom Prasat.

« Ce projet est né de ma rencontre avec Jacques Baratier, créateur d’Agrisud International en 1992, explique Emmanuel Vasseneix, président de la Laiterie Saint Denis de l’Hôtel. Mais il n’aurait pas pu se réaliser sans la participation et l’implication des hommes et des femmes de l’entreprise. La seule réaction économique ne suffit pas face à un problème comme l’insécurité alimentaire. Il faut donner un sens aux démarches de développement durable pour permettre aux employés de comprendre toute l’ampleur de lu projet». Initié par Jacques Baratier, décédé en 2007, le développement durable vise à mobiliser les ressorts de l’économie de marché pour construire des projets durables ancrés dans les pays pauvres. « Dans 95 à 98% des cas, cela se traduit par des projets de créations de petites exploitations agricoles familiales ancrées dans les territoires, et pas de grandes unités de production . Nous intervenons en Afrique, en Asie du Sud principalement et avons créé depuis 1992 plus de 19 000 TPE dont près de 3000 l’an dernier », précise Robert Lion, président d’Agrisud International.
Fin 2004, les salariés volontaires de la laiterie Saint Denis de l’Hôtel ont donc travaillé deux heures bénévolement afin de soutenir les actions de l’ONG. De leur côté, les fournisseurs ont participé en faisant dons de certaines matières premières comme du jus de fruit ou des emballages. Le fruit de la vente des produits a généré 55 000 euros. Réunis en assemblée générale fin 2005, le personnel de l’entreprise a ensuite choisi d’investir l’argent recueilli dans un projet de développement agricole à Phnom Prasat, dans la province de Banteay Meanchey, au Cambodge.

Projet durable

« Avec Agrisud, il ne s’agit pas de soutien alimentaire mais du développement d’un vrai tissu socio-économique et éducatif durable, précise Emmanuel Vasseneix. Fin 2006, quatre salariés de la laiterie se sont rendus sur place pour suivre l’avancement du projet et rencontrer les 28 familles qui ont pu être formées dans le village de Phnom Prasat ». Avec le soutien de l’Union Européenne sur ce projet, ce sont 97 000 euros qui ont été investis pour aider à la création de 69 micro-exploitations maraîchères durables depuis 2005. Elles produisent chaque mois 20 tonnes de laitues, de choux, de tomates ou encore d’aubergines vendus sur les marchés locaux. Il s’agit de petites parcelles de 600 à 1000 m2 aménagées avec un accès à l’eau permanent grâce à des puits et à des mares et l’utilisation du paillage végétal pour maintenir une bonne humidité et limiter l’érosion. Respectant les principes d’une agriculture écologique – ou « agroécologie » -, chaque exploitant dispose d’équipements pour la fabrication de compost solide ou liquide naturel.

À ce jour, après quatre ans d’action sur place, le taux de pérennité des exploitations créées dépasse les 80% et le revenu par habitant a été multiplié par trois en moyenne. Agrisud International a récemment passé le relais à une ONG locale baptisée Agricam pour poursuivre la démarche. « Le transfert de savoir-faire est aussi indispensable au niveau des techniques, de l’encadrement et de la formation de chefs de projet pour ancrer durablement les exploitants sur leurs parcelles », souligne Robert Lion.
De son côté, la laiterie continuera à soutenir ce projet pour amplifier son impact sur la qualité de vie des populations cambodgiennes. « Ces projets de développement doivent être soutenus par les chefs d’entreprise pour permettre l’implication de l’ensemble des salariés », conclut Emmanuel Vasseneix.

Contact
Agrisud International
Tél : +33 (0)1 58 50 41 63
www.agrisud.org

État d’urgence alimentaire

Les émeutes de la faim qui ont éclaté les semaines passées dans plus de 35 pays comme l’Égypte, le Maroc, l’Indonésie ou Haïti, appellent à la mobilisation internationale pour faire face aux risques de crises alimentaires. « Il va falloir doubler la production agricole mondiale d'ici à 2050 pour nourrir 9 milliards d'habitants sur la planète », a souligné la semaine dernière Michel Barnier, ministre de l'Agriculture, à Luxembourg. Il a proposé une initiative européenne pour « produire plus et mieux » tout en restant « une puissance agricole forte » et a appelé à une aide spécifiquement agricole européenne plus forte à destination des pays pauvres. Cette initiative a été accueillie avec prudence par les autres pays européens, au moment même où les 27 sont en train de dresser un bilan de santé de la politique agricole commune. Le 13 avril dernier, la Banque mondiale avait lancé un appel à une intervention urgente, tandis que le Fonds monétaire international (FMI) mettait en garde contre des "conséquences terribles" si l'inflation se poursuivait, avec "des centaines de milliers de personnes (qui) vont mourir de faim".

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