Taxer l’huile de palme : un impact discutable

13 novembre 2012 - Pierre Christen

Compte-tenu de son impact économique, le projet de taxer l'huile de palme suscite un tollé de la part des pays producteurs. © Kimpin - Fotolia.com

Une augmentation de 300 % de la taxe spéciale prévue sur les huiles de palme, de palmiste et de coprah destinées à l’alimentation humaine. L’amendement au projet de loi de financement de la Sécurité sociale adopté mercredi dernier 07 novembre par la Commission des affaires sociales du Sénat a fait l’effet d’un coup de massue pour les utilisateurs et pour les producteurs concernés. Une réaction à la mesure de l’omniprésence de cette matière grasse. Sa capacité à être solide à température ambiante l’a rendu en effet indispensable dans nombre de produits alimentaires.

Le sénateur Yves Daudigny à l’origine de l’amendement a justifié son initiative en ces termes : « je propose d'introduire une première taxe nutritionnelle sur les aliments, en visant l'huile de palme, dont la consommation excessive peut comporter des risques pour la santé». En pratique, la disposition dénommée « amendement Nutella » ajoute un surplus de fiscalité de 300 € par tonne à une taxe, qui avoisine actuellement 100 € par tonne.

Une "taxe coloniale"

Cette décision a provoqué un tollé parmi les pays producteurs d’huile de palme, compte-tenu de son impact économique. Un think-tank nigérien dénonce une « taxe coloniale », tandis que la Malaisie déplore « une agression gratuite ». « Plus de 240 000 petits exploitants à travers toute la Malaisie dépendent de l'huile de palme pour gagner leurs vies. De surcroît, plusieurs milliers d'autres emplois reposent sur des secteurs industriels liés à cette huile», affirme Yusof Basiron, directeur général du Conseil malaisien de l'huile de palme .

Du côté de la Côte d’Ivoire, la production d’huile de palme fait vivre 2 millions de personnes, soit 10% de la population. « La production d’huile de palme doit plus que jamais être soutenue afin de garantir le développement durable, l’indépendance alimentaire et l’accès au mieux-être des populations du sud », indique l’Association Interprofessionnelle de la filière Palmier à Huile de Côte d’Ivoire (AIPH).

Moins d'acides gras saturés que le beurre

Ces pays pointent du doigt l’argument nutritionnel en le relativisant. « Le beurre, comme un très grand nombre de graisses d’origine animale, contient 65 % d’acides gras saturés alors que l’huile de palme n’en contient que 50 %», rappelle l’AIPH. Un argument que le Conseil malaisien de l’huile de palme développe en soulignant que la majorité des graisses saturées consommées en France sont d’origine animale. Ce qu’il illustre par les chiffres suivants : 15 kg par an proviennent de la consommation de viande, 4 kg du lait, 8 kg des fromages et 7,3 kg du beurre. A comparer à la consommation annuelle d’huile de palme qui ne dépasse pas 2 kg. « Le sénateur devrait donc concentrer ses efforts sur toutes les graisses saturées », commente Yusof Basiron.

Enfin l’argument environnemental est lui-même battu en brèche par les pays producteurs. Le premier argument est le meilleur rendement de production de l’huile de palme. Ce qui implique l’utilisation de moins de surface utile à volume de production équivalent. L'huile de palme a en effet un rendement de 4,13 tonnes d'huile végétale par hectare, soit respectivement 10, 7 et 5 fois plus que celui du soja, du tournesol et du colza.

Les pays producteurs mettent en avant la certification RSPO, comme gage de pratiques culturales durables. De surcroît, les situations diffèrent d’un pays à l’autre. Par exemple, la Côte d’Ivoire revendique l’absence de déforestation, les plantations ayant lieu sur des friches ou des savanes dégradées. Quant à la Malaisie, elle met en avant la faible part de ses surfaces agricoles (24 %), comparativement … à la France (50 %).

Taxe nutritionnelle : le Danemark fait machine arrière

Ces derniers jours, la ministre de la Santé Marisol Touraine est apparue réservée quant à ce projet de taxe. Elle a indiqué vouloir reporter la mesure, afin de l’insérer dans un dispositif plus global entourant l’alimentation. Au final, le principe général de taxe nutritionnelle semble toutefois dans l’ère du temps. Pourtant, un pays pionnier en la matière se désengage de cette voie. En effet, le Danemark a annoncé le 10 novembre l’abandon de la « Fat Tax » introduite en octobre 2011 (Lire : Food Taxes : un phénomène européen). Selon le gouvernement danois, la mesure a provoqué une hausse des prix pour les consommateurs. Elle a aussi accru les coûts administratifs tout en mettant une partie des emplois de l’industrie agroalimentaire danoise en danger. Surtout, les Danois avaient commencé à mettre en place des stratégies de contournement et allaient faire leurs courses en Allemagne. La taxe semblait donc échouer à faire évoluer les comportements alimentaires.

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