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Pacte qualité ingrédient : des qualités et des défauts

Pierre Christen |  9 Juillet 2013 | 

Le gouvernement a annoncé le lancement fin 2013 du pacte « qualité ingrédient ». Un projet qui risque de classifier les aliments en deux catégories, les bons et les mauvais. © BeTa-Artworks - Fotolia.com

Le gouvernement par la voix de Guillaume Garot, ministre délégué à l’Agroalimentaire, a promis le lancement fin 2013 du pacte « qualité ingrédient ». Outre une composante développement durable, ce projet comporte un volet nutritionnel. « L’amélioration de la qualité nutritionnelle d‘une large gamme de produits alimentaires permettra à l’ensemble de la population, y compris les plus démunis, d’accéder à une offre alimentaire de meilleure qualité », a déclaré le ministre.

Ce pacte a pour objectif de diminuer dans les recettes les ingrédients dont la consommation doit être limitée. En clair : le sel, le sucre et les matières grasses. Il prévoit aussi d’améliorer la consommation de fibres. Pour ce faire, il mise sur une meilleure valorisation auprès des consommateurs des efforts engagés par les industriels.

Parmi les engagements annoncés, le gouvernement prévoit un assouplissement du référentiel des accords collectifs du PNA (Programme national pour l’alimentation). Rappelons que ces accords sont le fruit de la reprise en main par le Ministère de l’Agriculture de ces questions d’amélioration des profils nutritionnels. Leur but est d'instiller une dynamique que les chartes de progrès d'engagement du PNNS (Programme National Nutrition Santé) n'ont pas réussi à susciter en nombre. L e premier accord relevant du PNA, et pour l’instant le seul, a été signé en février avec l’association Bleu-Blanc-Cœur .

Depuis, ces accords ne suscitent pas un grand engouement de la part des professionnels, faute d’impact auprès du grand public. Un constat qui fait écho aux chartes PNNS, qui ont peiné à convaincre les industriels pour les mêmes raisons.

C’est pourquoi un engagement important pris par le gouvernement est de créer une nouvelle mention valorisante et simple, qui pourra être utilisée auprès des consommateurs par les signataires des accords. Elle sera définie à la rentrée de septembre 2013.

Le pacte qualité ingrédient suscite une réaction mitigée de la part de Jean-Philippe Girard, président fraîchement élu de l’Ania : « Il a des qualités et des défauts. L’idée directrice est bonne, mais il ne faudrait pas en déduire que ces ingrédients dont la consommation doit être limitée sont mauvais », nous explique-t-il. Le nouveau porte-parole de l’industrie alimentaire, élu fin juin, craint que derrière ce pacte se cache une nouvelle fois la volonté de classifier les aliments en deux catégories : les bons et les mauvais. « Il n’y a pas de bons ou mauvais produits. Le sel, le sucre, les matières grasses sont des bons produits, c’est leur consommation en excès qui nuit », réagit-il

Jean-Philippe Girard redoute également que l’esprit du pacte ne vienne justifier de nouvelles taxes. Les industriels ont tous en mémoire la mauvaise surprise des taxes comportementales, que ce soit sur la bière , l es spiritueux mais aussi sur les boissons contenant du sucre ajouté et des édulcorants de synthèse . A l’automne dernier, le projet de taxe sur l’huile de palme avait défrayé la chronique avant d’être retiré. « La Danemark a créé ce type de taxes avant de les retirer. La démarche du gouvernement nous inquiète. D’un côté, on nous demande de recruter et d’investir pour la croissance et le développement, et de l’autre nous sommes sous la menace d’impôts paralysants », conclut-il