Emballages

Fin des plastiques à usage unique : le gouvernement définit sa stratégie nationale 3R

28 février 2022 - Karine Ermenier

A l’issue d’une centaine d’entretiens réalisés avec les différentes parties prenantes entre septembre et décembre 2021, le gouvernement compte adopter d’ici fin mars sa stratégie définitive de sortie des plastiques à usage unique pour 2040, secteur par secteur.

Via la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire promulguée le 10 février 2020, la France s’est dotée d’un objectif de sortie des emballages en plastique à usage unique d’ici 2040. Celui-ci se décline en plans quinquennaux de réduction, réemploi et recyclage : le premier décret 3R « Réduire-Réutiliser-Recycler » pour la période 2021-2025 a ainsi été publié le 29 avril 2021. Pour aller encore plus loin, en déterminant les priorités d’action et les mesures concrètes à mettre en place de façon transversale et par secteur, un projet de Stratégie 3R a été élaboré. Il a été soumis à consultation du public du 5 au 25 février dernier.
Pour rappel, les trois objectifs collectifs fixés par le premier décret « 3R » pour la période 2021-2025 sont les suivants :
-        Réduire de 20 % les emballages en plastique à usage unique d'ici fin 2025, dont au minimum la moitié en ayant recours au réemploi et à la réutilisation ;
-        Tendre vers une réduction de 100 % des emballages en plastique à usage unique « inutiles », tels que les blisters plastiques autour des piles et des ampoules ;
-      Aller vers 100 % de recyclage des emballages en plastique à usage unique d'ici le 1er janvier 2025, en faisant en sorte que ceux qui sont mis sur le marché soient recyclables, ne perturbent pas les chaînes de tri ou de recyclage, ne comportent pas de substances ou d’éléments susceptibles de limiter l’utilisation du matériau recyclé.
Après la consultation close le 25 février dernier, l’État prévoit d’adopter sa stratégie définitive d’ici fin mars 2022. Et invite les filières à s’appuyer dessus pour élaborer leur propre feuille de route sectorielle.

Les potentiels 3R de 42 secteurs ont été établis

Le travail d’élaboration de cette stratégie a permis à 42 secteurs (boissons, hygiène / beauté, alimentaire frais transformé, etc.) d’établir un premier bilan de situation et d’identifier leurs « potentiels 3R » à 2025. Dans son annexe 6, ce projet de Stratégie 3R livre ainsi des fiches sectorielles qui détaillent les natures des emballages actuellement rencontrés, les fonctionnalités recherchées, les canaux de distribution majoritairement empruntés ainsi que leurs divers potentiels : de réduction, de recyclabilité, de réemploi et de réincorporation. De quoi mettre en exergue les priorités sur lesquelles vont devoir porter les efforts de recherche et développement de façon à atteindre les objectifs fixés pour 2025 et in fine 2040. Ces données sont ainsi détaillées par marchés, avec pour l’alimentaire : les charcuteries, les viandes, les poissons, les produits laitiers frais et non frais, les surgelés, la 4e gamme, la boulangerie-pâtisserie, le traiteur frais, les céréales et biscuits, les apéritifs et snacks, etc.
Chaque secteur identifié sera invité à réaliser un diagnostic précis de ses contraintes et de ses opportunités, et à qualifier les besoins d’investissements en amont et en aval, afin de se doter de sa feuille de route sectorielle. L’État soutiendra financièrement toutes les filières qui s’engagent dans cette démarche.

Un soutien financier pour les secteurs qui s'engagent

Une aide financière qui sera la bienvenue. Car, comme le souligne, l’Ania (Association nationale des entreprises agroalimentaires) dans sa contribution à la consultation publique « les entreprises alimentaires font face à un contexte économique difficile, dû à des pertes de marges récurrentes depuis plusieurs années. La crise sanitaire a également accentué ces difficultés : le 1er confinement a entraîné une chute globale de 22 % du chiffre d’affaires annuel des industries alimentaires dans un contexte d’augmentation du coût des matières premières, de déflation en rayon pour le secteur et de contraintes réglementaires fortes liées aux lois AGEC et Climat. En parallèle de ces impacts directs, le coût de la REP emballages ménagers augmente fortement. Eu égard aux éléments ci-dessus, un accompagnement de la part des pouvoirs publics nous semble ainsi être une condition sine qua none pour l’atteinte de ces objectifs ambitieux. »
A travers son porte-parole Xavier Arrom, responsable environnement et économie circulaire de l’Ania, l’association a tenu à saluer l’intérêt de cette consultation mais a regretté un délai de réponse trop court au regard des enjeux soulevés. « Compte tenu de l’ampleur des chantiers à venir, une attention particulière devra être portée à la priorisation des enjeux et à la cohérence des objectifs fixés, a-t-il mentionné dans la consultation. Afin de répondre à ces nouvelles ambitions, les entreprises françaises doivent disposer d’un cap clair, stable, non contradictoire et cohérent aux niveaux français et européen. La stratégie 3R devrait ainsi être articulée d’une part avec la directive « emballages et déchets d’emballages » elle-même en cours de révision, et la directive SUP et d’autre part avec la Stratégie Nationale Bas Carbone et le paquet européen Fit for 55 et les enjeux qu’ils porte sur la décarbonation. »

Les contributions de l'Ania, Réseau Consigne, des acteurs des biosourcés, ...

D’autres contributeurs ont réagi dans le cadre de cette consultation, à l’image des acteurs du secteur de l’emballage biosourcé. L’entreprise Carbiolice, par exemple, qui « partage l’objectif global de la Stratégie de réduction, de réutilisation et de recyclage », ne comprend pas pourquoi les plastiques biosourcés, biodégradables et compostables ne font pas partie des solutions possibles envisagées pour atteindre les objectifs. De son côté, le groupe Sphère rappelle qu’il est « impératif de bien distinguer ces matériaux des plastiques traditionnels et de ne pas faire d’amalgames quant à leurs propriétés. Les produits biosourcés et compostables sont totalement bioassimilables et certifiés 100% compostables. Il est donc plus adéquat de parler de matériaux biosourcés compostables que de « plastiques » lorsque l’on fait référence à ces produits. » L’occasion pour ces spécialistes des emballages biosourcés de faire valoir que le « compostage et la méthanisation des biodéchets offrent des valorisations bénéfiques pour la planète ».
Côté remploi, le Réseau Consigne a très logiquement apporté sa contribution à l’écriture de cette Stratégie, en insistant sur la nécessité de repenser complètement les systèmes de production et de consommation, d’intégrer les entreprises de l’économie sociale et solidaire dans les aides financières et les solutions à promouvoir. L’association relève, par ailleurs, ce qui manque à ses yeux dans cette stratégie à l’instar d’actions massives de sensibilisation et d’information du grand public. Leur objectif ? Alerter sur l’impact des emballages jetables et communiquer sur l’intérêt environnemental de la réduction des déchets et du réemploi des emballages. "Si les actions de communication sur le réemploi en point de vente sont nécessaires, il faut aller au-delà, indique Réseau Consigne. La hiérarchie des modes de traitement est claire mais mal connue. Il faut la ré-affirmer auprès des professionnel·les et des citoyen·nes à travers de grandes campagnes de sensibilisation et créer un marquage clair sur les emballages pour faire la distinction entre les emballages réemployables et les emballages à usage unique (dont les recyclables).

 

 

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