Plus de 120 professionnels du secteur agroalimentaire ont participé à la première édition des Ateliers de l'Emballage, organisés par le magazine Process Alimentaire au Centre Culinaire Contemporain à Rennes. La table-ronde du matin a mis à l’honneur des représentants de Bodin Bio, Fleury Michon, Goumanisto et Mowi.

Éco-conception : ce qu’il faut retenir des Ateliers de l’Emballage

26 juin 2019 - Karine Ermenier - Pierre Christen

Placée sous le thème de l’éco-conception des emballages, la première édition des Ateliers de l’Emballage organisés par Process Alimentaire s’est tenue à guichets fermés le 18 juin dernier au Centre Culinaire Contemporain de Rennes.

Placée sous le thème de l’éco-conception des emballages, la première édition des Ateliers de l’Emballage organisés par Process Alimentaire s’est tenue à guichets fermés le 18 juin dernier au Centre Culinaire Contemporain de Rennes. Une journée qui a bénéficié du soutien de CGL Pack groupe Faerch, DS Smith, Sealed Air et Virgin BioPack. Plus de 120 industriels de l’agroalimentaire et fabricants d’emballages se sont réunis pour échanger sur la réduction de l’empreinte environnementale des emballages, un sujet au cœur de l’actualité. En effet, le projet de loi sur l’économie circulaire est en cours d’élaboration et le Premier ministre a placé l’acte II du gouvernement sous le signe de la lutte contre le gaspillage, avec notamment la volonté d’étudier la mise en place de la consigne pour recyclage ou réemploi en France. Le lendemain de l’événement se réunissait justement le premier comité de pilotage sur la consigne chargé d’évaluer les modalités du déploiement d’un tel dispositif. Entre-temps, les entreprises de recyclage, via la voix de la Federec, ont rappelé leur opposition à ce système, craignant de perdre leur gisement de déchets exploitables (bouteilles et canettes). Le projet de loi sera présenté début juillet en Conseil des Ministres et débattu à l’Assemblée en septembre.

Recyclabilité et alternatives aux plastiques

Riche en échanges et en thèmes abordés, la journée s’est déroulée en trois temps forts : enjeux réglementaires et sociétaux, recyclabilité et alternatives aux plastiques. Le matin, Emmanuel Guichard, délégué général d’Elipso a rappelé les enjeux réglementaires et Isabelle Kaiffer, directrice Insights de Nielsen a identifié l’impact commercial d’un emballage éco-conçu. Avec un enseignement fort : les démarches durables améliorent l'intention d'achat de 5 %. Pour l'experte, le message-clef est qu'il faut un double avantage, par exemple éco-conception et praticité : « réduire les emballages ne peut pas être le seul levier pour améliorer les ventes, il faut un autre argument et respecter les fondamentaux. L’efficacité du packaging prime encore sur la dimension environnementale.»

La seconde partie de la matinée s’est concentrée sur l’éco-conception des plastiques sous l’angle de l’économie circulaire (recyclabilité) avec l’intervention de Claire Pelletier, ingénieure éco-conception de Citeo. On en retient, notamment, que compte-tenu de la feuille de route et de la future loi sur l’économie circulaire, ainsi que des bonus-malus prévus dans ces textes, la recyclabilité des plastiques ne sera bientôt plus une option. Avant de viser cet objectif, Claire Pelletier a insisté sur la nécessité de commencer par alléger ses emballages, mais pas à tout prix. « Le prérequis est d’éviter le gaspillage alimentaire. Car on aura beau avoir mené une belle action sur l’emballage, en le réduisant au maximum, si on accroît le gaspillage on sera perdant sur le bilan environnemental », commente-t-elle. Une fois ce travail accompli, les trois règles d’or de la recyclabilité préconisées par Citeo peuvent s’appliquer.

Pour témoigner des efforts déjà réalisés en matière d’éco-conception, quatre industriels sont venus défendre leurs initiatives : Bodin Bio a réduit de 70 % la quantité de plastique dans ses barquettes de viande de volaille, Mowi a amélioré la recyclabilité de ses barquettes de saumon en abandonnant le PSE au profit du PET mono-matériau avec intégration de 90 % de rPET. Tandis que Fleury Michon mène actuellement le passage des barquettes de jambon du PVC vers l’APET afin d’améliorer leur recyclabilité. Enfin, le belge Goumanisto a adopté une solution hybride associant une barquette en carton à un film plastique mono-matériau.

L’après-midi a mis l’accent sur une autre piste d’éco-conception : celle du remplacement du plastique par des matériaux biosourcés et/ou compostables, voire même de la suppression des emballages. Un des arguments avancés par Valérie Guillard, professeur à l’Université de Montpellier et coordinatrice du projet Glopack, pour défendre les matériaux biodégradables en milieu naturel est le suivant : « Tout l’effort est mis sur le recyclage alors même que ce modèle a ses limites. Au bout du compte, on crée quand même un déchet ou un autre objet en plastique qui ne sera pas recyclé. Ce n’est pas la solution unique à prévaloir. » Au sein d’un consortium européen de chercheurs, Valérie Guillard travaille sur une autre voie, celle des emballages compostables en home-compost ou en milieu naturel. « De façon à réduire l’accumulation de plastiques dans l’environnement. Cela permet aux nutriments de retourner dans la terre et via la photosynthèse de faire une boucle biocirculaire », précise-t-elle. Deux pistes principales se dégagent : les produits cellulosiques et la famille des polyhydroxyalcanoates (pHA).

Hélène Person, responsable innovation et marques de Biocoop, a témoigné de l’engagement de l’enseigne en faveur de l’objectif zéro déchets.

Hélène Person, responsable innovation et marques de Biocoop, a témoigné de l’engagement de l’enseigne en faveur de l’objectif zéro déchets.

Deux visions se sont donc complétées lors de cette journée. L’occasion de rappeler que l’emballage écologique n’existe pas. Mais l’emballage n’est pas un vilain mot, il est dans bien des cas indispensable pour préserver les aliments, les transporter, limiter les risques sanitaires et le gaspillage, informer le consommateur. Reste à faire des choix. Ces choix dépendront finalement d’une stratégie à définir au préalable. Est-ce que votre objectif est plutôt d’améliorer votre bilan carbone, ou alors de réduire votre empreinte plastique, de préserver les ressources fossiles ou plutôt d’éviter toute fuite d’emballage dans la nature ? De ces choix stratégiques dépendront vos choix technologiques.

 

Retrouvez en détails les enseignements majeurs à tirer de cette journée dans notre enquête "Éco-conception : quelle(s) solution(s) ?" à paraître dans notre numéro de juillet 2019.

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