Le livre « coup de gueule » d’une nutritionniste engagée

21 mars 2008 - Propos recueillis par Josselin Moreau

« Les vérités qui dé-mangent »
Éditions Vuibert
224 pages
14 cm x 21 cm
ISBN : 978-2-7117-8727-2

Processalimentaire.com : Dans votre ouvrage, vous dénoncez certaines stratégies utilisées par le marketing alimentaire pour mettre en avant ses produits : « Certains n’hésitent pas à sauter le pas et maquillent, griment, déguisent… ».Béatrice de Reynal : Pour mettre en valeur son produit vis à vis du consommateur, l’industriel dispose de quatre solutions : soit dire qu’il est le moins cher, soit qu’il a meilleur goût que ses concurrents, soit dire qu’il est le plus pratique, soit dire qu’il est nutritionnellement bon. La nutrition a donc été un faire-valoir important et très concurrentiel sur lequel la réglementation s’est mise en place relativement tardivement. Cette valeur ajoutée « nutrition-santé » a été utilisée par de nombreux acteurs industriels pour stimuler les démarches d’achat de la part de consommateurs. Et l’on a vu apparaître de nombreuses dérives, par manque d’éthique pour certaines entreprises, par manque de connaissance pour d’autres…Par exemple, comment un yaourt qui ne possède que 5% de fruits – l’équivalent d’une fraise des bois ! - peut-il afficher sur le pot une corbeille qui déborde de fruits ? Très clairement dans ce cas, il y a non respect du principe selon lequel la visualisation sur l’emballage doit être proportionnelle aux quantités mises en œuvre dans le produit ! Aujourd’hui encore, il y a beaucoup d’impunis et de produits hors la loi !

Processalimentaire.com : Que pensez-vous de la tendance ‘alicaments’ et de la présence d’allégations santé sur emballages alimentaires ?B. de R. : Je ne trouve pas souhaitable que l’aliment vienne remplacer le médicament. L’alimentation doit rester quelque chose de quotidien et un aliment doit être quelque chose que tout le monde peut manger dans la famille. Je suis donc très réservée par rapport à l’utilisation de la voie alimentaire en tant que voie de traitement thérapeutique. C’est pourtant ce que propose la tendance ‘alicament’ qui limite l’utilisation des aliments dits ‘santé’ à une partie de la population. Par exemple, l’enrichissement des margarines en phytostérols : si le grand-père a en effet besoin de ce complément pour réduire son risque cardiovasculaire, que doivent faire les petits-enfants qui tombent sur la barquette de margarine dans le réfrigérateur ? Les promesses santé doivent donc rester mineures dans l’offre alimentaire. Par contre, les initiatives qui permettent un rééquilibrage du régime alimentaire sont bénéfiques. C’est le cas de l’enrichissement en fluor du sel qui permet de faire face à une carence connue dans la population. Autre exemple qui va dans le bon sens : la décision du gouvernement péruvien d’enrichir les farines blanches en vitamines du groupe B.

Processalimentaire.com : Vous expliquez dans votre livre l’importance des repères nutritionnels : comment le consommateur peut-il acquérir cette éducation alors que l’offre alimentaire n’a jamais été aussi grande et variée ?B. de R. : Pour la nutritionniste que je suis, tout mon travail d’éducation nutritionnelle consiste à faire comprendre aux enfants et aux adultes qu’une frite est grasse parce qu’elle est huileuse mais qu’un gâteau peut l’être encore plus même si cela ne se voit pas. D’où l’importance de l’étiquetage des produits alimentaires ! Dans les écoles, je suis pour que l’on donne des clés de lecture aux enfants. Il faut leur parler des différents groupes d’aliments et leur donner un mode d’emploi simple pour équilibrer leur alimentation. Il ne s’agit pas d’en faire des experts mais qu’ils réussissent à distinguer dans une même famille d’aliments les différences d’apports nutritionnels.

Processalimentaire.com : Les ingrédients fonctionnels sont de plus en plus utilisés dans les formulations alimentaire. Brouillent-ils ces repères nutritionnels vis-à-vis des consommateurs ?B. de R. : Cela ne facilite en effet pas la tâche des professionnels de santé ! Encore une fois, certaines initiatives qui vont vers le rééquilibrage des produits sont bonnes. D’autres participent évidemment au brouillage des pistes, surtout quand le consommateur dispose de peu d’informations pour se construire son propre avis.

Processalimentaire.com : Les chiffres de l’obésité continuent de monter en France et en Europe : que pensez-vous des résultats des plusieurs études qui identifient un gradient social important chez les enfants souffrant de surpoids ? B. de R. : Je pense qu’il s’agit d’un problème de repères du à la fois à l’abondance du choix des produits alimentaires sur les marchés occidentaux et à la notion de produits ‘plaisir’ - sucrés ou gras à consommer quotidiennement - qui est trop utilisée commercialement. Jean-Pierre Coffre, qui préface mon livre, explique depuis longtemps que l’on peut manger de façon équilibrée pour peu cher. Encore faut-il faire changer ces fameuses habitudes alimentaires et réconcilier le plaisir avec la nutrition.

Processalimentaire.com : Le groupe d’experts Nutrition Santé Diététique de l’Agence Européenne de Sécurité des Aliments a livré en début de mois ses premières recommandations concernant les profils nutritionnels : qu’en pensez-vous ?B. de R. : L’AESA a audité sept systèmes différents qui présentaient chacun des avantages et des inconvénients. L’idée des profils nutritionnels doit rester une aide pour les consommateurs. Ce qui serait mauvais, c’est de n’étiqueter que les produits qui font ‘mal’ : gérer le côté positif des aliments est indispensable si l’on veut obtenir un bénéfice de cette politique dans les prochaines années.

A LIRE SUR LE NET
Le blog de Béatrice de Reynal http://miammiam.mabulle.com

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