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Les durées de vie toujours mal comprises

Marjolaine Cérou |  8 Octobre 2018 | 

Le règlement Inco devait simplifier la dénomination des dates de consommation pour les consommateurs. Pourtant, celles-ci semblent toujours poser problème. En particulier, la DDM. L’application Too Good To Go a lancé une pétition pour y ajouter une mention complémentaire. L’objectif : réduire le gaspillage alimentaire. Crédit : Fotolia.

Sources de confusion, les durées de vie des produits alimentaires sont toujours mal interprétées par les consommateurs. C’était pourtant l’une des missions du règlement Information du consommateur (UE 1169/2001), qui a remplacé la date limite d’utilisation optimale (DLUO) par la date de durabilité minimale (DDM) pour les produits moyennement périssables qui ne présentent pas de risque microbiologique. A l’époque, une enquête menée par le Parlement européen avait montré que 18 % des citoyens ne comprenaient pas la mention DLUO. Avec le nouveau règlement, l’un des objectifs était de réduire le gaspillage alimentaire, estimé à 29 kg par an et par habitant, dont 7 kg d’aliments encore emballés, selon les derniers chiffres de l’Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe). Le tout à l’heure où la préoccupation environnementale est devenue une attente sociétale prépondérante.

Selon l’application « Too Good To Go », qui met en relation commerçants et consommateurs pour qu’ils récupèrent leurs invendus à la fin de journée, les dates de péremption sont responsables de 20% du gaspillage alimentaire dans les foyers. La marque appelle à une révision de la sémantique pour la désignation des dates de durabilité minimale dans le but d’y ajouter la mention « mais toujours bon après » ou « mais aussi après » à la suite de « à consommer de préférence avant ». La Norvège, par exemple, a introduit cette mention complémentaire sur les produits concernés. Un sujet sur lequel milite le spécialiste des boissons Appletiser en Belgique (groupe Coca-Cola) qui a lancé une campagne de sensibilisation aux DDM. Une pétition vient d’être lancée dans l’Hexagone.

"Il faut expliquer la différence entre DDM et DLC"

« Le cœur du problème est l’éducation des consommateurs. L’idée d’ajouter une telle mention derrière la DDM est bonne mais une explication de la différence entre une date limite de consommation et une date de durabilité minimale s’impose. Les consommateurs ne comprennent pas forcément qu’il y a une notion de sécurité des aliments, de critères microbiologiques derrière la première alors que pour la seconde il s’agit plutôt des propriétés organoleptiques. Une fois que ces différences seront bien comprises, cela permettrait de limiter le gaspillage alimentaire », indique Jérôme Patouillard, président de la commission qualité de la Feef (Fédération des Entreprises et des Entrepreneurs de France).

Pour aider les consommateurs à y voir plus clair, l’Ademe décrypte sur son site Internet la différence entre les deux types de mention. L’agence s’appuie sur une vidéo mise en ligne par l’Institut National de la Consommation. Rappelons également qu’en 2014, le Conseil économique social et environnemental (CESE) a préconisé d’enlever la durée de vie sur les produits considérés comme « stables » (riz, vin, sucre, etc.). Quatre ans après, les dates de péremption figurent toujours derrière les produits visés. Preuve qu’il y a encore du chemin à faire.