La baisse de l'euro ne fait pas que des heureux

16 février 2015 - Pierre Christen

Les poissons blancs, les crevettes, le thon, le saumon sauvage et les œufs de poisson sont autant de matières premières payées en dollars. (c)Maxdigi (Fotolia)

La dépréciation de l'euro face au dollar n'a pas que des effets positifs pour les entreprises de l'agroalimentaire. Une affirmation que nombre de professionnels ont en tête face à la myriade d'articles de la presse grand public vantant les bienfaits de la baisse de l'euro. Car beaucoup de matières premières achetées par les entreprises agroalimentaires sont rémunérées en dollars.

C'est ce message que relaie dans un communiqué l'Adepale, représentant 250 entreprises (50 000 salariés, 12 milliards de chiffre d'affaires) des produits alimentaires élaborés. Le syndicat compte dans ses rangs la quasi-totalité de la filière transformation des produits de la mer. Or, les poissons blancs, les crevettes, le thon, le saumon sauvage, les œufs de poisson,.. sont autant de matières premières payées en dollars.

Flambée des prix de 17 % en six mois

L'Adepale souligne que, sous l'effet d'un taux de change défavorable, le coût en euro de ces matières premières, composantes majoritaires du prix de revient des produits finis, a bondi de 17 % en six mois, entre juillet 2014 et janvier 2015, à prix d'achat constant.

Une hausse soudaine qui s'ajoute à la hausse structurelle de nombreuses matières, dont les produits de la mer, soumis à la pression croissante de la demande mondiale en protéines et des quotas de pêche pour certains.

Demandes de répercussion dans les tarifs

Face à ce constat, et afin d'assurer la pérennité de ses entreprises adhérentes, l'Adepale interpelle la grande distribution demandant à ce que les fabricants de produits alimentaires soient en mesure de répercuter des hausses de coût d'approvisionnement sur les prix de vente des produits finis.

D'après les confidences sorties des box, les acheteurs écoutent peu ce sujet, mais sont en revanche focalisés sur la baisse du prix du pétrole, et de ses effets sur les coûts logistique, d'emballages, etc.

Prix de l'alimentation dépendant du cours du soja

Contacté au téléphone, l'économiste Jean-Paul Simier, directeur de Bretagne Développement Innovation, confirme de son côté que la baisse de l'euro n'est pas toujours une bonne nouvelle pour les productions animales, mises à part les entreprises essentiellement tournées vers l'exportation à l'instar de Doux. Il rappelle que jusqu'à 65 % du prix en sortie d'abattoir, quelle que soit la production animale, est fonction de l'alimentation animale. Or ce prix dépend fortement de celui du soja, qui est importé et payé en dollar. Un effet de la hausse du dollar toutefois relativement neutre, car compensé par une baisse conjoncturelle des matières premières animales de 20%. « Si les prix des matières premières avaient fortement augmenté comme cela a déjà était le cas auparavant, l'impact sur le prix des viandes aurait été très sensible », conclut-il.

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