E. Coli O104:H4. Des graines germées source de l’épidémie
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- Auteur : Anne-Katell Mousset et Josselin Moreau
C’est finalement dans un communiqué commun que l’Institut fédéral d’évaluation des risques (BfR), l’Office fédéral de protection du consommateur et de sécurité alimentaire (BVL) et l’Institut Robert Koch ont tous les trois confirmé, vendredi 10 juin, que des graines germées étaient bien à l’origine de l’épidémie d’E. coli O104:H4. La souche bactérienne qui sévit actuellement outre-Rhin a été mise en évidence dans un paquet de graines conservé au domicile d’un des malades.
Enquête chaotique
Cette confirmation annonce la fin d'une enquête longue et chaotique qui a eu lieu en Allemagne pour trouver l’aliment incriminé dont la 36e victime vient de décéder ce mardi. 773 malades souffrant du syndrome hémolytique et urémique (SHU) restent toujours hospitalisés. Après plusieurs semaines d’investigations et de nombreuses suppositions et accusations infondées, notamment sur les concombres espagnols et les salades, « c’est une enquête épidémiologique qui a mis nettement en évidence la responsabilité des graines germées », explique Frédéric Vincent, porte-parole de la direction générale de la santé et des consommateurs (DG Sanco) à la Commission européenne. Les centaines de malades interrogés par les autorités allemandes « ont permis aux enquêteurs de remonter à la source de la contamination », une exploitation de production de graines germées située à Bienenbuettel, à 70 km au Sud-Est de Hambourg.
Renforcement des contrôles en France
La ferme biologique incriminée n’exportait pas de produits vers la France. Le secrétaire d’Etat chargé du commerce Frédéric Lefebvre a d'ailleurs confirmé dès vendredi qu’aucun lot incriminé n’a été livré sur l'Hexagone, tout en précisant que les contrôles allaient être renforcés. Interrogée cet après-midi, la Direction générale de la concurrence et de la répression des fraudes précise que deux plans de surveillance existent déjà sur les graines germées par rapport au risque de contaminations par Listeria monocytogenes à la distribution (4000 prélèvements dont environ 500 de graines germées), et par rapport aux autres microorganismes dans le cadre d'un plan annuel de contrôle sur les denrées végétales.
La nouvelle campagne de prélèvements et d'analyse a donc pour objectif d'exercer une surveillance supplémentaire de la qualité microbiologique et des températures de conservation au stade de la distribution (GMS, restauration commerciale, commerces spécialisés en produits biologiques, marchés). La DGCCRF précise également : « En plus des analyses microbiologiques courantes (L.monocytogenes, Salmonella spp., E. coli beta-glucuronidase +, bacillus cereus), il sera réalisé une recherche des E. coli STEC sur les prélèvements analysés. En cas de résultats positifs à STEC, un sérotypage de la souche isolée sera alors réalisé en collaboration avec le laboratoire national de référence pour E. coli. » La DGCCRF souligne que ces investigations sont étendues aux graines à germer destinées aux consommateurs ou aux professionnels, « avec une focalisation sur les zones urbaines où se concentrent les consommations les plus importantes ».
Depuis plusieurs semaines, les accusations successives incriminant différents légumes frais dont les concombres espagnols ont provoqué une baisse importante de la consommation de fruits et légumes frais en Europe. D'où la colère des producteurs et du gouvernement espagnols envers les autorités allemandes. Face à cette situation de crise, c'est la Commission Européenne elle-même qui a décidé de débloquer, en début de la semaine dernière, un premier budget exceptionnel d’aide de 150 M€ - relevé dès mercredi 8 juin à 210 M€ - pour compenser financièrement les maraîchers victimes de cette crise.
Des contaminations similaires déjà observées
En Allemagne, l’enquête doit à présent déterminer comment la bactérie pathogène E. coli O104:H4 a pu se retrouver dans les germes consommés. Des cas similaires de contaminations ont déjà été observées par le passé, notamment aux États-Unis. De 1973 à 2005, 37 Tiacs liés aux graines germées ont été déclarées dans le monde. Même si on ne peut encore rien présumer sur l’origine de la contamination allemande, il faut noter que dans la plupart des autres épisodes, le problème venait des graines, avant leur germination ou pendant leur entreposage dans de mauvaises conditions.