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« À la bretonne » : un récit collectif pour réarmer le débat sur la souveraineté alimentaire

Présenté au Cfia 2026 avant un lancement national le 27 mars, l’ouvrage porté par l’ABEA propose une lecture documentée du modèle agroalimentaire breton et de son rôle dans l’économie nationale. Entre transmission, ancrage territorial et tensions économiques, il vise à objectiver un débat devenu stratégique.
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  • Auteur : Stéphanie Perraut
Marie Kieffer (ABEA), Christian Griner (Even), Annie Saulnier (Geldelis), Rémi Christoforetti (Le Gouessant, ABEA), Sébastien Floc'h (Sill Entrepris

Marie Kieffer (ABEA), Christian Griner (Even), Annie Saulnier (Geldelis), Rémi Cristoforetti (Le Gouessant, ABEA), Sébastien Floc'h (Sill Entreprises) et Olivier Clanchin (Olga).

« Un exemple pour d’autres régions et d’autres filières. Les mots utilisés dans ce livre sont d’une richesse incroyable : diversité, modernité, solidarité, approche spontanée, décloisonnée, décomplexée. Une industrie agroalimentaire décomplexée, c’est rafraîchissant, surtout à une époque où se multiplient les émissions critiques envers l’agriculture et l’alimentation ». Christiane Lambert, présidente de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles) et vice-présidente de l’Ania (Association nationale des industries alimentaires), n’a pas tari d’éloges lorsque, le 12 mars dernier sur le salon Cfia à Rennes (35), l’ABEA (Association bretonne des entreprises agroalimentaires) a présenté son livre « À la bretonne, Histoire(s) de ce territoire qui vous nourrit ».

Cet ouvrage est coécrit par six dirigeants : Rémi Cristoforetti (coopérative Le Gouessant, président de l’ABEA), Olivier Clanchin (Olga), Sébastien Floc'h (Sill Entreprises), Christian Griner (coopérative Even), Annie Saulnier (Geldelis) et Pierre-Yves Jestin (coopérative Savéol). Il est né d’une volonté commune de remettre des faits dans un débat saturé d’opinions. Il vise à prendre du recul sur un secteur très commenté mais peu appréhendé dans sa globalité. Au-delà de la seule question agroalimentaire, le livre interroge les choix collectifs, les trajectoires territoriales et la responsabilité des acteurs économiques. Pensé comme un outil de lecture du débat public, l’ensemble se lit contre les idées reçues et les raccourcis.

Des faits dans un débat saturé d’opinions

Structuré autour de 160 pages et de plus de 300 indicateurs, il se déploie en quatre grandes thématiques pour proposer une lecture documentée de l’écosystème breton. Les auteurs assument une place centrale accordée à l’humour pour rendre le propos accessible sans en réduire la portée. Première région agroalimentaire française, la Bretagne représente 72 000 emplois industriels, près de 15 % de l’emploi agroalimentaire national, et 34,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires, dont 4,8 milliards à l’export.

« L’agroalimentaire est très jugée, très décriée, très observée, mais parfois peu connue », souligne Rémi Cristoforetti, directeur général de la coopérative Le Gouessant, président de l’ABEA. Pour ce dernier, la notion de « modèle breton » ne peut par exemple pas être réduite à une forme unique, dans une région qui constitue aujourd’hui le premier bassin agroalimentaire français. « Il n’existe pas un modèle, il est pluriel. Vous l’avez vu, il y a un petit “s” entre parenthèses derrière “histoire”, parce que nous sommes convaincus qu’il y a 1 000 histoires déjà écrites et autant à écrire », explique-t-il. L’ouvrage se présente comme une base de réflexion, mais aussi comme un préalable à l’action. « On pose les enjeux sans les éviter, mais on les pose factuellement », précise le dirigeant, en insistant sur une lecture décloisonnée qui relie entreprises, formation et territoire. L’objectif est de donner à voir, dans sa diversité et sa complexité, « cette équation agroalimentaire bretonne ».

Un miracle qui se reproduit chaque jour

La question de la transmission constitue un autre axe structurant. « Nous avons perdu cette notion d’héritage », observe Sébastien Floc'h, président du directoire de Sill Entreprises, également co-auteur. Il rappelle que la capacité de la Bretagne à nourrir un Français sur trois repose sur un effort collectif engagé après-guerre. « Se nourrir est devenu évident, mais c’est un miracle - économique, social et sociologique - qui se reproduit chaque jour », insiste-t-il. « Sans lait, il n’y a pas de yaourt, mais sans yaourt, il n’y a pas beaucoup de lait non plus », ajoute-t-il. Derrière cette formule, il alerte sur un enjeu économique central : sans marges suffisantes, l’investissement et la pérennité des filières sont fragilisés.

L’emploi au cœur des territoires

L’ancrage territorial est également au cœur du propos. « 1 900 établissements sont présents en Bretagne, soit presque un établissement par commune », indique Christian Griner, directeur général de la coopérative Even. « 72 000 salariés, avec leurs familles, placent l’agroalimentaire au cœur de la vie bretonne », précise le co-auteur. La région concentre aussi près d’un emploi agroalimentaire français sur sept. Dans le même esprit, Laure Le Bourgeois, déléguée ministérielle aux entreprises agroalimentaires, rappelle que « l’un des défis de l’agroalimentaire, c’est l’emploi. Or dans ce secteur, il s’agit d’emploi de proximité. On peut rester dans son territoire et travailler à côté de chez soi. » Christian Griner met aussi en avant le rôle structurant de la filière dans les territoires et son implication dans le tissu associatif et culturel local. « Je dis souvent que tous nos grands festivals bretons n’auraient pas cette dynamique sans l’engagement de nos salariés et de nos sponsors. Nous sommes au cœur de cette vie, et nous en sommes fiers. Notre livre veut partager cette Bretagne, non pas pour partager le gâteau, mais pour le faire ensemble», ajoute-t-il.

La magie du collectif

Le registre change avec la co-autrice Annie Saulnier, présidente de Geldelis, qui mobilise une analogie plus symbolique. « Ce livre, c’est la magie du collectif », affirme-t-elle. Elle adopte une référence à Harry Potter et évoque un passage « de la cape d’invisibilité à l’inventivité », en insistant sur la capacité des entreprises à se structurer ensemble. Elle rappelle le rôle de l’agroalimentaire entre agriculture et consommateurs, à l’image du sel, exhausteur de goût. « Liberté, égalité, beurre salé », résume-t-elle.

Olivier Clanchin insiste quant à lui sur la portée du travail collectif engagé et sur la nécessité de rendre lisible un secteur complexe. « Au fil de la co-création de ce livre, j’ai eu la sensation d’avoir entre les mains une arme de construction massive », déclare le président d’Olga. « Il y a une grande complexité dans nos métiers, mais ce livre permet de remettre l’église au milieu du village. Pouvoir le remettre en perspective, prendre de la hauteur, fait beaucoup de sens », explique-t-il.

Un socle pour éclairer le débat public

Marie Kieffer, directrice générale de l’ABEA, replace l’ouvrage dans une démarche structurée de production de données. « Nous nous sommes appuyés sur des études sur les ressources humaines, la décarbonation, l’eau ou encore des données de la Banque de France », explique-t-elle. Elle précise les publics visés : « Les Bretonnes et les Bretons, les salariés de l’agroalimentaire et les décideurs politiques ». À travers ce travail, l’association cherche à proposer un socle factuel commun pour éclairer le débat public et objectiver les échanges. L’ambition est aussi de proposer une base de référence pour structurer la compréhension du secteur et alimenter le débat sur la souveraineté alimentaire.

L’alimentation est une arme de paix

En clôture de la présentation faite lors du Cfia, Christiane Lambert a élargi le propos à une dimension stratégique, à l’échelle européenne. « L’alimentation est une arme de paix », affirme la vice-présidente de l’Ania. Elle rappelle que la Politique agricole commune (PAC) a été conçue pour garantir la paix par l’approvisionnement et les échanges. Elle cite la pandémie de Covid-19, qui a confirmé le caractère essentiel des filières, puis la guerre en Ukraine, qui a hissé l’alimentation au rang d’enjeu de puissance et « d’arme stratégique ». L’ensemble s’inscrit dans un contexte d’exposition aux aléas climatiques, qui fragilisent les productions. « Un secteur essentiel, stratégique et vulnérable mérite plus de politique régalienne, plus de considération et de soutien », poursuit Christiane Lambert. Les niveaux de rentabilité sont jugés insuffisants pour financer les transitions : 3,9 % en moyenne, 1,7 % dans la charcuterie, avec 24 % des entreprises du secteur dans le rouge. « La souveraineté alimentaire doit être réhabilitée », ajoute Christiane Lambert, appelant à une approche européenne plus équilibrée. « Liberté, égalité, souveraineté », conclut-elle.

Le livre « À la bretonne, histoire(s) de ce territoire qui vous nourrit » est disponible en ligne (www.alabretonne-lelivre.fr). Il est aussi distribué en librairies en Bretagne et dans toute la France.

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