Ingrédients

Étiquetage de l'origine : l'expérimentation suscite des doutes

11 juillet 2016 - Amélie Dereuder

Le projet de décret concerne l'expérimentation de l'étiquetage obligatoire de la viande et du lait ingrédients dans les plats cuisinés et les produits laitiers. Il pourrait être mis en œuvre à partir de janvier 2017 pour deux ans. Crédit Fotolia © M.studio

Le projet de décret sur l'étiquetage de l'origine des viandes et du lait ingrédients commence à prendre forme. Le 4 juillet, Stéphane Le Foll, ministre de l'agriculture, a saisi le Conseil d’État à ce sujet.

Cette annonce fait suite au courrier du Commissaire européen, Vytenis Andriukaïtis, adressé aux autorités françaises. Selon lui, rien ne s'oppose à une expérimentation d'un dispositif d'étiquetage de l'origine du lait et de la viande dans les plats préparés et les produits laitiers.

Si le Conseil d’État rend un avis positif d'ici deux mois, le décret pourrait entrer en vigueur dès le 1er janvier 2017 pour une période de deux ans (un an de plus qu'initialement prévu). Les modalités de mise œuvre doivent faire l'objet d'une concertation cet été avec l'ensemble de la filière et les associations de défense des consommateurs. Par exemple, le pourcentage minimum de viande pour lequel l'étiquetage sera obligatoire doit encore être décidé.

Cette annonce est accueillie différemment dans le monde agro-alimentaire. Pour l'amont, qui avait demandé ce dispositif, c'est indéniablement une bonne nouvelle en ces temps de crise agricole. La FNSEA y voit un progrès pour tous et pour Dominique Langlois, président d'Interbev: « Une étape supplémentaire vient d'être franchie. Ceci confirme la volonté des pouvoirs publics soutenue par l'ensemble de la filière élevage et viandes de permettre au consommateur d'obtenir enfin une information claire et transparente sur le produit qu'il achète.»

Des contraintes supplémentaires

L'Adepale est loin d'être aussi optimiste. L'association qui représente les fabricants de plats cuisinés est défavorable à cette disposition. Pour Vincent Truelle, directeur général de l'Association, il s'agit d'un détricotage du marché unique et d'une sur-réglementation pénalisante pour les entreprises. « Les fabricants français feront face à des contraintes que n'auront pas leurs concurrents européens », critique-t-il. « C'est une hypocrisie de présenter comme une expérimentation un dispositif obligatoire, qui plus est assorti de sanctions, sans consulter les parties concernées et sans réaliser d'étude d'impact ! » Selon le directeur général de l'Adepale, cette annonce a pour but d'apaiser le monde agricole en crise mais ce dispositif ne résoudra pas le problème de l'élevage. Autre difficulté, l'étiquette en elle-même : « Une expérimentation qui débuterait en janvier 2017 nous paraît difficilement faisable car les étiquettes sont faites longtemps en avance. De plus, noter le pays de naissance, d'engraissage et d’abattage va encore complexifier les étiquettes... » Pour Vincent Truelle, le mieux serait de laisser le consommateur choisir. « S'il désire vraiment connaître l'origine de la viande, il achètera les produits qui l'affichent. Le marché l'imposera naturellement, sans besoin des autorités. »

Pour Cécile Rauzy, directrice alimentation et santé de l’Ania, l’indication de l’origine apporte bien un avantage concurrentiel significatif aux entreprises et aux marques qui l’indiquent. Cependant, une vision strictement franco-française du sujet éloigne de la réalité économique. « N’oublions pas que les filières agricoles et agroalimentaires de France contribuent positivement à la balance commerciale du pays. Nous exportons très majoritairement nos produits agricoles et agroalimentaires auprès de nos voisins européens. Dans ce cadre, si la France souhaite rendre obligatoire l’indication de la mention de l’origine, son initiative devra être conforme à la réglementation sur la circulation des produits au sein de l’Union Européenne. Elle ne devra surtout pas pénaliser ses propres entreprises et ses propres filières sur les marchés européens au risque de créer une nouvelle tension sur le prix de certaines matières premières. »

Des initiatives pour promouvoir l'origine France existent déjà. La démarche Viandes de France permet aux industriels de communiquer sur l'utilisation de viandes issues d'animaux nés, élevés, abattus puis découpées et transformées en France. Elle est portée par Interbev, Inaporc, APVF et CLIPP. Un logo « Lait collecté et conditionné en France » a également été créé par Syndilait.

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