Guerre des prix : le gouvernement hausse le ton

18 juillet 2014 - Pierre Christen

 

Arnaud Montebourg, ministre de l’économie, a appelé la grande distribution au respect de la loi de modernisation de l’économie (LME), renforcée par la loi de consommation de mars 2014. Le ministre s’appuie sur les enquêtes menées par la DGCCRF ces dernières semaines qui « semblent indiquer l’existence d’abus et de pratiques en contradiction avec la loi depuis début 2014 ».

La table ronde organisée mercredi par la Commission des Affaires Economiques de l’Assemblée Nationale puis la réunion qui s’est tenue jeudi au Ministère de l’Economie ont mis autour de la table les représentants de la grande distribution et du secteur agroalimentaire. Au débat : la guerre des prix entre enseignes et les pratiques abusives dans les relations commerciales qu’elle entraîne, dénoncées par différentes alertes du secteur agroalimentaires ces dernières semaines, dont un courrier commun entre l’Ania, la FNSEA et Coop de France adressé au Premier Ministre.

Résultat, le gouvernement annonce qu’il « sanctionnera les abus et appelle au dialogue et à la responsabilité ». Arnaud Montebourg, ministre de l’économie, a rappelé à chacun à ses obligations, c’est-à-dire le respect de la loi de modernisation de l’économie (LME), renforcée par la loi de consommation de mars 2014. Le ministre s’appuie sur les enquêtes menées par la DGCCRF ces dernières semaines qui « semblent indiquer l’existence d’abus et de pratiques en contradiction avec la loi depuis début 2014 ».

Sont évoquées :

- des demandes de baisse de tarif au lendemain de la signature du contrat,

- des demandes de ristournes non prévues au contrat et sous la menace de rupture de déréférencement,

- des remises différées supplémentaires,

- des rétrocessions de chiffre d’affaires injustifiée,

- des promotions additionnelles et non prévues,

- etc.

 

Dans un communiqué commun, Arnaud Montebourg, Stéphane Le Foll, ministre de l’agriculture et de l’agroalimentaire et Carole Delga, secrétaire d’Etat chargée du commerce, indiquent que « de telles pratiques sont inacceptables et dès lors qu’elles sont avérées, elles seront sanctionnées de manière extrêmement ferme, par le biais d’assignations ou par les nouvelles amendes administratives crées dans la loi de consommation ».

Une position jugée satisfaisante par les industriels de l’agroalimentaire. Dans un communiqué, l’Ania (Association nationale des industries alimentaires) salue « la ferme volonté d’Arnaud Montebourg de bloquer la guerre des prix par tous les moyens. Ce dernier a réaffirmé sa détermination à faire appliquer rigoureusement la loi et sanctionner tous les abus ».

« Respecter le consommateur, c’est ne pas lui faire croire qu’un produit alimentaire peut voir son prix indéfiniment baisser sans conséquence pour ceux qui les produisent, a réagi Jean-Philippe Girard, président de l’Ania. C’est lui proposer un produit au juste prix, celui qui permettra à l’agriculteur de tirer un revenu décent de sa production, à l’industriel transformateur de dégager une trésorerie qui lui permettra de produire, investir , innover pour rester compétitif et au distributeur de vendre tout en développant son enseigne ».

Pour le moment, faute de réaction officielle de la part des enseignes de la grande distribution, les seuls commentaires disponibles sont ceux de Michel-Edouard Leclerc sur son blog. Mais ils relèvent davantage de l’exercice de communication, sans répondre sur les abus et les pratiques pointées par la DGCCRF et les fournisseurs de la grande distribution. Le patron de l’enseigne Leclerc, initiatrice de cette guerre des prix, suivie par Carrefour, dénonce le « cartel des partisans de l’inflation » et tente de diviser l’union entre grands groupes, PME et producteurs agricoles. Il s’appuie par ailleurs sur la baisse des cours de certaines matières premières (- 30 % sur la pomme de terre, - 24 % sur le riz blanc, etc.) pour revendiquer le droit d’exiger des diminutions de tarifs. Il conclut « Foi de breton, qu’on se le dise, le retour à la hausse des prix ne passera par nous ». Bref, rien de nouveau de ce côté là.

Process Alimentaire - Formules d'abonnement

LE MAGAZINE DES INDUSTRIELS DE L’AGROALIMENTAIRE

● Une veille complète de l’actualité du secteur agroalimentaire
● Des enquêtes et dossiers sur des thèmes stratégiques
● Des solutions techniques pour votre usine

Profitez d'une offre découverte 3 mois