Qualité

Pas de poulet décontaminé au chlore en Europe

27 février 2009 - Josselin Moreau

L'approche européenne de prévention des risques de contamination a montré son efficacité : on observe par exemple une baisse de la prévalence de Salmonella dans les carcasses de volaille à 2,2% en 2006, contre 6,9% en 2004.

La décision est presque passée inaperçue. Au beau milieu de la crise économique et à quelques jours de la fin de la présidence française de l’Union européenne, et malgré l'abstention du Royaume-Uni, les ministres européens ont rejeté le 18 décembre 2008 la proposition de la Commission européenne concernant la levée de l’embargo sur l’utilisation de substances antimicrobiennes comme le chlore pour la décontamination des carcasses de volailles. Les États-Unis ont de leur côté déposé une plainte le 16 janvier dernier pour mesure protectionniste devant l’Organisation mondiale du commerce à l’encontre de l’Union européenne. Ils demandent « des consultations à l’OMC en vue de résoudre le différend avec l’Union européenne. » Cette plainte est intervenue au lendemain de l’annonce de l’augmentation des droits de douanes imposées imposés à une série de produits européens dont le roquefort en rétorsion de l’interdiction du bœuf aux hormones américain.

Embargo depuis 1997

La décision du Conseil européen s’appuie en grande partie sur l’avis de l’Agence européenne de sécurité des aliments (AESA) adopté le 6 mars 2008. Les experts européens ont estimé n'avoir à leur disposition pas assez d'études scientifiques permettant de conclure ou non que l’utilisation de dioxyde de chlore, de chlorure de sodium acidifié, de phosphate trisodique ou d’acides peroxycarboxyliques aboutit à l’apparition d’une résistance antimicrobienne chez les poulets.
Depuis 1997, l’Union européenne maintient un embargo sur l’importation de volailles traitées dans des solutions chlorées, essentiellement pour des raisons sanitaires. Cette pratique de décontamination des carcasses a posteriori est fortement dénoncée par les éleveurs avicoles européens et les associations de consommateurs, d’autant que le risque de prévalence est plus fort outre-atlantique. Fin mai 2008, le BEUC (Bureau européen des unions de consommateurs) estimait que « la politique européenne basée sur le principe du « mieux vaut prévenir que guérir » a déjà fait ses preuves et s’est révélée plus efficace pour réduire la contamination, notamment sur les salmonelles. La politique américaine basée elle sur un traitement antimicrobien (à base de chlorite) à la fin de la chaine est inacceptable lorsqu’une approche de l’étable à la table plus efficace existe. »

 

Depuis la mise en application de la nouvelle réglementation européenne, l’approche préventive a fait ses preuves. Le rapport sur les zoonoses publié chaque année par l’AESA pointe par exemple une baisse de la prévalence de Salmonella dans les carcasses de volaille à 2,2% en 2006 contre 6,9% en 2004. En 2006, 14 états membres n’avaient signalé aucun cas de contamination : c’est notamment le cas de la Grèce (contre 14,5% en 2004), de la république Tchèque (33,3% en 2004) et du Danemark (11,1% en 2004)
En 2007, l’Union européenne a rendu obligatoire les nouveaux programmes de contrôle sur Salmonella dans les troupeaux de volailles destinés à la reproduction. Depuis, quinze États ont déjà signalé une prévalence inférieure à l’objectif de réduction de Salmonella de 1 % énoncé dans la législation communautaire.

Au contraire, plusieurs rapports publiés par les agences sanitaires aux États-Unis montrent que l’approche américaine du risque ne résout pas le problème : en janvier 2007, le Consumer Report du Center for Disease Control and Prevention (CDC) montrait que Campylobacter était présent dans 81% des carcasses (contre 26% en moyenne Europe), Salmonella dans 15%, les deux dans 13%. Seulement 17% des carcasses analysées ne présentaient aucun danger pathogène. « Les traitements de la volaille en question ont été utilisés largement et en toute sécurité aux États-Unis pendant de nombreuses années » a pourtant plaidé Susan Schwab, représentante de l’ex-administration Bush pour le commerce, le 16 janvier 2009 auprès de l’OMC.

Impact environnemental

Outre la raison sanitaire, l’impact environnemental de l’utilisation des quatre substances citées pour décontaminer les carcasses de poulets a lui aussi été discuté au niveau européen, aux vues des avis du 18 mars 2008 et du 2 avril 2008 du Comité scientifique des risques sanitaires et environnementaux (CSRSE) et du Comité scientifique des risques sanitaires émergents et nouveaux (CSRSEN). Pour eux, « les connaissances actuelles concernant les effets négatifs potentiels de l’utilisation de différents biocides sont insuffisantes. ». Opposé à la levée de l’interdiction d’importation, le parlement européen avait lui aussi rappelé l’été dernier « l’entêtement de la Commission européenne à passer outre l’avis des députés. » « Nous venons de retirer toute une série de produits chimiques dans la directive sur les normes de qualité de l’eau et voilà qu’on nous ferait revenir au chlore ? », s’était alors inquiété Robert Sturdy, député anglais PPE-DE.

Sécurité du personnel

Plusieurs rapports américains (NIOSH : National Institute for Occupational Safety and Health) indiquent que l’utilisation de chlore pose problème en terme de sécurité du personnel, avec l’apparition d’irritations cutanées chez les opérateurs. En France, l’INRS (Institut national de recherche et de sécurité) pointait dès 1999 la présence de chloramines dans les ateliers utilisant des produits chlorés, chloramines qui seraient la cause des dermatoses observées. « Une étude récente de l’Institut américain de la sécurité et de la santé au travail, a fait le même constat dans les firmes agroalimentaires “ chlorant ” les poulets et les dindes », a rappelé Yves Miserey

Les discussions devraient donc se poursuivre au sein de l’OMC dans les mois qui viennent pour décider ou non de sanctions financières à l’encontre de l’Union européenne. L’importation de viande de volaille américaine en Europe représente un marché de 200 millions de dollars (128 M€) par an.

Prévention des risques

La technique américaine consiste à tremper les carcasses en bout de chaîne dans une solution javellisée. Elle dispense de pratiquer des contrôles d'hygiène rigoureux en amont, ce que la loi européenne impose au contraire pour prévenir les risques de contamination.

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