Prix du lait : un accord trouvé au ministère

30 mars 2010 - Josselin Moreau

Bruno Le Maire, Ministre de l'alimentation, en septembre 2009 à Rennes. Crédit : Lionel Le Saux

« Il y a eu un accord de l'interprofession » a déclaré ce matin Bruno Le Maire, ministre de l’Alimentation de l’Agriculture et de la Pêche, à la sortie de la réunion de crise qui se tenait à Paris concernant le prix du lait. Producteurs et industriels se sont engagés à respecter pour le deuxième trimestre 2010 la hausse de 5,5% à 5,8% négociée le 3 juin 2009. Autour de la table se trouvaient l’interprofession laitière, la Fédération Nationale des Producteurs de Lait (FNPL), la Fédération Nationale des Coopératives Laitières (FNCL) et la Fédération Nationale des Industries Laitières (FNIL).

 

5,5 à 5,8% de hausse et trois nouveaux indicateurs

« C'est une bonne nouvelle. C'est un signe positif », s'est félicité Bruno Le Maire. En amont de la réunion, il avait annoncé ce matin sur Europe1 vouloir arriver à un accord dans la journée : « Je souhaite que nous sortions de l'impasse dans laquelle nous sommes aujourd'hui. » Pour les trimestres à venir, le ministre a demandé aux acteurs de la filière de lui faire des propositions concrètes avant le 31 mai 2010 concernant trois nouveaux indicateurs : la mesure de l’écart de prix entre la France et l’Allemagne ; un indice de valorisation des produits laitiers (beurre et poudre essentiellement) et un indice sur les coûts de production.

 

Ecart de prix France/Allemagne

La distorsion de prix entre la France et l’Allemagne est au cœur de cette nouvelle crise du lait. Par la voie de la FNIL, les industriels laitiers avaient dénoncé le 18 mars dernier l'accord du 3 juin 2009, réclamant un rapprochement des prix du lait en France avec ceux pratiqués en Allemagne, estimés 15% moins chers. Hier, la FNPL avait indiqué que « les producteurs n'accepteront jamais la position de certains industriels de vouloir imposer unilatéralement le prix du lait ». Elle avait aussi confirmé sa volonté de voir l’accord du 3 juin 2009 s’appliquer et a appelé tous les producteurs de lait français « à maintenir la pression pour faire valoir cette position légitime ». Au second semestre 2009, la balance commerciale des produits laitiers a continué de se dégrader, conséquence directe de la perte de compétitivité de la filière laitière française. Tous les voyants sont au rouge. Les importations d’emmental et de lait de consommation ont respectivement progressé de 21% et de 38% et les exportations ont chuté de – 8% et - 15%.

 

Résumé des dernières déclarations depuis le 18 mars

Le 18 mars. A la suite d’une réunion interprofessionnelle de suivi des indices de tendance du marché laitier, la FNIL refuse d’appliquer les clauses de l’accord signé le 3 juin 2009, permettant aux producteurs de bénéficier d'une augmentation comprise entre 5,5 et 5,8 % pour le deuxième trimestre 2010. Pour la FNIL, ce prix est supérieur de 15 % en 2009 à celui payé en Allemagne, principal client et fournisseur des industriels français : « Le prix français s’inscrit parmi les plus élevés d’Europe. (…) Ne pas tenir compte de cette situation serait dévastateur en termes de développement économique pour les territoires français, d’emplois industriels et de débouchés pour les producteurs de lait français. » De son côté, la Fédération nationale des coopératives laitières (FNCL) regrette le désaccord et appelle de ses vœux à poursuivre le travail interprofessionnel. « A court terme, la FNCL demande l’application progressive d’un indicateur de compétitivité à partir du 3e trimestre, et la mise en oeuvre de sa proposition de réguler le couple « volume/prix » de façon différenciée s’appuyant sur un indicateur de la valorisation du lait sur les marchés beurre et poudre.»

Le 22 mars. La FNPL parle sans détours d’une véritable provocation de la part des industriels laitiers. « La position de la FNIL, lors de la dernière réunion entre les trois familles, apparaît aux yeux des producteurs comme une véritable provocation et une remise en question du fait interprofessionnel », explique-t-elle dans un communiqué.

Le 25 mars. Après l’action la veille d’une quarantaine de producteurs devant le site Lactalis de Bourgbarré (Ille-et-Vilaine), huit sociétés du groupe laitier assignent en référé à Rennes la Fédération départementale des syndicats agricoles (FDSEA) d'Ille-et-Vilaine ainsi que les Jeunes agriculteurs (JA) en prévision des blocus annoncés pour qu'ils renoncent à de futures actions de blocage des sites de production. Lactalis sera débouté de sa demande le 29 mars (voir ci-dessous) Marcel Denieul, président de la section lait de la FDSEA déclare à l’AFP : « On a travaillé pour pas grand chose en 2009. Notre revenu mensuel pour 2010 sera probablement en dessous de 700-800 euros. Lactalis a fait un achat en Espagne de 800 millions d'euros. On a l'impression qu'il faut baisser le prix du lait pour financer les achats à l'extérieur et pour alimenter les actionnaires. » Le même jour, Lactalis demande de « vraies négociations (…) qui tiennent compte de la situation très préoccupante de la filière laitière française » affirmant sa « volonté d’appliquer l’accord dans le cadre interprofessionnel qui prévoyait une négociation sur ces indicateurs, comme c’était le cas depuis 2006. » La FNPL rappelle de son côté que cette nouvelle crise intervient alors que les rémunérations des éleveurs se sont encore dégradées depuis un an. « Rappelons que le revenu des producteurs de lait en 2009 a baissé de 54% pour se situer à un niveau moyen très en dessous du Smic. Rappelons également que plus de 20% d’entre eux ont un revenu négatif »

Le 26 mars. Le nouveau commissaire européen à l’Agriculture Dacian Cioloş intervient à l’occasion de la conférence « Quel futur pour le lait ? » organisé à Bruxelles. Il affirme vouloir prendre des mesures dès la fin de l’année 2010 en faveur du secteur laitier, sans attendre la réforme fin 2013 de la Politique agricole commune. Compte tenu de l'absence de marge de manœuvre budgétaire, "ce ne seront pas des mesures à caractère budgétaire mais à caractère réglementaire", précise-t-il. Le 29 mars En début d’après midi, le Tribunal de Grande Instance de Rennes a débouté Lactalis de sa demande et a noté « l'absence de tout élément de preuve du déclenchement futur d'une action concertée, organisée par les organisations syndicales assignées en référé ». Le juge a estimé qu’ « il n'appartient pas au juge des référés de statuer préventivement sur le contenu hypothétique ou supposé des mouvements de revendication à venir ». Lactalis est aussi condamné à verser 1000 euros d’amende pour frais de procédure

Process Alimentaire - Formules d'abonnement

LE MAGAZINE DES INDUSTRIELS DE L’AGROALIMENTAIRE

● Une veille complète de l’actualité du secteur agroalimentaire
● Des enquêtes et dossiers sur des thèmes stratégiques
● Des solutions techniques pour votre usine

Profitez d'une offre découverte 3 mois