L’industrie charcutière prise en étau

18 juin 2013 - Pierre Christen

Les coûts moyens de production du secteur charcuterie-salaisons ont augmenté de 9 % en 2012, dont +11 % pour les seules matières porcines.

Lors d’une conférence de presse organisée ce matin, la Fédération française des industriels charcutiers, traiteurs et transformateurs de viande (Fict) a plaidé une nouvelle fois pour une révision des prix auprès des distributeurs. Car la situation économique du secteur est paradoxale. Malgré une croissance régulière de la production (+2,4 %), du chiffre d’affaires (+5,6 %) et de la consommation à domicile (+1,7 %), l’industrie charcutière française enregistre une rentabilité moyenne devenue nulle.

La Fict a présenté un graphique montrant que le résultat moyen net après l’impôt sur les sociétés n’a cessé de se dégrader au cours des décennies. De 3 à 4% dans les années 80, cet indicateur a chuté continuellement pour atteindre 0,5 % en 2011 et, de manière prévisionnelle, -0,5 % en 2012. S’appuyant sur les données de l’Observatoire des prix et des marges, les professionnels indiquent que pour un prix produit sortie usine de 5,22 €/kg (HT), la marge nette est de 0,5 %, soit 3 cts€. Ils comparent cette donnée au prix de vente consommateur moyen (9,31 €/kg HT, 9,82 €/kg TTC), soit une marge nette de 5,1 % (représentant 50 cts€).

Du côté amont, cette situation s’explique par la flambée des prix des approvisionnements. Suite à la forte demande en porcs et en pièces de découpe dans des pays comme la Chine, la Corée du Sud ou la Russie, le prix des pièces a augmenté de 11 %. Cette hausse a affecté particulièrement des produits de charcuterie tels que les saucissons secs, lardons et pâtés. Cumulés aux hausses des autres coûts de production (+9,3 % sur le gaz, +5,7 % sur le gazole, +2,5 % sur l’électricité ou +2,3 % pour la main d’œuvre), les coûts moyens de production ont augmenté de 9 % entre 2011 et 2012.

De l’autre côté de la chaîne, la Fict déplore le blocage de la grande distribution. Elle pointe le fait que les industriels ne parviennent pas à répercuter ces hausses dans les prix de vente à leurs clients. Les augmentations consenties par les enseignes en 2012 ayant été de l’ordre de 4 %, avec d’ailleurs de grandes variations sur les produits.

Cette situation impacte directement les emplois. En 2012, le secteur employait 33 860 salariés, en recul de 1,3 %. En sachant que cette donnée ne tient pas compte des emplois intérimaires et des saisonniers, qui sont les premiers impactés en cas de crise.

Face à cela, la Fict a émis une série de propositions. Un axe stratégique est l’assainissement des relations industrie-commerce. Outre l’application réelle et effective de la loi de modernisation de l’économie, l’interprofession charcutière demande l’introduction d’une clause de révision de prix négociée en cas de fortes variations des matières premières.

Process Alimentaire - Formules d'abonnement

LE MAGAZINE DES INDUSTRIELS DE L’AGROALIMENTAIRE

● Une veille complète de l’actualité du secteur agroalimentaire
● Des enquêtes et dossiers sur des thèmes stratégiques
● Des solutions techniques pour votre usine

Profitez d'une offre découverte 3 mois