Le comité de suivi des négociations commerciales s'est tenu le 27 janvier dernier. (Photo Archives : Cheick Saidou / agriculture.gouv.fr du 10/11/21)

Négociations commerciales : Egalim 2 n’a rien réglé

30 janvier 2022 - Pierre Christen

Le troisième comité de suivi des négociations commerciales, qui s’est tenu le 27 janvier dernier, a fait état de négociations commerciales extrêmement tendues. Les distributeurs ne jouent pas le jeu, selon les termes du ministre Julien Denormandie, en ne prenant pas en compte les hausses sur les matières premières non agricoles (emballages, énergie, transports).

La guerre des prix entre distributeurs n’a pas cessé. Elle s’est déplacée. Egalim 2 protège les tarifs d’un éventail de matières premières agricoles. Mais laisse libre les enseignes de ne pas prendre en compte les hausses liées aux emballages, aux énergies et aux transports. Ce dont ils ne se privent pas, alors que l’inflation est généralisée. Tel est le constat dressé par le troisième comité de suivi qui s’est tenu le 27 janvier dernier. Lors de la réunion, le ton virulent du ministre Julien Denormandie a eu valeur d’avertissement : à un mois de la fin des négociations, trop peu de contrats ont signés, les distributeurs ne jouent pas le jeu.

« Malgré l’affichage par la plupart des distributeurs d’une prise en compte de la hausse des matières premières agricoles, imposée par la loi Egalim 2, on est loin du compte ! », affirment les représentants de la transformation agroalimentaire : l’Ania, la Coopération Agricole et l’Ilec. Ces organisations pèsent à elles trois 90 % des produits vendus en magasin. Elles appellent les enseignes à prendre en compte l’ensemble des hausses de coûts subies et accepter les hausses de tarifs qui sont raisonnées et raisonnables. Au passage, elles demandent que cesse l’application de pénalités logistiques qu’elles jugent « indécentes et délétères dans un contexte de crise ». Lors du comité de suivi, le ministre les a rejointes qualifiant la pratique des distributeurs de « scandaleuse ».

Christiane Lambert (FNSEA) et Samuel Vandaele (Jeunes Agriculteurs) ont eux aussi dénoncé l’attitude des acheteurs de la grande distribution « qui refusent de prendre en compte la totalité de l'envolée des charges ». Les représentants du monde agricole ont déploré : « des négociations démarrées sur la base du tarif de l'année passée plutôt que sur la base des demandes du fournisseur, des déductions d'office de pénalités logistiques sans proportionnalité de leur montant avec le tarif ». Le tout assorti d’une flopée de menaces de déréférencement…

Crise des matières premières

Du côté de la grande distribution, on tente de se faire entendre. Vieille recette, la FCD essaie de diviser PME et grands groupes, en dénonçant « l’attitude irresponsable de nombreuses grandes entreprises industrielles, étrangères ou françaises ». Mais sa défense sonne creux. La fédération pointe en effet que « les hausses demandées par les industriels, qui s’élèvent en moyenne entre 7 et 8%, ne correspondent que pour un tiers aux conséquences de l’inflation des matières premières agricoles, sanctuarisées par la loi Egalim 2 ». Elle regrette même que « de nombreux industriels refusent de justifier la part non agricole de ces hausses ». Implicitement, la FCD reconnait donc le déplacement de la guerre des prix vers les matières premières non agricoles…

Et s’il est difficile d’y voir clair dans ce jeu de dupes, force est de constater que les hausses sur les matières premières non agricoles n’ont pas été inventées par les industriels. Les marchés mondiaux subissent une triple crise : agricole, mais aussi énergétique et logistique. En cause : une croissance post-Covid plus forte que prévue, qui avait été sous-estimée par tous les observateurs, y compris par les rédacteurs d’Egalim 2. Une crise qui n’est pas près de s’arrêter alors que les engorgements portuaires continuent de perturber les flux de marchandises.

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