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«Les applis de nouvelle génération permettront l’alimentation ultra-personnalisée de demain»

Selon Daniel Nairaud, les applis de tri des produits, telles que Yuka, se révèlent insuffisantes pour inciter un individu à adopter une alimentation favorable à sa santé. Pour le CEO de Num-Alim, à la tête du Fonds Français pour l’Alimentation et la Santé depuis 2011, de nouvelles générations d’appli vont mettre en adéquation les choix alimentaires et les besoins spécifiques du consommateur. Voici le texte intégral de l’interview parue dans notre numéro de novembre. Des propos recueillis lors de Meet’in Agro 2019.
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  • Auteur : Pierre Christen
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Pourquoi les applis de première génération, type Yuka, sont-elles apparues ?

La première d’entre toutes, c’est Open Food Facts en 2012. Ce n’est pas une appli, mais une base de données descriptive des produits. Celle-ci a donné lieu à la première génération d’applis, qui à partir d’un scan affichent un score. Ces applis sont descriptives. Elles regroupent des données statiques, de composition, qui répondent à la question : « Y a quoi dedans ? », c’est d’ailleurs le nom de l’une d’entre elles. Elles ne proviennent pas de la filière alimentaire, mais du numérique. Ce sont des geeks qui en sont les inventeurs. Le premier d’entre tous, Stéphane Gigandet, créateur d’Open Food Facts, est un informaticien. Trois événements majeurs déterminent l’arrivée de cette première génération. Premier point, 168 000 code-barres attendent dans les rayons d’être achetés. Nous sommes dans un univers quasiment saturé en termes d’offre, sans aide à la décision, le consommateur est à l’arrêt. Deuxième point, nous avons changé de paradigme en 1998 à la faveur du rapport du Haut Conseil de la Santé publique qui a permis à des politiques de santé publique d’émerger telles que le Programme national nutrition santé (PNNS) en 2001. Auparavant, en France, nous mangions des aliments. Avec l’arrivée du PNNS, nous avons créé une approche fonctionnelle de l’aliment et nous nous sommes posés la question des conséquences sur la santé en mesurant le taux de nutriments incorporés. Troisième sujet, les consommateurs ont été interpellés dans les années 90 par les prions et les dioxines, des facteurs de risques qui relèvent du domaine de l’infiniment petit. C’est quand on ne voit pas ce qui peut vous intoxiquer, que la peur apparaît. D’où le besoin de tiers de confiance. Un rôle que les applis et le numérique remplissent.

Ces premières applis prennent en compte le profil nutritionnel et les additifs. Et peu les aspects environnementaux. Pourquoi ?

Le Nutri-Score d’un aliment ne bouge pas. En revanche, l’Analyse de cycle de vie peut varier de façon significative si l’origine d’un ingrédient change. On ne peut donc pas étiqueter la performance environnementale de façon statique. Mais le problème va être résolu au moyen d’algorithmes qui vont calculer l’analyse de cycle de vie aussitôt la provenance d’un ingrédient connue. L’année prochaine, un Ecoscore va sortir de la plate-forme de données Agribalyse pilotée par l’Ademe. 2 800 produits issus des tables de données Ciqual ont été évalués sur leur analyse de cycle de vie. On pourra établir un score en fonction de l’impact des produits sur l’environnement. Par grande catégorie. Cela sera un bon départ.

Pourquoi une deuxième génération d’applis va-t-elle apparaître ?

Car la première ne suffit pas ! Les applis type Yuka rendent un service à un instant précis qui dure précisément 2,8 secondes, le moment pendant lequel vous choisissez un produit plutôt qu’un autre.