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Voilà l'été... et les nuisibles !

3 août 2006 - Pierre Christen

"We have found a big fly !". Une distillerie semi-industrielle nous fait lire le fax d’un client japonais furieux d'avoir trouver une mouche, en fait une petite drosophile, dans une bouteille de liqueur. Si le cocasse de la scène prête à sourire, les conséquences commerciales donnent le bourdon. "C’est le premier et dernier avertissement de la sorte, a tonné la direction. Pas question que l’incident ne se reproduise, l'image de l'entreprise et le coût d'un rappel éventuel sont en jeu".
Les japonais sont très à cheval sur la présence d'indésirables ; en Europe, la grande-distribution exige quant à elle des plans de surveillance à travers les référentiels IFS et BRC. Car faut-il le rappeler, il n'y a pas d'activité agroalimentaire sans parasite. Comble du malheur pour les responsables qualité, la belle saison, synonyme de prolifération naturelle des insectes et des rongeurs, est aussi celle des départs en vacances, et parfois – ne faisons pas la politique de l'autruche - d'un relâchement dans les bonnes pratiques (gestion des déchets, nettoyage,...).

Le préventif, c’est 80% du succès !

"Avant de se lancer dans la chasse aux nuisibles, il faut d'abord rationaliser son approche. La prévention du risque représente 80% du succès d’une démarche anti-parasitaire", déclare Marc Aubry, responsable agroalimentaire chez Amboile Services (groupe Ecolab), prestataire en lutte anti-parasitaire. "Les dératisations, désinsectisations ou désinfections ne peuvent exister de façon isolée ou ponctuelle, précise Stéphane Samolej, responsable qualité de cette société. Le plan de lutte ne fonctionne que si les plans de nettoyage, d'entretien et d'organisation des locaux, les plans de circulation et de confinement des zones et les plans de contrôle de réception fournisseurs sont pertinents". Naturellement, l'analyse du risque « nuisibles » se fonde sur la méthode HACCP en intégrant le danger de contamination du produit par un parasite (rongeurs, insectes,...) ainsi que celui éventuellement induit par les méthodes de luttes elles-mêmes.
Les sources de nourriture étant inépuisables dans une usine agroalimentaire, il est impossible d'éviter un plan curatif en soutien du préventif. Des opportunistes comme les rongeurs requièrent d'être suivis à la trace. « Pour préserver une situation saine, l’utilisation d’appâts solides non dispersifs est un moyen de surveillance de l'usine, précise Marc Aubry. On peut ajouter un biocide au piège, ce qui associe un aspect de lutte au monitoring ». Les appâts doivent être disposés dans des postes d'appâtages sécurisés (fermeture verrouillée), attachés et nettoyables (non fixés au sol).
Traquer les rongeurs demande de disposer des appâts avec pertinence. Pas trop prêt d'une source plus appétente, et à proximité de leur chemin de passage. "Il faut se mettre dans la peau du nuisible, identifier ses sources d’alimentation, ses refuges, et ses cheminements afin de réaliser un plan d'appâtage", précise Marc Aubry. Ce qui exige de fortes compétences terrain.

Des destructeurs d’insectes

Concernant les insectes s'infiltrant de l'extérieur, le confinement des zones et la fermeture rapide et efficace des portes sont les premiers remparts. Mais l'usine agroalimentaire est loin d'être une forteresse imprenable ! Dès lors comment se débarrasser des drosophiles attirées par les fruits, des guêpes et abeilles séduites par le sucre, des teignes férues de farine, des quelques bourdons et punaises égarées...? Une seule solution : les attirer grâce au pouvoir d’attraction des lampes UV et les éliminer. Les fournisseurs de destructeurs d'insectes (Abiotec, Pestwest distribué par Amboile, Rentokil Initial, BRC, Marepi,…) proposent deux types de système d'élimination : les plaques recouvertes d'une colle qui les englue ou les grilles sous tension qui les électrocutent. Dans ce cas, un transformateur fournit une haute tension sous une faible intensité. Effet bœuf garanti, reste à éviter l’explosion de l’insecte et sa dispersion en autant de corps étrangers. Les préconisations des fournisseurs diffèrent : Abiotec recommande de ne pas dépasser le seuil de 3500 volts, tandis que Pestwest met en avant la stabilité de tension plus que son niveau.
Pour être efficace, encore ne faut-il pas mettre ces systèmes n'importe où. « Plutôt que de les placer au dessus de la ligne de production, mieux vaut encadrer la zone à protéger, explique Jean-Paul Sachoux, co-gérant d'Abiotec. Pas la peine non plus de les placer près des ouvertures, ce qui risque d'être contre-productif et d'attirer les insectes dans la zone". Une possibilité : coupler une lumière verte à la lumière bleue UV. "Le vert déstabilise l'insecte et le pousse à décoller, tandis que le bleu l'attire", affirme Jean-Paul Sachoux.
Le choix entre engluage et électrocution dépend de plusieurs critères. Les normes Atex (atmosphères explosibles) interdisent les grilles sous tension. De même, les zones très humides ne sont pas propices à la présence d'électrodes susceptibles de former des arcs électriques. Autre situation, les activités parasitées par des insectes de petite taille. C'est le cas des fruits attirant les drosophiles, de petites mouches, capables de passer entre les électrodes sans dommages.
Concernant les insectes présents dans les produits stockés (charançon, teignes,..) une fumigation du silo complète les contrôles à l'entrée des matières premières, les consignes strictes de stockage et un plan de nettoyage ciblé pour limiter leur prolifération. Sur de petites quantités des traitements par inertage sont possibles. Diafood (légumes déshydratés), a par exemple investi dans une installation Linde Gaz au dioxyde de carbone. Deux étuves d'une contenance de sept à huit palettes chacune sont mises sous une pression de 12 à 15 bars.
Il ne faut pas non plus négliger l'intrusion des oiseaux, des espèces souvent protégées (mouettes, pies,...) et de mauvais augure pour l'hygiène du site. Il faut empêcher la nidification, ce qui n'empêche pas de mettre en place des mécanismes optiques ou acoustiques d'effarouchement. Enfin notons que l'hiver tous les rats ne quittent pas le navire, bien au contraire. Nombre d'espèces trouvent dans nos usines un confort douillé comparé au froid de canard sévissant à l'extérieur.

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