La dureté des négociations commerciales, le contexte inédit d’hyperinflation et le conflit en Ukraine replacent la souveraineté alimentaire au cœur des échanges. Après l’Ania et la Coopération agricole, l’Adepale et l’ABEA demandent des mesures d’urgence. Crédit : Adobe Stock.

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Ukraine : la souveraineté alimentaire au cœur du débat

14 mars 2022 - Marjolaine Cérou

La dureté des négociations commerciales, le contexte inédit d’hyperinflation et le conflit en Ukraine replacent la souveraineté alimentaire au cœur des échanges. Après l’Ania et la Coopération agricole, l’Adepale et l’ABEA demandent des mesures d’urgence.

Le conflit entre l’Ukraine et la Russie replace sur le devant de la scène les enjeux de souveraineté alimentaire. Réunis en urgence le vendredi 11 mars, les ministres de l’Agriculture du G7 ont fait le point sur la situation. « Nous constatons avec une vive inquiétude les graves effets sur les chaînes d'approvisionnement alimentaire mondiales et la forte augmentation des prix, déjà élevés, des produits agricoles et des intrants, comme les engrais, qui ont une incidence sur la sécurité alimentaire et la nutrition des pays et des populations vulnérables. […] nous surveillons de près les marchés ayant une incidence sur le système alimentaire, notamment les marchés à terme, afin de garantir une transparence totale. Nous continuerons à échanger des données et des informations fiables sur l'évolution des marchés alimentaires mondiaux, notamment par l'intermédiaire des organisations internationales compétentes », indiquent les ministres dans un communiqué.

Au cœur du débat, la hausse inédite des matières premières agricoles, mais aussi l’augmentation du coût des emballages et de l’énergie. Le tout couplé à des négociations commerciales qui viennent de s’achever dans un climat de très forte tension. « A l’issue de ces négociations très difficiles, seulement 50 % en moyenne des hausses de tarifs demandées par les entreprises alimentaires françaises ont été prises en compte par la grande distribution. Une situation alarmante dans un contexte mondial dramatique et incertain », rapporte l’Adepale. L’association qui représente les produits élaborés déplore une « flambée généralisée des coûts de production ». Même son de cloche du côté de l’Association bretonnes des entreprises agroalimentaires (ABEA) qui alerte sur la gravité de la situation. « L’accélération de l’inflation sur l’énergie, et sur un certain nombre de matières premières agricoles et d’intrants industriels (emballages en verre, …), évolue d’heure en heure et semble hors de tout contrôle. En première ligne, notamment, la pêche et les producteurs de légumes sous serres pour qui les modèles ont d’ores et déjà volé en éclat », s’inquiètent ses représentants dans une tribune.

Seules 50 % des demandes de hausses de tarifs prises en compte

Pour l’association bretonne, les négociations commerciales conduisent à une perte de souveraineté alimentaire de la France. « Si chacun peut se féliciter des ambitions initiales de la loi Egalim2 visant à accroître les revenus des producteurs agricoles, le résultat des négociations commerciales apparaît comme un trompe-l’oeil, qui masque la réalité subie par les entreprises agroalimentaires dans ces négociations », insiste l’ABEA. « La loi Egalim 2 est en complet décalage avec la réalité des coûts de production supportés par les entreprises alimentaires françaises. En effet, si elle permet de protéger la rémunération des agriculteurs en répercutant les augmentations des matières premières agricoles dans la détermination des prix, il ne s'agit pas des seules hausses auxquelles sont confrontées les PME, PMI et ETI du secteur. La hausse phénoménale des coûts des emballages et de l’énergie met aujourd'hui en péril leur équilibre économique et la situation va s’aggraver dans les semaines à venir en raison de la situation internationale et de la flambée de l’énergie », s’insurge également l’Adepale.

L’association en appelle dès à présent à l’application des clauses d’indexation prévue par la loi Egalim 2 sur les matières premières agricoles et de nouvelles négociations dès le printemps. « Nous jugeons indispensable de lancer Egalim 3 et d’aller vers la non-négociabilité de la totalité des coûts de production », déclare l'association qui vient de proposer un Pacte pour l’avenir de l’alimentation et des territoires.

L’ABEA demande des mesures d’urgence

Face à ce constat, l’ABEA demande quant à elle des mesures d’urgence indispensables « pour accompagner nos entreprises fragilisées et réenclencher un cycle vertueux de création de valeur, afin de faire rayonner la France dans le monde et que la souveraineté alimentaire de notre pays ne soit pas un vain mot ».

  1. Une première mesure concerne la mise en place de mesures d’urgence immédiates pour soutenir les entreprises agroalimentaires sur le volet énergie, avec l’instauration d’un « bouclier  énergétique ». L’association demande aussi à ce que tous les projets d’investissements dans les énergies renouvelables, bloqués par postures individuelles éloignées du bien commun, soient réouverts.
  2. Une deuxième mesure concerne la périodicité des négociations commerciales, considérée comme « inadaptée dans ce contexte très fortement inflationniste et mouvant.  Ce qui engendre  un  décalage  inabsorbable  entre  les  hausses subies et la possibilité de pouvoir les répercuter », souligne l’ABEA, qui appelle à ce que chaque maillon de la chaîne alimentaire soit mis devant ses responsabilités et  les  prennent, afin  de  permettre la  révision  automatique des  tarifs en cours d’année, dans une logique de solidarité et de durabilité de notre filière alimentaire.
  3. Troisième mesure, l’ABEA revient sur sa demande du « droit à l’erreur », initiée en décembre dernier dans l’idée de ne pas pénaliser les erreurs de bonne foi, dans un contexte où la loi a dû s’appliquer dans un délai très contraint et avec des zones de flous. « Ce «droit à l’erreur» permettrait de se soustraire au contrôle coûteux des commissaires aux comptes sur cette première année d’Egalim 2 », indique l’association.
  4. Enfin, l’ABEA demande l’autorisation d’expérimenter la Re-Use dans  les  usines  de  transformation  de viande et de lait bretonnes. « Plus largement, nous sollicitons un droit  à  l’expérimentation  sur  les  sujets  économiques,  humains  et environnementaux ».

Pour anticiper ce « deuxième choc de hausse de coûts », l’Association nationale des industries agroalimentaires (Ania) et la Coopération agricole ont appelé le gouvernement à prendre en compte un certain nombre de mesures d’urgences pour aider les entreprises à faire face aux problématiques de court et moyen terme.
 

 

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