Aller au contenu principal

Pénibilité : le « coup de gueule » d’Yves Fantou

  • Publié :
  • Modifié :
  • Auteur : P.C.

Spécialiste de la découpe de viande pour les magasins de proximité, la société Yves Fantou a dès le milieu des années 2000 pris à bras le corps le sujet de l’amélioration des conditions de travail. Dans cette entreprise familiale basée à Dol-de-Bretagne près de Rennes, l’organisation du travail a été pensée pour prévenir l’apparition des troubles musculo-squelettiques (TMS).

« La pénibilité, je ne sais pas ce que c’est ! »

Fort de cette expérience, Yves Fantou dirige la commission sociale de l’ABEA (Association bretonne des entreprises agroalimentaires). Lors de l’assemblée générale de l’association qui s’est tenue jeudi 11 juin 2015 à Quimper, le dirigeant a vivement critiqué le compte pénibilité, entré en vigueur au 1er janvier 2015. « La pénibilité, je ne sais pas ce que c’est ! D’ailleurs, les partenaires sociaux non plus. C’est faute d’accord sur le terme, qu’ils se sont attelés à la définition des facteurs de risques», s’est-il insurgé.

Pour rappel, le compte pénibilité consiste à récapituler l’exposition de chaque salarié à une dizaine de facteurs de risques professionnels. En contrepartie, les salariés peuvent obtenir le financement d’une formation professionnelle, d’un passage à temps partiel ou d’un départ anticipé à la retraite. Depuis le 1er janvier, quatre facteurs de risques doivent déjà être pris en compte (travail de nuit, travail en équipes successives alternantes, travail répétitif et travail en milieu hyperbare). En pratique, ce dispositif s’avère difficile à mettre en œuvre.

« C’est insulter mes salariés que de dire qu’ils acceptent un travail pénible »

Mais au delà de l’aspect technique lié à l’évaluation, le dirigeant regrette la philosophie qui sous-tend cette mesure. « C’est insulter nos salariés que de dire qu’ils acceptent un travail pénible, sous-entendant qu’ils seraient incapables de faire autre chose. C’est insupportable d’entendre ces jugements extérieurs sur le ton : « Mon pauvre monsieur, vous n’êtes pas capable de faire autre chose qu’un travail pénible ». Il n’y a pas de sot métier et ce type de discours ne reflète pas la réalité, je suis convaincu que tous mes salariés pourraient faire autre chose. Mon boulot, c’est qu’ils restent chez moi ! Dans mon entreprise, les salariés sont comme vous et moi. Mon désosseur, il chante au travail, c’est l’insulter que de dire que son travail est pénible. Et c’est m’insulter, moi aussi, car je ne suis pas là pour raccourcir l’espérance de vie. Arrêtons de parler de cela ! Cet œil compassionnel parisien me révolte.», a-t-il déclaré.

Il ajoute que le compte pénibilité occulte totalement la dimension psychosociale pourtant prépondérante dans le bien-être au travail. « Un auditeur de la CRAM avait identifié ce qui marche dans mon entreprise. Il y avait deux choses : la visibilité de chaque salarié sur le travail qu’il a à réaliser et l’esprit d’équipe. C’est çà aussi le bon côté de l’artisanat qu’il faut ramener dans les entreprises », explique-t-il.

« Au final, une nouvelle taxe collective »

Le gouvernement ne souhaite pas remettre en cause le dispositif, mais une simplification semble à l’ordre du jour. Le principe d’une évaluation individuelle serait supprimé. L’exposition au risque se ferait de manière collective par métiers, selon des accords de branches. Une simplification loin d’être satisfaisante pour Yves Fantou. « On nous a pondu une loi inapplicable. Si la fiche individuelle semble abandonnée, le niveau de pénibilité devrait être attribué par métier. Je crains que cela ne vienne encore pénaliser l’image de notre secteur. C’est une manière de transformer le dispositif en taxe collective », a-t-il regretté.

Mots-Clés

LANTECH
Lantech a mis au point un système unique permettant de remplir automatiquement le magasin de la formeuse de caisses. Les flans sont prélevés et placés dans le magasin quelle que soit leur configuration. Les sangles sont retirées. Aucune exigence particulière n’est requise en matière de palettes et aucune intervention humaine n’est nécessaire. Lantech@Interpack, hall 13, stand C47, du 7 au 13 mai.