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Les enfants mangent de plus en plus de plats élaborés

Pierre Christen |  6 Mai 2019 | 

L’étude du Credoc fait apparaître combien l’âge de 6 ans, correspondant à l’entrée à l’école élémentaire, est un âge charnière qui voit apparaître « les premiers déséquilibres alimentaires et nutritionnels »

A la demande du groupe fromager Bel, le Credoc a passé au crible la consommation de produits laitiers et les apports en calcium des petits Français. Le constat est net : les besoins calciques sont de moins en moins couverts. En cause : la baisse de consommation de lait au petit-déjeuner mais aussi de yaourts et de fromages en fin de repas. Une évolution négative, qui s’inscrit plus globalement dans un processus de simplification des repas, avec des régimes alimentaires davantage centrés autour de plats élaborés.

Entre 2010 et 2016, la part d’enfants de 3 à 5 ans qui ne couvrent pas leurs besoins en calcium est passée de 4 à 20 %. Pour les enfants de 6 à 10 ans, cette proportion a augmenté de 33 % à 45 %. Les produits laitiers contribuent à la moitié de ces apports, le reste étant fourni par les fruits et légumes et l’eau principalement.

Ces résultats reposent sur l’enquête triannuelle CCAF, en date de 2016. L’analyse a porté sur un échantillon de 296 enfants âgés de 3 à 5 ans et de 488 enfants âgés de 6 à 10 ans à partir d’entretiens en face à face au domicile des personnes interrogées. Les consommations ont été mises en regard des ANC (Apports en Calcium Conseillés) en calcium qui sont de 500 mg par jour à 3 ans, de 700 mg entre 4 et 6 ans, de 900 mg entre 7 et 9 ans et de 1200 mg à 10 ans.

Selon Gabriel Tavoularis, auteur de l’étude du Credoc parue dans la revue Consommation et modes de vie, ces résultats font apparaître combien l’âge de 6 ans, correspondant à l’entrée à l’école élémentaire, est un âge charnière qui voit apparaître « les premiers déséquilibres alimentaires et nutritionnels ». Soit une consommation de produits laitiers ou de fruits et légumes trop faible, et une consommation de plats tout prêts (pizzas, sandwichs) ou de produits sucrés trop importante.

Un phénomène qui va croissant

Le phénomène qui s’est considérablement accru en une décennie. La comparaison avec l’étude CCAF de 2007 est à ce titre édifiante. Chez les 6 -10 ans, la consommation de pizzas-quiches-sandwichs a progressé de 23 %. Une évolution à mettre en regard de la baisse de la consommation de lait nature (- 21%), de fromages (- 17%) de pain (- 19%) et de légumes (- 15%).

Le Credoc a identifié quatre classes de consommateurs âgés entre 6 et 10 ans :

- Les petits mangeurs (39 %) : une catégorie comprenant plus de filles que de garçons. Ces enfants mangent peu. Par ricochet, leur diversité alimentaire est aussi inférieure aux autres,

- les habitués du tout prêt (22 %) : plutôt parisiens et issus de famille monoparentale, ces enfants sont aussi plus sédentaires et passent plus de temps devant les écrans,

- les palais sucrés (16 %) : ces enfants ont une alimentation plus diversifiée que les précédentes, mais sur des catégories de produits moins favorables sur le plan nutritionnel (biscuits salés, pâtisseries, boissons sucrées),

- les amateurs de variété (23 %) : des enfants plus actifs que le moyenne et davantage issus de catégories socio-professionnelles supérieures. Ils viennent davantage du Sud de la France. La diversité de leur alimentation est élevée, pour autant la densité calorique de leur alimentation est plus faible.

Cette classification scinde la population des enfants français en fonction de la diversité alimentaire : peu de diversification pour les petits mangeurs et les habitués du tout prêt et une plus grande diversité pour les palais sucrés et les amateurs de variété. A chacun leurs habitudes. Au petit déjeuner, les petits mangeurs privilégient les boissons chaudes type lait chocolaté quand les autres vont plutôt être sur du lait simple.