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Comment favoriser la croissance des entreprises agroalimentaires

Pierre Christen |  11 Juin 2018 | 

La France compte deux fois plus de TPE-PME que l'Allemagne, mais deux fois moins d'ETI-grandes entreprises. Alors que ces dernières ne représentent que 1,3 % du total des entreprises agroalimentaires, elles génèrent 60 % des investissements, de la valeur ajoutée et de l'emploi. L'enjeu de la taille des entreprises agroalimentaires françaises est donc central. « Préparer l'avenir du secteur agroalimentaire passe par la croissance des entreprises, la modernisation des équipements, l’innovation et l'export. Dans tous ces axes, les outils de financement jouent un rôle clef », affirme Stéphane Dahmani, directeur économie de l'Ania (Association nationale des industries alimentaires).

La prépondérance du modèle familial

A partir de ce constat, une question clef se pose : comment favoriser la croissance des entreprises agroalimentaires ? Pour tenter de répondre, l'Ania a mené, du 22 mai au 5 juin, un sondage qui a obtenu 150 réponses d'entreprises agroalimentaires, de toutes tailles et secteurs d'activité. « Ces données inédites montrent la diversité des entreprises, des besoins et des outils de financement utilisés. Pas une entreprise ne ressemble à une autre », souligne Stéphane Dahmani.

Il ressort toutefois la prépondérance du modèle familial (70 % des répondants). Des entreprises qui s'inscrivent dans des logiques de croissance de long terme, de pérennité et de transmission. Ce qui dessine un certain profil, bâti sur le financement bancaire et l'autofinancement. « Deux outils majeurs qui sont sensibles à la destruction de valeur provoquée par la guerre des prix. La structure financière des entreprises agroalimentaires continue de se dégrader, avec la perte de six points de taux de marge en dix ans », rappelle Stéphane Dahmani. Le sondage fait ressortir que pour les TPE et les PME, l'obtention d'un prêt bancaire, tout comme celle d'une subvention a une importance plus forte que pour les ETI et les grandes entreprises, qui privilégient davantage les financements alternatifs, tout en laissant une bonne place au financement bancaire.

Parmi les freins au développement identifiés par les répondants, le sondage ne fait pas ressortir de problématique notoire de financement. Pour les TPE et les PME, les difficultés de recrutement et la mobilisation des compétences ressortent en tête des difficultés. Pour les ETI et les grandes entreprises, les principaux freins sont l'adaptation aux marchés export et les relations avec la grande distribution.

Des accompagnements dédiés et sur-mesure

«Les entreprises déclarent avoir besoin d'un environnement réglementaire stable et prévisible », souligne Stéphane Dahmani. Une condition nécessaire mais pas suffisante pour développer la croissance. Le sondage met en exergue le besoin de développer les compétences, d'avoir des relations apaisées avec la grande distribution, mais aussi d'avoir accès à des sources de financement diversifiées. « Il y a un effet "taille d'entreprises" significatif : les plus petites sont en prise avec les tensions du marché domestique et les plus importantes avec les problématiques export. Ce qui demande des accompagnements dédiés et sur-mesure », poursuit l'économiste.

Il existe une diversité d'outils de financement, complémentaires les uns des autres, qui gagnerait à être encore mieux exploitée par les entreprises. Qu'ils relèvent de l'accompagnement public ou privé. Fait emblématique, seulement une entreprise agroalimentaire sur deux innove avec un soutien public dans son financement. « Sur un autre plan, la littérature financière montre que l'ouverture du capital est un levier de croissance », pointe Stéphane Dahmani. Une pratique minoritaire, dans un secteur à la structure familiale prépondérante.

Mise en relation des entreprises et des financeurs

L'agroalimentaire présente des perspectives solides au regard de la progression de la population mondiale (9 milliards d'habitants en 2030), et du développement de nouvelles classes moyennes, particulièrement en Asie. Parmi les outils existants, le Medef vient de lancer MAI (Medef Accélérateur d'Investissement), une plate-forme mettant en relation entreprises et financeurs. « Pour préparer l'avenir, les entreprises doivent disposer de plus de capitaux à moyen et long terme », souligne Marie-Noëlle Duval-Debren en charge du MAI.