Produits végétaux : l’Union européenne s’oriente vers la protection de 31 dénominations associées à la viande
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- Auteur : Stéphanie Perraut
Selon l’accord provisoire, des termes comme « burger » ou « saucisse » pourraient continuer à être employés pour des produits d’origine végétale.
Les négociateurs du Parlement européen et du Conseil ont conclu le 5 mars 2026 un accord politique provisoire sur une révision ciblée de la législation relative à l’organisation commune des marchés agricoles (OCM). Cette réforme vise à renforcer la position de négociation des agriculteurs dans la chaîne d’approvisionnement alimentaire et à améliorer la transparence du marché.
Le compromis comporte également un volet consacré aux dénominations des produits. Il prévoit de réserver 31 dénominations associées à la viande aux produits qui en contiennent effectivement. Ces termes correspondent à des espèces animales ou à des morceaux de viande et ne pourraient plus être utilisés pour des produits qui n’en contiennent pas, y compris les alternatives végétales. La liste couvre notamment des termes qui renvoient à des espèces animales (bœuf, veau, porc, volaille, poulet, dinde, canard, oie, agneau, mouton, viande ovine, chèvre), ainsi que plusieurs appellations de morceaux ou de préparations (pilon, filet mignon, aloyau, flanchet, longe, steak, côtes, épaule, jarret, côtelette, aile, blanc, foie, cuisse, poitrine, entrecôte, côte à l’os, rumsteak et bacon).
Les négociateurs ont toutefois maintenu la possibilité d’utiliser certaines appellations décrivant une forme ou un mode de préparation. Des termes comme « burger » ou « saucisse » pourraient ainsi continuer à être employés pour des produits d’origine végétale.
Un renforcement de la position des agriculteurs
Au-delà de cette question d’étiquetage, l’accord vise à renforcer la position des producteurs agricoles dans leurs relations commerciales. Il prévoit notamment la possibilité pour les agriculteurs de négocier collectivement certaines clauses contractuelles et introduit des mesures destinées à améliorer la transparence et l’équilibre dans la formation des prix au sein de la chaîne d’approvisionnement. Le texte renforce aussi le rôle des organisations de producteurs et de leurs associations afin de faciliter la coopération entre agriculteurs et d’améliorer leur capacité de négociation face aux autres acteurs du marché. L’objectif est de mieux répartir la valeur au sein de la chaîne alimentaire et de stabiliser les revenus agricoles.
« Cet accord constitue une avancée importante sur la voie de marchés agricoles plus équitables et plus résilients. En améliorant le soutien apporté aux agriculteurs et en renforçant le rôle des organisations de producteurs, nous donnons aux agriculteurs des outils supplémentaires pour rendre l’avenir plus prévisible et durable », déclare Maria Panagiotou, ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de l’Environnement de Chypre.
L’accord politique doit encore être formellement approuvé par le Parlement européen et par le Conseil de l’Union européenne avant son adoption définitive, puis publié au Journal officiel de l’Union européenne. Une fois adopté, il viendra modifier la réglementation encadrant l’organisation des marchés agricoles.
Des réactions contrastées
La décision suscite des réactions contrastées au sein des filières. Les représentants de la filière viande saluent l’accord trouvé entre les institutions européennes. Dans un communiqué, la Confédération Française de la Boucherie, Boucherie-Charcuterie, Traiteurs (CFBCT) se félicite de l’accord sur la protection des dénominations de la viande. L’organisation estime que l’accord constitue une victoire pour l’ensemble de la filière viande française et pour les 18 000 artisans bouchers charcutiers, au contact quotidien des consommateurs.
Du côté des acteurs du végétal, certains regrettent un débat jugé secondaire au regard des enjeux agricoles et alimentaires. « Nous regrettons un accord qui détourne l’énergie politique de ce qui compte vraiment : accompagner l’innovation alimentaire européenne. Le temps passé à débattre de dénominations est du temps perdu pour nos agriculteurs, nos entreprises et nos consommateurs. Mais le secteur végétal a toujours su transformer les contraintes en opportunités. C’est exactement ce que nous continuerons à faire chez Accro », déclare Renaud Saïsset, directeur général d’Accro.
Pour HappyVore, ce dénouement reste malgré tout une victoire en demi-teinte. « Nous saluons cette décision qui tend à respecter la maturité des consommateurs. Comme le Conseil d’État français l’avait déjà affirmé le 10 avril 2024 en suspendant les décrets nationaux d’interdiction, il n’existe aucune confusion pour les citoyens : ils choisissent délibérément le végétal pour son impact et ses qualités nutritionnelles », déclare Guillaume Dubois, co-fondateur de HappyVore.