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Nutrition animale

L’industrie de la nutrition animale en quête de compétitivité

Dans une ambiance géopolitique instable, le secteur de la nutrition animale reste mobilisé sur les enjeux de la souveraineté alimentaire française et européenne. La filière a presque retrouvé ses standards d’avant Covid mais alerte les instances sur sa faible capacité d’investissement. Néanmoins, le secteur avance sur des thématiques phares comme la recyclabilité et l’empreinte carbone.
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  • Auteur : Christophe Meneust
Nutrition animale

Depuis 2023, la production d’aliments composés est repartie à la hausse, avec une progression établie à + 0,9 % sur la campagne 2024-2025 et prévue à + 1 % pour la prochaine. Des chiffres qui devraient permettre d’atteindre une production de 20 millions de tonnes pour 2025-2026 et ainsi de retrouver les chiffres d’avant Covid 19 et guerre en Ukraine. Cette reprise est cependant fragilisée par les risques d’épizootie en France, de la disponibilité de certaines de ses matières premières et de l’attractivité des activités d’élevage.

Une confirmation de la reprise

La campagne 2024-2025 s’est achevée sur une légère progression (+ 0,9 %), pour un total de 19,5 millions de tonnes d’aliments composés produits en France. Cette évolution positive reste cependant modeste par rapport à l’activité perdue sur les années 2021 et 2022, marquées par l’épizootie d’influenza aviaire ainsi que par des baisses de productions dans les filières du porc et de la viande bovine. Dans le détail, les aliments composés pour les volailles représentent la plus importante part de marché des fabricants, avec 40 % des volumes produits, devant les bovins (32 %) et les porcs (22 %). 

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  • Sur la campagne 2024-2025, la volaille retrouve une dynamique (+ 1,2 %) portée par le succès des produits auprès des consommateurs, mais aussi par le rattrapage de l’activité perdue en 2022, en raison des arrêts d’élevage pour lutter contre l’influenza aviaire (800 000 tonnes perdues). La forte reprise de la fabrication des aliments composés destinés aux élevages de palmipèdes (+ 34 % pour la filière à foie gras et + 43 % pour les canards à rôtir) confirme la relance de ces productions emblématiques qui ont été particulièrement frappées par les crises. Cet élan reste cependant fragile face à la pression sanitaire et à la propagation de l’influenza aviaire (notamment en Vendée). La fabrication d’aliments composés progresse également nettement pour les poulets (+ 4,4 %), dont la consommation continue d’augmenter en France. « Cette progression génère un espoir de résistance de la production française de volailles sous pression des importations, 1 poulet sur 2 consommé en France est importé », précise Ludovic Michel, vice-président du SNIA. La production d’aliments pour les poules pondeuses reste stable sur la campagne 2024-2025 (-0,06 %).
  • Les bovins affichent également une accélération de la hausse globale amorcée en 2022 (+ 1,8 %), soutenue par la bonne tenue du segment vaches laitières (+ 2,4 %) et une relative stabilité des autres bovins (+ 0,4 %). Les ovins/caprins confirment leur dynamique positive (+ 1,7 %). 
  • Le secteur porcin voit la production d’aliment composé se stabiliser (- 0,4 %) après plusieurs années de baisse significative liée notamment à la baisse du cheptel français. Cette stabilisation est cohérente avec le plan de la filière porcine œuvrant pour le maintien de la souveraineté française pour couvrir la consommation de produits porcins. 
  • En revanche, les volumes de nutrition animale proposés aux élevages de lapins poursuivent leur recul (- 6,9 %), reflet d’un marché structurellement en décroissance.

« Les fabricants d’aliments se tiennent aux côtés des éleveurs dans leurs objectifs de maintien, construction, rénovation ou agrandissement de leurs élevages pour répondre à la demande de viande française », déclare François Cholat, président du SNIA. De nombreuses interprofessions ont défini des objectifs chiffrés sur le sujet de la souveraineté alimentaire dans leurs stratégies de responsabilité sociétale. C’est notamment le cas de l’Interprofession française des œufs (CNPO) qui vise la construction de 300 nouveaux poulaillers d’ici 2030, ou encore de la filière porcine (Inaporc) qui s’est fixé le maintien à 100 % de son autosuffisance dans sa démarche « Demain, le Porc », planifiée à l’horizon 2035. La filière volaille de chair constitue également un levier important pour reconquérir les parts de marché laissées à l’importation : près de 1 poulet sur 2 consommé en France est importé. Il est ambitionné la création de 400 poulaillers supplémentaire pour la filière chair.

Rebond des aliments composés pour les élevages en filière biologique

La production d’aliments composés biologiques a connu une forte croissance jusqu’en 2021, avant d’être impactée par une contraction de la consommation des produits issus des filières biologiques. Après une phase de stabilisation, les tonnages repartent à la hausse en 2025, à + 0,5 % sur la campagne 24/25. Cette hausse concerne principalement les aliments pour bovins (+ 18,4 %), en particulier les vaches laitières et les poulets de chair (+ 4,8 %). Les aliments composés pour les porcs bio sont également en hausse à + 1,2 %.

Des capacités de financement limitées

Usine Sanders Ouest à Chateaubourg (35).

Usine Sanders Ouest à Chateaubourg (35).

Le SNIA estime nécessaire de rechercher de nouveaux leviers de compétitivité et de trouver les capacités d’investissement utiles à la consolidation du secteur et à la poursuite de ses recherches et de ses développements en matière de décarbonation et de performance environnementale des filières d’élevage. Les indicateurs publiés « matières premières destinées à l’alimentation animale » enregistrent le niveau le plus bas depuis 5 ans (environ 104 €/t) et le prix moyen des aliments pour animaux est orienté à la baisse depuis deux ans (122 €/t). Cependant, le secteur est confronté à la hausse marquée des coûts industriels et logistiques et freiné par des capacités d’investissement trop limitées. L’augmentation des charges de fonctionnement et de financement de l’activité pèse en effet lourdement sur sa dynamique. Le secteur a vu les différents coûts de production (Main-d’œuvre, énergie, logistique, maintenance…) augmenter de + 15 à + 20 % entre janvier 2021 et septembre 2025. Les outils de production du secteur (300 usines en France) ont majoritairement été construits au cours des trois décennies 70, 80 et 90. Ils font l’objet d’investissements réguliers, souvent orientés pour répondre aux évolutions des nombreuses réglementations qui s’appliquent au secteur. « Ce parc industriel est un atout, car aujourd’hui, les ratios économiques laissent peu de place à des investissements d’envergure. Nous estimons que le coût de construction hors foncier d’une usine d’aliments atteindrait au minimum 15 à 20 millions d’euros pour une unité spécialisée “simple” de 250 000 tonnes par an », affirme le syndicat. Selon les hypothèses travaillées avec Tecaliman, le centre technique du secteur, cet investissement devrait être porté à 30 millions d’euros pour intégrer davantage de nouvelles techniques de fabrication telles la robotisation, la performance énergétique et la segmentation de la production qui nécessitent un projet plus complexe. Les indicateurs financiers, révélés par l’observatoire économique du Crédit Agricole, ne permettent pas de financer un tel projet sans un soutien externe. En effet, le secteur reste structurellement sous capitalisé, en dessous de la moyenne de l’industrie agroalimentaire (3,2 % de résultat net). À 0,7 %, la part de son résultat net dans son chiffre d’affaires est en hausse, mais les capacités d’autofinancement du secteur atteignent seulement 1,3 % de son chiffre d’affaires.

Emploi : 300 recrutements par an

Le secteur de la nutrition animale représente en France près de 500 entreprises, dont 200 entreprises (ou groupes) de fabrication d’aliments composés pour les animaux d’élevage. Elles représentent à ce jour plus de 15 000 emplois, dont 92,5 % en CDI et 96 % à temps plein, répartis sur 300 sites dans tout le pays. Le secteur prévoit près de 300 recrutements par an d’ici 2030 pour renforcer ses rangs, renouveler ses effectifs et intégrer de nouvelles compétences pour accompagner le déploiement des innovations. 

Empreinte carbone : un outil en cours de certification

Selon les données d’Agribalyse, 60 à 70 % de l’impact carbone d’un animal d’élevage provient de son alimentation. Les entreprises de nutrition animale ont donc un rôle déterminant pour le réduire en apportant des solutions techniques aux éleveurs. Le secteur agit en ce sens et s’est doté d’une ambition : réduire de 20 % les émissions de gaz à effet de serre (GES) sur le volet alimentaire entre 2020 et 2030. Pour atteindre cet objectif ambitieux, le secteur travaille sur l’ensemble de ses leviers et notamment, l’approvisionnement en matières premières bas carbone, des solutions nutritionnelles innovantes et des avancées technologiques ainsi que sur un outil de mesure fiable et harmonisé de la performance environnementale des aliments livrés aux éleveurs. Le SNIA et La Coopération Agricole Nutrition Animale ont développé en 2024 et mis à jour en 2025 un guide méthodologique pour calculer la valeur carbone des aliments pour animaux. Il intègre la fabrication, le transport et les ingrédients, garantissant une approche holistique et rigoureuse. Ce guide répond aux exigences des filières animales françaises tout en s’alignant sur les normes internationales afin de ne pas générer de distorsion entre les filières françaises et celles des autres pays.

Basé sur les normes européennes Feed-PEFCR (Product environmental footprint category rules) et les bases de données ECO-ALIM et GFLI (global feed LCA institute), ce guide est le fruit d’une concertation large. Cette initiative a été analysée par l’Autorité de la Concurrence, qui souligne son rôle clé dans la normalisation et les objectifs de développement durable. En 2025, les travaux se poursuivent pour obtenir la reconnaissance de cette méthode par les parties prenantes et faciliter son déploiement. OQUALIM publiera son socle de certification développé pour vérifier les calculs des poids carbone des aliments pour animaux dans les prochaines semaines. 

Méthane : jusqu’à 30 % d’émissions en moins dans les élevages avec des solutions alimentaires innovantes

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Le secteur travaille aux côtés des éleveurs pour réduire les émissions de méthane. Des solutions nutritionnelles existent et ont été documentées par le CSNA (Conseil Scientifique de la Nutrition Animale). En effet, l’Union européenne vise une réduction des émissions de méthane de 30 % sur 2020-2030. Il s’agit d’un véritable défi pour le secteur agricole et pour la durabilité des filières animales. Au niveau européen, la part de l’agriculture est de 53 % dans les émissions de ce GES et, en France, 68 % des émissions agricoles de méthane proviennent de l’élevage. Les ruminants sont les principaux émetteurs de méthane (fermentation entérique). Pour le SNIA, la baisse des émissions ne doit pas se faire par une baisse de la production qui serait compensée par une hausse des importations. L’association de solutions complémentaires : génétique, alimentation, conduite d’élevage permettent et permettront de répondre aux objectifs techniques. Ces solutions alimentaires peuvent réduire jusqu’à 30 % les émissions, en fonction des conditions de chaque élevage, des solutions retenues, de leur mise en œuvre et de leur combinaison. Les syndicats représentant le secteur de la nutrition animale, l’AFCA-CIAL (Association des Fabricants de Compléments et fournisseurs d’Additifs et ingrédients fonctionnels pour l’Alimentation Animale), la Coopération Agricole Nutrition Animale et le SNIA publient un guide technique qui recense les principales solutions alimentaires qui existent à date et qui ont démontré leur efficacité dans la réduction des émissions de méthane des élevages de ruminants. Ce guide se concentre sur les solutions permettant d’obtenir un impact via l’alimentation et identifie les freins rencontrés pour leur déploiement.

Valoralim : succès du nouvel outil collectif pour recycler les emballages du secteur

En France, chaque année, 10 % des produits commercialisés par le secteur de la nutrition animale sont mis en marché avec un emballage. Leur utilisation par les éleveurs génère 7 000 tonnes d’emballages vides à valoriser. Avant l’entrée en vigueur de l’obligation légale de collecte et de recyclage des emballages professionnels, les entreprises de nutrition animale avaient déjà lancé leur filière de collecte et de recyclage dès février 2023. En 2025, 267 metteurs en marché, fabricants d’aliments ou distributeurs de produits de nutrition animale ont signé la convention Valoralim. Plus de 80 % du gisement total d’emballages vides sont ainsi couverts. À l’horizon 2028, Valoralim espère un taux de recyclage effectif de 80 % des emballages mis sur le marché.

LANTECH
Lantech a mis au point un système unique permettant de remplir automatiquement le magasin de la formeuse de caisses. Les flans sont prélevés et placés dans le magasin quelle que soit leur configuration. Les sangles sont retirées. Aucune exigence particulière n’est requise en matière de palettes et aucune intervention humaine n’est nécessaire. Lantech@Interpack, hall 13, stand C47, du 7 au 13 mai.